/news/society
Navigation

Il n’y a jamais eu autant de pêcheurs au Québec

Près de 730 000 permis ont été vendus cette année, soit 75 000 de plus qu’en 2020

pêche record
Photo courtoisie, Dafné Moreau Maxime Lavoie et Anne Blouin montrent fièrement les achigans à petite bouche pêchés lors d’un tournoi sur le lac Saint-François, en Montérégie, le 10 juillet dernier. Ils font partie des quelque 700 000 Québécois à s’être procuré un permis cet été.

Coup d'oeil sur cet article

Les Québécois sont plus nombreux que jamais à pêcher sur les lacs et les rivières cet été, comme le confirme le nombre record de permis vendus aux résidents de la province.

« Je ne sais pas combien d’amis j’ai aidés à faire un kit de débutant de pêche. Des gens de mon âge, qui n’avaient jamais mis les pieds de leur vie sur un bateau », lance Maxime Lavoie, 20 ans, témoin de cet engouement avec sa copine, Anne Blouin, au lac Saint-François, en Montérégie.

Les statistiques du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs parlent d’elles-mêmes : près de 730 000 permis de pêche ont été vendus cette année aux Québécois. Un nombre inégalé depuis que les données sont colligées en 1998.

Il s’agit d’une augmentation de presque 75 000 permis par rapport à l’an passé, selon le directeur des communications au ministère, Patrick Harvey.

« Il y a une affluence incroyable cette année sur les étendues d’eau et dans les magasins de pêche. Les gens découvrent cette activité, parce qu’ils restent au Québec à cause des mesures sanitaires », témoigne François Prince, un pêcheur d’expérience de la région de Montréal, qui prépare un « gros voyage de pêche » au nord de Fermont, sur la Côte-Nord, à la fin du mois d’août.

La cohue sur l’eau

Certains, comme Pierre-Alexandre Poirier, préfèrent même pêcher de nuit ou au petit matin pour éviter la cohue sur l’eau ou dans « les pourvoiries et les zones d’exploitation contrôlées [zec] qui affichent complet », décrit-il.

Même l’absence de touristes étrangers passe inaperçue. Ceux-ci ont acheté la moitié moins de permis que l’an dernier, mais les places qu’ils ont laissées vacantes sur les plans d’eau ont pu être comblées par de nouveaux adeptes.

« La saison estivale est excellente, les Québécois sont au rendez-vous », souligne le président-directeur général de la Fédération des pourvoiries du Québec, Marc Plourde.

Boom pour le saumon

La pêche au saumon séduit notamment de plus en plus de Québécois.

« C’est l’une des activités fauniques [qui est] le plus en augmentation dans les dernières années », assure la biologiste et directrice générale de la Fédération québécoise pour le saumon atlantique, Myriam Bergeron.

« Avec la pandémie, on constate vraiment un boom des Québécois qui découvrent ce sport-là. La pêche au saumon est un beau prétexte pour visiter les régions », poursuit-elle.

« Le fait que les Américains n’aient pas pu venir cette année a permis à des gens d’ici d’exercer la pêche au saumon sur les rivières de la Gaspésie, comme la Bonaventure et la Cascapédia. Je trouve ça excellent ! » se réjouit pour sa part M. Prince. 

Un engouement pour cette activité qui inquiète  

L’achalandage des pêcheurs sur les lacs et les rivières du Québec restreint l’accessibilité déjà difficile aux plans d’eau et pourrait abaisser certaines populations de poissons.

« Au moment d’acheter le permis de pêche, les gens se disent : “wow, c’est le fun”. Mais au moment d’aller pêcher, ils se rendent compte que les pourvoiries sont pleines et que c’est impossible de mettre un bateau à l’eau. Les gens achètent des permis de pêche, mais ne peuvent pas aller à la pêche », regrette le fondateur de l’Association des pêcheurs sportifs du Québec (APSQ), Stéphan Bourgeois.

400 $ par jour

Depuis 2009, le pêcheur d’expérience tente de démocratiser l’accès aux plans d’eau dans la province.

Il dénonce les prix excessifs que plusieurs municipalités réclament aux pêcheurs non résidents.

Par exemple, à Saint-Hippolyte dans les Laurentides, « la mise à l’eau d’un bateau coûte 400 $ par jour », proteste le militant de l’APSQ Jacques Vadeboncœur, qui est guide de pêche au maskinongé sur le lac des Deux Montagnes.

Par ailleurs, l’achalandage sur l’eau inquiète aussi certains experts.

Ils redoutent une baisse des populations de certaines espèces recherchées par les pêcheurs québécois, comme la truite, le doré ou le saumon.

« La saison de pêche va super bien, mais justement, elle va trop bien. Ça crée une pression énorme sur les lacs », dit Gabriel Morin, guide de pêche dans une pourvoirie à une centaine de kilomètres de Mont-Laurier, dans les Laurentides.

Vider un lac

Et « si tout le monde part avec son quota quotidien de six dorés par personne, le lac va se vider bien rapidement », illustre le diplômé en protection des territoires fauniques.

« On a vu des visiteurs qui utilisent le territoire et qui ne savent pas toujours comment se contrôler », témoigne à son tour la biologiste et directrice générale de Fédération québécoise pour le saumon atlantique, Myriam Bergeron.

« Des gens vont circuler dans le lit des rivières en véhicule, ça brise l’écosystème. C’est super dangereux », prévient-elle.

Le directeur des communications au ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs, Patrick Harvey, confirme que l’augmentation importante de la vente des permis de pêche pourrait avoir un impact sur certaines populations de poissons.

Mais il est trop tôt pour l’évaluer, nuance-t-il.