/news/education
Navigation

Deux fois plus d’élèves autistes dans les écoles québécoises

Plusieurs sont privés d’école car considérés ingérables

Coup d'oeil sur cet article

La rentrée approche à grands pas dans les écoles du Québec, où le nombre d’élèves autistes a plus que doublé depuis 10 ans. Or, le réseau scolaire peine à répondre à leurs besoins et certains sont même privés d’école parce qu’ils sont jugés trop dérangeants.

Au cours des derniers mois, Le Journal s’est entretenu avec plus d’une vingtaine de parents dont les enfants autistes ont été totalement ou partiellement mis à l’écart du réseau scolaire pendant de longues périodes, malgré l’obligation légale de les scolariser à temps plein 180 jours par année (voir ci-bas).

Ces élèves, qui peuvent réagir de façon violente lorsqu’ils sont en crise, sont renvoyés à la maison contre la volonté de leurs parents, qui doivent alors abandonner un emploi pour s’occuper de leur enfant.

Certains sont aussi scolarisés à raison de quelques heures par semaine seulement, à domicile ou à l’école.

« Ça n’a pas de bon sens ! Il faut arrêter de dire que la solution, c’est de les renvoyer à la maison parce que l’école ne peut pas s’occuper d’eux », lance Jennifer Maccarone­­­, députée libérale et mère de deux enfants autistes.

Photo Pierre-Paul Poulin

Cette mère a sonné l’alarme à ce sujet l’an passé, ce qui a poussé le ministère de l’Éducation à documenter cette situation passée sous silence jusqu’à tout récemment.

Résultat : selon un rapport rendu public en mai, près de 1500 élèves ont été exclus de l’école au cours de la dernière année. Ils se sont retrouvés en « bris de service [...] en raison de besoins qui dépassent la mission de l’école et l’organisation des services en milieu scolaire », peut-on lire.

Il s’agit d’élèves ayant un handicap, des troubles graves de comportement ou des difficultés à fonctionner à l’école, parfois même dans une école spécialisée.

Augmentation fulgurante

C’est notamment le cas d’élèves ayant un diagnostic du trouble du spectre de l’autisme (TSA), dont le nombre a bondi de 156 % au cours des 10 dernières années (voir encadré).

Or, même s’ils sont de plus en plus nombreux, les besoins de ces enfants différents restent mal compris du réseau scolaire, affirme Lili Plourde, directrice générale de la Fédération québécoise de l’autisme.

Le milieu peine à s’y adapter, ce qui mène à une augmentation des élèves autistes mis à l’écart du réseau scolaire, ajoute-t-elle.

L’Office de protection des personnes handicapées du Québec constate aussi que le phénomène est en hausse.

La « pointe de l’iceberg »

Or la recension effectuée par Québec ne représente que la « pointe de l’iceberg », selon Jennifer Maccarone, puisqu’elle ne tient pas compte des jeunes qui fréquentent l’école à temps partiel, souvent à raison de quelques heures par semaine, dans le cadre d’un plan d’intervention.

Photo Pierre-Paul Poulin

Le Journal a tenté par des demandes d’accès à l’information de savoir combien d’élèves se sont retrouvés dans cette situation au cours de la dernière année, mais la majorité des centres de services ont répondu que ces données ne font pas l’objet d’une compilation.

De son côté, la Fédération des centres de services scolaires affirme que les « bris de services » représentent des « cas exceptionnels » qui surviennent de façon « temporaire » (à lire demain). 

Le constat est toutefois différent à la Commission des droits de la personne et la jeunesse, où l’on considère plutôt que la déscolarisation d’élèves autistes est « un réflexe qui est en train de se systématiser dans certains milieux ».

« On envoie ces jeunes-là très très tôt dans leur parcours scolaire sur une voie de garage. En agissant comme ça, on ne leur permet pas d’avoir une pleine participation à la vie scolaire et après, à la vie sociale en général », affirme le chercheur Daniel Ducharme.

Problème de ressources

De son côté, Lili Plourde est catégorique : le manque « flagrant » de ressources dans le réseau scolaire ne peut justifier l’exclusion­­­ de ces enfants différents, même s’ils peuvent être violents lorsqu’ils sont en crise. 

« Un enfant autiste qui se désorganise, c’est parce qu’il ne se sent pas bien dans son milieu. C’est à l’école à se remettre en question. Il faut que l’expulsion arrête d’être une solution. Le droit à la scolarité, c’est le même droit pour tout le monde. »  

Une augmentation constante          

Hausse du nombre d’élèves autistes dans les écoles québécoises

+ 156 % en 10 ans*:          

  • 2009-2010: 7290 élèves          
  • 2019-2020: 18 643 élèves*                    

39 % des élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage (EHDAA) ont un trouble du spectre de l’autisme.

* Ces chiffres sont encore plus élevés en réalité puisque certains autistes légers n’ont pas de code de difficulté (code 50 dans le jargon scolaire) parce qu’ils n’ont pas de limitations ou d’incapacités sur le plan scolaire.

Qu’est-ce qui explique la hausse ?          

Une meilleure connaissance de l’autisme et de ses manifestations permet d’en faciliter le diagnostic. 

De récentes études indiquent par ailleurs que l’autisme est un incident génétique déclenché par des facteurs environnementaux. 

Les cas d’autisme sont en augmentation constante partout dans le monde. Le Québec ne fait pas exception. 

Sources: Fédération québécoise de l’autisme et ministère de l’Éducation

Est-ce légal de priver des élèves d’école ?          

Selon la Loi sur l’instruction publique, un enfant doit fréquenter l’école à temps plein, 180 jours par année. L’école doit lui fournir des services en fonction de ses besoins et non en fonction des ressources disponibles. Seule exception: si les besoins de l’enfant représentent une «contrainte excessive» pour le réseau scolaire, comme des coûts excessifs, un manque de personnel ou des enjeux de sécurité pour le personnel ou les autres élèves.

Or dans bien des cas, le réseau invoque la contrainte excessive «sans avoir épuisé tous les moyens possibles», affirme Daniel Ducharme, chercheur à la Commission des droits de la personne et de la jeunesse. Le nombre de plaintes concernant les services offerts par le réseau scolaire aux élèves diagnostiqués avec un trouble du spectre de l’autisme est d’ailleurs en hausse, ajoute-t-il.


Une élève autiste exclue d’une école spécialisée depuis plus de deux ans          

Photo Chantal Poirier

Lorianne, une autiste de 11 ans ayant une déficience intellectuelle, a été exclue d’une école spécialisée il y a plus de deux ans. Sa mère, qui a dû avoir recours à l’aide sociale pour s’occuper d’elle à temps plein, s’est battue pendant des mois pour que sa fille soit finalement scolarisée cet automne, à temps partiel.  

Cliquez ce lien afin de poursuivre votre lecture.

Forcée de faire l’école à sa fille depuis trois ans          

Photo Martin Alarie

« Je me suis fait imposer de faire l’école à la maison. Ça n’a jamais été mon choix, même si ça fait trois ans qu’Océane est à la maison. La commission scolaire l’a carrément mise dehors. »

Cliquez ce lien afin de poursuivre votre lecture.

 Seulement trois heures d’enseignement par jour              

Photo courtoisie

«Il y a de plus en plus d’enfants autistes et de moins en moins de ressources pour eux. Même en classe spécialisée, ils ne peuvent pas garder mon fils. Alors moi, je fais quoi?»

Cliquez ce lien afin de poursuivre votre lecture.

 Son fils scolarisé... à temps partiel             

Photo d'archives Stevens Leblanc

Laurence Simard-Gagnon ne réclame qu’une chose : que son fils soit scolarisé à temps plein, comme les autres élèves. 

Cliquez ce lien afin de poursuivre votre lecture.

Une mère épuisée dénonce un système scolaire trop rigide          

Photo d'archives

« On est très peu entendu comme parent sur les besoins de notre enfant. Très peu. Ce qui est épuisant, ce n’est pas d’avoir un enfant autiste à la maison. C’est d’avoir à se battre constamment pour qu’il ait des services. »

Cliquez ce lien afin de poursuivre votre lecture.