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Les Jeux en valent-ils la chandelle

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Les Jeux de Tokyo ont coûté plus de 15 milliards aux Japonais, mais ils n’ont pu y assister.

Les réseaux de télé ont payé plus d’un milliard en droits, mais leur auditoire a chuté. Radio-Canada étant l’un des seuls diffuseurs à ne pas divulguer le montant payé pour les droits des Jeux, on en est réduit à des hypothèses. Les Jeux de Tokyo ont dû lui coûter environ 100 millions $, moins ce qu’a remboursé Bell Média pour RDS et TSN, qui étaient aussi diffuseurs.

CBC/Radio-Canada n’a probablement jamais fait ses frais avec les Jeux. On estime qu’à chaque Olympiade, la télé d’État enregistre une perte équivalant à la moitié du coût des droits. Mais les Jeux sont un événement à sa mesure et sont une question d’honneur et de fierté nationale.

Mais en valent-ils la chandelle ? Aux États-Unis, NBC se pose la question. Avec raison, car plus les heures de diffusion augmentent, plus l’auditoire diminue. Malgré 7000 heures de diffusion sur toutes ses chaînes et plateformes numériques, NBC a perdu 42 % de l’auditoire qu’il avait obtenu aux Jeux de Rio.

MIEUX QUE LA NBC ?

A-t-on mieux réussi à Radio-Canada qu’à la NBC ? Comment le savoir ? Si la SRC se fait discrète sur les droits qu’elle paie, elle se fait ratoureuse sur ses chiffres d’écoute. Son communiqué final n’établit aucune comparaison avec les Jeux antérieurs, même pas ceux de Rio. On parle plutôt « d’un auditoire à la mesure de la performance des athlètes ». Comme nos Canadiens ont mieux fait que jamais, on laisse ainsi entendre qu’il en est de même pour l’écoute !

Il y a tout de même quelques statistiques surprenantes. La finale du 100 m chez les hommes a réuni moins de téléspectateurs (755 000) que les deux matchs de volleyball de l’équipe canadienne. Cette course mythique a été moins suivie que toutes les épreuves auxquelles ont participé les femmes, sauf celles du 200 m et du 500 m en kayak. Avec leurs 18 médailles, les athlètes féminines ont sauvé la mise pour le Canada.

Ce sont aussi des femmes qui ont abattu le gros de la tâche à l’écran. Même s’il m’arrive de trouver Marie-Josée Turcotte trop onctueuse, elle a accompli un travail d’animation remarquable. Ses entrevues avec les athlètes étaient sympathiques, à propos et bien documentées. Ses échanges avec les autres animateurs, en particulier avec la malicieuse Diane Sauvé, n’étaient jamais ennuyeux. Marie-Josée Turcotte a rarement donné l’impression qu’elle cherchait à tuer le temps. C’est tout à son honneur, car il y a eu beaucoup de temps morts.

TROP DE DISCIPLINES ENNUYEUSES

Quant aux descripteurs, ils étaient trop enclins à s’époumoner comme s’ils pouvaient faire oublier l’ambiance mortifère des stades vides. Cette ambiance, la difficulté de repérer le moment d’une performance, la chaîne ou la plateforme sur laquelle on la présentait, le décalage de 13 heures et la torpeur laissée par la pandémie, tout a joué contre les Jeux de Tokyo.

Peut-être faudra-t-il que les bonzes du Comité olympique fassent aussi tout un ménage dans les disciplines qu’on présente. Certaines sont d’un autre âge et quelques-unes n’ont aucun intérêt à la télé. La télévision se charge d’ailleurs d’en éliminer plusieurs. Pierre Dufault, qui a couvert 12 Olympiades pour Radio-Canada, m’a appris que les diffuseurs ignorent complètement la moitié des disciplines. 


Je vais me ressourcer quelques jours aux îles de la Madeleine et je vous reviens le mardi 31 août.