/opinion/columnists
Navigation

La petite vite de Will Prosper

POL-ÉLECTIONS MUNICIPALES-MONTRÉAL-PROJET MONTREAL-WILL PROSPER
Photo Agence QMI, Toma Iczkovits Le comité disciplinaire de la GRC était catégorique : Will Prosper a bel et bien communiqué des informations de police au suspect d’un meurtre.

Coup d'oeil sur cet article

« Y’a des jeunes qui font des erreurs dans la vie. Qu’est-ce qu’on va leur dire ? Qu’on ne peut pas avoir de deuxième chance dans la vie ? »

C’est ainsi que Will Prosper, ancien membre de la Gendarmerie Royale du Canada et actuellement candidat à la mairie de l’arrondissement de Montréal-Nord, nous incite à passer l’éponge sur les révélations du Journal de cette semaine. On apprenait en effet que le militant antiraciste et critique du travail policier avait été poussé à la démission après avoir consulté les fichiers du Centre d’information de la police canadienne (CIPC) de façon inappropriée, en 1999. 

« Est-ce que Will Prosper est parfait ? Non, mais qui l’est ? », a quant à elle demandé la mairesse Valérie Plante, plaidant pour un droit à la deuxième chance pour son candidat.

S’il est vrai que peu de gens peuvent prétendre n’avoir jamais brûlé un feu rouge, le fait de consulter les renseignements criminels d’amis d’enfance désormais membres d’un gang de rue ne réfère en rien à l’expérience du commun des mortels.

Surtout lorsque les amis en question sont soupçonnés de meurtre.

Et qu’on a consulté les renseignements criminels d’une de ces personnes au moment même où l’on se trouve au téléphone avec elle.

Franchir la ligne

C’est le nœud de l’affaire qui nous intéresse aujourd’hui. 

Le candidat Prosper nous assure que non. « Je n’ai jamais franchi la ligne, a-t-il soutenu. C’est contre mes principes. »

Or, ce n’est pas ce qu’on peut lire dans la décision qui a mené au départ de Will Prosper de la GRC. « Le Comité d’arbitrage conclut que les consultations du CIPC faites le 11 septembre 1999 ont été motivées par de mauvaises fins et que les résultats ont été communiqués à Steve Bernavil. »

Bref, au moment de déterminer la sentence de Prosper, le comité disciplinaire de la GRC était catégorique : Will Prosper a bel et bien communiqué des informations de police au suspect d’un meurtre, ce qui a nui à une enquête criminelle et en a généré une autre.

Aujourd’hui, Valérie Plante et Will Prosper brandissent le fait qu’il n’y ait pas eu d’accusations criminelles portées contre l’ancien policier comme la preuve que ce qui lui est reproché n’est pas si grave que ça. Sauf que ça indique peut-être plus que le candidat, dont les partisans crient au racisme systémique pour expliquer le sale temps qu’il traverse cette semaine, a plutôt été protégé par une GRC qui préférait étouffer l’affaire en la gérant à l’interne.

Quand on nous dit que Will Prosper a peut-être fait une erreur en consultant le CIPC, mais qu’il n’a au moins pas dévoilé les résultats qu’il y avait trouvés à qui que ce soit, on essaie donc de nous en passer une petite vite.

Information pertinente

Cet automne, la violence par armes à feu causée par les gangs de rue sera l’un des principaux enjeux des élections municipales à Montréal, particulièrement dans les arrondissements du nord-est de la ville, comme Montréal-Nord.

Dans ce contexte, qu’un candidat à une mairie ait déjà servi d’informateur à un membre d’une gang de rue soupçonné de meurtre, c’est une information pertinente que les électeurs devraient connaître. De là, ils pourront juger s’il mérite une deuxième chance ou pas.

Sauf que si le candidat en question nie encore les faits établis dans la décision disciplinaire qui lui a coûté son emploi, il est permis de penser qu’il n’a pas encore compris ce qui lui a coûté sa première chance.

Partant de là, c’est peut-être mieux de ne pas voter pour lui.