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Haïti: au-delà du séisme, l’épicentre de tous les maux

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Une fois de plus, Haïti est frappé par une crise. Les images provenant de la perle des Antilles qui circulent sur la toile depuis le 14 août rappellent tristement celles du 12 janvier 2010. Onze ans plus tard, le tremblement de terre de magnitude 7,2 sur l’échelle de Richter vient ranimer un souvenir encore bien douloureux pour le peuple haïtien ainsi que sa diaspora.  

Malgré que les autorités haïtiennes savaient que d’autres puissants séismes surviendraient après celui du 12 janvier 2010, la sensibilisation et la reconstruction n’ont pas eu les effets escomptés dans le sud du pays. 

Des échos jusqu’au Québec

Lors du séisme du 12 janvier 2010, qui a détruit Port-au-Prince (la capitale haïtienne) et d’autres villes du pays, les Québécois ont répondu massivement à l’appel de détresse de la nation caribéenne. De nombreux médecins, infirmiers, policiers, militaires, pompiers, religieux, techniciens d’Hydro-Québec et bénévoles de la Belle Province se sont rendus à Haïti pour participer aux efforts de sauvetage et de reconstruction. Cet élan de générosité et de solidarité caractérise cette amitié de longue date entre les deux seules nations francophones d’Amérique. 

Comme ce fut le cas en 2010, les politiciens d’ici ont offert leurs condoléances et leur soutien aux Haïtiens. 

Les sinistrés d'Haïti auront notamment besoin de denrées de première nécessité ainsi que de trousses de premiers soins et de masques. Des organismes de la communauté haïtienne de Montréal s’organisent déjà pour la mise en place d’une cellule de crise. 

Crise politique, urgence sanitaire, catastrophes naturelles

Quoique singulière, l’histoire d’Haïti est ponctuée de nombreux moments marquants. Dès son indépendance, le 1er janvier 1804, le pays a fait face à de nombreux défis et à de nombreuses embûches. En observant Haïti, on constate que l’esclavage, les coups d’État, la dictature, les catastrophes naturelles et l’instabilité politique ont souvent marqué la nation insulaire. Le 7 juillet dernier, le pays se réveillait en apprenant que le président Jovenel Moïse avait été assassiné en sa demeure. Comble de malheur, jusque-là épargné par la COVID-19, le pays connaît une recrudescence des cas de COVID-19 depuis plusieurs semaines. En plus de l’instabilité et de l’urgence sanitaire, le mois d’août à Haïti coïncide avec la saison des ouragans. 

Le plus récent cyclone porte le nom de Grace. La dépression tropicale a causé de forts vents et des pluies torrentielles dans les villes côtières déjà ruinées par le séisme. Pour les prochaines semaines, le pays dépourvu de président devra jongler entre la résurgence des cas de COVID-19, l’acheminement de l’aide internationale et, surtout, l’organisation des élections générales en plus de la rentrée des classes dans un contexte très fragile et extrêmement difficile. 

Implosion ou explosion à venir?

D’après les dernières statistiques de l’ONU, plus de 70% des Haïtiens vivent avec moins d’un dollar américain par jour. Dans un pays où le taux d’inflation atteint des sommets, dans un contexte d’absence de président, en plus de la rareté de l’essence, la situation demeure inquiétante pour les jours et semaines à venir. 

Sachant qu’en 2008, Haïti avait été le théâtre d’émeutes de la faim et qu’après le séisme de 2010, de nombreuses personnes avaient été infectées par le choléra et que d’autres en étaient décédées, il ne serait pas étonnant de voir qu’Haïti soit la scène de révoltes populaires ou d’une très forte contamination des cas de COVID-19. 

Dans ce pays où 90% de la population est croyante, le cyclone Grace a épargné Haïti de peu en lui faisant grâce; plusieurs Haïtiens gardent la foi et d’autres prient pour des jours meilleurs. Dans ce pays chargé de rebondissements, le peuple de 12 millions d’habitants retient son souffle et les 4 millions d’Haïtiens dans la diaspora, idem. 

Entre solutions et reconstruction

Depuis samedi, les autorités haïtiennes ont dénombré plus de 1900 morts, 10 000 blessés et 60 000 maisons détruites. Face à l’ampleur de la catastrophe, le nouveau premier ministre haïtien, Ariel Henry, a décrété une période de deuil national (le pays vient de vivre un récent deuil national en raison de la mort du président), en plus de décréter l’état d’urgence. 

La route nationale reliant Port-au-Prince aux villes touchées par le séisme est occupée par des bandits, en l’absence de grands ports et aéroports dans les zones sinistrées. Cela nécessite un immense défi de logistique et d’organisation. 

La reconstruction, quant à elle, semble être un mirage pour les Haïtiens, qui n’ont toujours pas de Palais national 11 ans après le tremblement de terre qui a coûté la vie à plus de 150 000 personnes. 

En 2016, les villes qui sont aujourd’hui détruites par le séisme ont connu une première période de destruction en raison du cyclone Matthew. Les villes côtières des Cayes et de Jérémie, réputées pour leurs paysages verdoyants et leurs plages au sable blanc, ne sont pas près de revoir les touristes de sitôt. Idem pour les stations balnéaires de l’Île-à-Vache (île au large d’Haïti) et ses eaux turquoise qui laissent aujourd’hui place aux décombres et à la poussière. Je joins ma voix à l’appel de solidarité lancée par les Haïtiens, en plus d’ajouter que mes pensées accompagnent ce peuple résilient. 

Comme le disent les Haïtiens en créole, «Men anpil chay pa lou»; en français, cela signifie «Tous ensemble, on est forts» et, comme le dit la devise haïtienne, l’union fait la force. 

Sacha-Wilky Merazil, étudiant, Montréal

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