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Le pire est-il à venir en Afghanistan ?

Le pire est-il à venir en Afghanistan ?
AFP

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Les Européens, comme des démocrates et des républicains du Congrès, demandaient à Biden de retarder son retrait final de Kaboul. Il a tout de même décidé de le faire le 31 août. Cette décision va avoir des conséquences tragiques pour des dizaines de milliers d’Afghans qui seront abandonnés à leur sort, dont de nombreux détenteurs de passeports américains incapables de rejoindre l’aéroport.

Elle va aussi avoir des répercussions négatives pour l’image de Biden. Sur le plan international comme sur le plan intérieur, on va reprocher au président d’avoir eu peur de franchir la ligne rouge tracée par les talibans, de s’être soumis aux conditions qu’ils lui ont dictées. D’ailleurs, les talibans ont renchéri, hier, en interdisant dorénavant aux Afghans de se rendre à l’aéroport, dont l’accès est désormais réservé aux ressortissants étrangers.

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Un accord secret de la CIA avec les talibans ?

Ça risque de se finir sur des images épouvantables. Pires que celles qu’on a vues la semaine dernière.

On sait que le directeur de la CIA a rencontré secrètement l’un des dirigeants talibans à Kaboul lundi. Ça soulève plusieurs questions. A-t-il demandé la collaboration des talibans pour protéger le départ des derniers soldats américains ? Les gardes américains, en se retirant des points d’entrée à l’aéroport, vont-ils céder leur place à des talibans pour repousser la foule envahissante ?

Des dizaines de milliers d’Afghans qui campent dans les environs de l’aéroport depuis deux semaines vont vouloir l’envahir pour tenter d’embarquer à bord des derniers avions à décoller. Pourraient-ils aussi bloquer les pistes ? Des scènes d’horreur sont à craindre. 

Et il y a toujours le risque que l’État islamique, ennemi à la fois des talibans et des Américains, tente un attentat spectaculaire qui bouleverserait inévitablement le plan de retrait de Biden. C’est ce que les Américains et les talibans veulent éviter à tout prix.

Ça ne serait pas la première fois qu’ils collaborent contre Daech. L’année dernière, le Washington Post a révélé qu’une unité du Joint Special Operation Command avait utilisé des drones en appui aux talibans contre l’ennemi commun, l’État islamique.

La paix en Afghanistan : pas pour demain

Réussir en une semaine à évacuer les collabos afghans des États-Unis et des pays de l’OTAN tout en assurant le départ des 6 000 soldats américains, des troupes des pays alliés et de leurs équipements va être une mission extrêmement difficile à réaliser. C’est pourquoi, Biden, hier, a voulu rassurer les Américains : il conserve l’option de revenir sur sa décision.

Même avec le départ des Américains la semaine prochaine, le retour de la paix n’est pas assuré en Afghanistan. Dans la province du Panjshir, Ahmad Massoud, un dirigeant du Front de résistance nationale, affirme qu’une guerre civile est inévitable si les talibans refusent d’entamer des pourparlers avec l’opposition. La province, la seule à ne pas encore être contrôlée par les talibans, est un bastion des combattants de l’Alliance du Nord qui se sont joints aux États-Unis pour renverser les talibans en 2001.