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Talibans, Daech, Al-Qaïda, même combat? Pas sûr

Leon Panetta
AFP Leon Panetta

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L’ancien secrétaire à la Défense, Leon Panetta, est catégorique au sujet de la victoire des talibans : « Il ne fait aucun doute dans mon esprit qu’ils fourniront un refuge à Al-Qaïda, à Daech et au terrorisme en général ». C’est l’analyse qui domine actuellement dans les médias. Ce n’est pas aussi sûr que ça ! Voici pourquoi.

Certes, le retour au pouvoir des talibans est une énorme victoire de propagande pour les djihadistes du monde entier. Mais les talibans, l’État islamique et Al-Qaïda sont des groupes terroristes islamistes anti-occidentaux que de profondes divergences opposent. À tel point qu’ils sont souvent en conflit armé.

L’État islamique et Al-Qaïda veulent débarrasser le monde de la menace, tel qu’ils la perçoivent, que la culture occidentale fait peser sur l’islam. Les talibans, eux, sont des djihadistes radicaux axés sur la transformation de l’Afghanistan en émirat islamique basé sur les principes religieux et les traditions tribales pachtoues. 

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Talibans afghans contre talibans pakistanais

Les talibans, « étudiants » en pachtou, sont issus de séminaires religieux qui prêchaient une variation stricte de l’islam sunnite. Il n’y a pas un seul « mouvement taliban ». Les talibans afghans et pakistanais sont à la fois rivaux et alliés ; d’ailleurs, leurs idéologies sectaires contradictoires les ont conduits à des affrontements dans le passé.

Mettant fin à une guerre civile qui durait depuis le retrait soviétique, les talibans ont conquis tout l’Afghanistan en septembre 1996, créant l’émirat islamique d’Afghanistan. Leur régime tyrannique, marqué par le massacre d’opposants et l’oppression des femmes, a été détruit par l’invasion américaine de 2001 en représailles à l’attaque du 11 septembre.

Les talibans avaient donné refuge à Oussama ben Laden, qui avait fondé en 1988 al-Qaïda au Pakistan peu de temps avant le retrait des Soviétiques de l’Afghanistan. Depuis sa mort, Al-Qaïda affaibli s’est fragmenté en une variété de mouvements régionaux déclinants qui ont peu de liens entre eux.

Contre l’ÉI, talibans et États-Unis du même bord

L’État islamique a acquis une notoriété mondiale lorsqu’il a chassé l’armée irakienne des villes du nord-ouest de l’Irak en 2014. Entraînée et équipée par les États-Unis, elle s’est liquéfiée devant l’avance foudroyante des djihadistes, comme l’armée afghane la semaine dernière. L’ÉI a des filiales actives dans plusieurs pays.

Les talibans ont confronté l’État islamique à maintes reprises depuis 2015, alors que l’ÉI les a défiés en créant sa filiale afghane ISKP (État islamique-province du Khorasan). Des combats ont éclaté entre les deux organisations terroristes et entre deux factions talibanes pour savoir s’il fallait ou non unir leurs forces avec l’État islamique.

Lorsqu’en avril 2017, l’EI a capturé trois collecteurs de fonds talibans vendant de l’opium le long de la frontière iranienne, 22 militants de l’état islamique ont été tués dans les affrontements qui ont suivi. Et des dizaines de talibans auraient été tués par l’ÉI dans des combats dans la province de Kunar et dans les cavernes de Tora Bora.

Dans l’accord de paix de Doha avec Trump, les talibans se sont engagés à ne pas tolérer la présence d’organisations terroristes islamistes en Afghanistan. Pas un engagement difficile à tenir. Ils le font déjà depuis des années !

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