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Y a-t-il de vieux artistes ?

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Je me demande parfois si j’aime les vieux. Je parle des vieux en général. Je me pose la question chaque fois que j’en rencontre un qui se plaint de l’être. Comme s’il avait une meilleure hypothèse à proposer.

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Je n’aime pas les vieux qui parlent toujours de leurs crampes, de leurs brûlures d’estomac, de leur arthrite, de leurs implants d’il y a trois ans, de leur vieille opération pour la hanche, le tunnel carpien, la cataracte, un ongle incarné ou leurs oignons au pied.

Pierre Curzi et les autres...

Quand je rencontre Pierre Curzi, mon ancien président de l’Union des artistes, croyez-vous qu’on discute de nos bobos ? On parle plutôt des fleurs qu’il cultive à profusion avec sa femme, Marie Tifo. S’il arrive qu’on ressasse le passé, c’est pour discuter du film de Denys Arcand, Le déclin de l’empire américain, dans lequel Pierre jouait un professeur d’histoire. L’histoire, ce n’est pas si loin de la politique, qui le passionne encore.

Il y a trop de vieux qui ne lisent plus, prétextant que les caractères imprimés sont trop petits, mais dont le dernier livre remonte à Menaud, maître draveur. C’est loin d’être le cas de Louise Portal. Elle s’arrache les yeux à lire et elle écrit aussi. Presque autant que Robert Lalonde, qui vient de publier La reconstruction du paradis, son 17e roman. Sans compter ses recueils de nouvelles, ses poèmes et ses traductions. En plus, il peint. Calmez-le, quelqu’un.

Pensez-vous que Jean-Pierre Ferland et Robert Charlebois s’inquiètent de leur prostate comme la plupart des vieux amis que je rencontre et qui m’entretiennent chaque fois de leur glande maudite ? Jean-Pierre n’a qu’une pensée : oublier la pandémie pour partir en tournée. Comme Robert Charlebois. Lui tourne déjà avec son spectacle Robert en CharleboisScope. Nos deux fameux chanteurs puisent dans des répertoires inépuisables et pour être certains de ne pas manquer de chansons, ils continuent d’en composer. On ne sait jamais. Ils pourraient devenir centenaires.

Il y a sûrement de vieux artistes qui ont dit adieu au métier, mais je n’en vois pas dans les pages de ce Cahier Weekend. Il y en a quelques centaines d’autres qui ne veulent ni renoncer à jouer ou à chanter. Comme France Castel. Celle-là, chaque fois que je la rencontre, je l’embrasse sur la joue — il faut bien se contrôler —, je lui fais des mamours et je lui chante la pomme comme si nous étions de vieux amants. Hélas ! elle a toujours eu assez bon goût pour choisir quelqu’un d’autre que moi.

J’ai un faible pour...

J’adore Ginette Reno. Quand elle chante, je pleure et quand elle parle, je ris parce qu’elle dit toujours des choses qu’on n’attendrait jamais d’elle. J’ai aussi un faible, je l’avoue, pour Renée Martel et Michèle Deslauriers, mais que voulez-vous, elles sont beaucoup trop jeunes pour moi.

Il y aurait Janette Bertrand. Plus créatrice que jamais, elle semble rajeunir d’année en année. L’hiver dernier, le croirez-vous, c’est elle qui m’a appris les vertus somnifères du « pot », pas celui avec le TCH, mais l’autre sur lequel les jeunes lèvent le nez. 

Je l’aimerais à mourir ma Janette, je ferais tout pour elle, mais que voulez-vous, maintenant qu’elle a connu Donald, elle me trouverait beaucoup trop vieux pour elle !