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Intégration des élèves autistes: des écoles qui trouvent des solutions

Sophie Turbide
Photo Yvan Couillard Sophie Turbide et son fils Émile, 10 ans

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Malgré le manque de ressources et les défis, des écoles parviennent grâce à une bonne dose de flexibilité et de créativité à répondre aux besoins d’élèves autistes qui avaient d’abord été partiellement mis à l’écart du réseau scolaire.

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Émile, 10 ans, fréquente une classe régulière dans une école de Rimouski où il a complété sa quatrième année haut la main. «Il a de super de bonnes notes et des bons amis», se réjouit sa mère, Sophie Turbide. 

Ses parents ont toutefois dû se battre sans relâche – et même déménager – avant d’en arriver là.

Émile est un autiste de haut niveau qui avait de la difficulté à fonctionner en groupe dès le CPE, qu’il ne pouvait fréquenter que quelques heures par semaine.

Sophie Turbide
Photo Yvan Couillard

Lors de son entrée en maternelle, dans une école primaire située aux Îles-de-la-Madeleine, les parents ont refusé la fréquentation à temps partiel que l’école a voulu imposer à leur fils.

Ils ont plutôt choisi de déménager à Rimouski afin qu’Émile puisse être intégré dans une classe ordinaire en première année, accompagné d’une éducatrice spécialisée.

À l’école de l’Aquarelle, qui accueille à la fois des élèves du régulier et des élèves à besoins particuliers dans des classes spécialisées, Émile peut s’isoler dans un local de «modulation sensorielle», lorsqu’il ne peut plus supporter l’effervescence de la classe.

Ce lieu calme, où il peut se réfugier pour lire sous une chaise, a tout changé pour lui. «Il y va plusieurs fois par jour. Sinon, il ne pourrait pas fonctionner en classe», explique Mme Turbide.

Sophie Turbide
Photo Yvan Couillard

Lorsqu’il était en troisième année, d’autres adaptations ont aussi été mises en place afin qu’Émile puisse suivre ses cours de musique. Il était alors totalement incapable de tolérer le son des flûtes à bec. Le garçon a été placé dans une classe spécialisée où chaque élève joue d’un instrument à l’aide d’écouteurs.

«Pour la direction d’école avec qui on fait affaire, il y a toujours des solutions», lance la mère d’Émile. 

Sophie Turbide
Photo Yvan Couillard

Dans d’autres écoles, de petites attentions individuelles font aussi toute la différence (voir textes ci-bas).

Sophie Turbide déplore toutefois que les solutions semblent reposer sur la bonne volonté des individus, alors que la rigidité du réseau scolaire mène trop souvent à l’exclusion des enfants autistes.

«La première réponse du réseau scolaire, c’est l’exclusion systémique. Si ton enfant ne peut pas faire sa journée au complet, on va l’exclure. Mais il y a d’autres solutions.» 

Des petits gestes qui ne coûtent pas des millions   

Parfois, il suffit de gestes simples pour faire toute la différence pour un élève autiste et des intervenants scolaires l’ont bien compris. En voici deux exemples:

En juin, une enseignante de première année a pris la peine d’organiser une rencontre à la fin des classes afin qu’une élève autiste avec un trouble anxieux rencontre son enseignante de deuxième année. «C’est un petit geste qui peut tellement réduire toute l’inquiétude de l’enfant sur le plan social», affirme la psychologue Nathalie Poirier, qui travaille auprès d’enfants autistes.

À Rouyn-Noranda, il est maintenant fréquent que des classes régulières qui accueillent des élèves autistes soient dotées de «coins de relaxation», où l’enfant peut se réfugier lorsqu’il en a besoin. Ces «tentes de retour au calme» peuvent faire une grosse différence et tous les enfants de la classe peuvent en bénéficier, souligne Tommy Bédard, directeur général de la Société de l’autisme de l’Abitibi-Témiscamingue.

Un projet-pilote novateur pour encadrer les élèves autistes expulsés   

En Estrie, un projet-pilote novateur a démarré en novembre 2020 afin de permettre à des élèves mis à l’écart du réseau scolaire de revenir plus rapidement en classe.

Un jeune qui se fait expulser d’une classe peut désormais être accueilli dans les locaux d’Autisme Estrie. Il est alors accompagné d’une intervenante de cet organisme, d’un intervenant en réadaptation du CIUSSS de l’Estrie et d’une enseignante, grâce à deux centres de services scolaires de la région qui participent au projet-pilote. 

«Souvent, lorsqu’un jeune est expulsé, il y a une bonne période de temps qui peut s’écouler avant qu’il ne retourne à l’école, ce qui ne favorise pas du tout son retour. L’objectif est de maintenir la scolarisation pendant cette période et un cadre pour le jeune», explique Christine Houde, directrice générale d’Autisme Estrie. 

La déscolarisation d’élèves autistes est «une réalité importante», ajoute-t-elle : «On souhaite qu’une telle initiative puisse être mise en place ailleurs au Québec.»