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Vaccination obligatoire: 60 000 employés de la santé non vaccinés devront se faire vacciner

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La vaccination obligatoire des employés de la santé touchera des dizaines de milliers de personnes, dit le ministre Christian Dubé, en s’appuyant sur un «avis préliminaire» de la Santé publique pour aller de l’avant avec cette politique qui pourrait toutefois provoquer des bris de services.

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«C’est 30 000 personnes [du réseau public] qui sont en contact avec des personnes vulnérables et qui ne sont pas vaccinées. On a un avis préliminaire qui le recommande. Le principal argument, c’est la vulnérabilité de la clientèle», s’est justifié le ministre de la Santé, Christian Dubé, lors de son passage en commission parlementaire sur la vaccination obligatoire, jeudi.  

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En plus du personnel du réseau public de santé, près de 30 000 travailleurs du réseau privé devront également recevoir leur injection avant le 15 octobre. Sans quoi les employés risquent la suspension sans solde ou une réaffectation à des tâches administratives.

D’autres arguments militent en faveur de cette décision, a expliqué M. Dubé. En limitant le risque de contracter la maladie en côtoyant le personnel des hôpitaux, le gouvernement souhaite maintenir la confiance du public dans le réseau de la santé.

Et dans un contexte de grave pénurie de main-d’œuvre, Québec ne veut pas que du personnel tombe malade étant donné une vaccination inadéquate. On désire également éviter les éclosions importantes qu’on a connues dans le passé dans les hôpitaux et les CHSLD. En juin dernier, a rappelé M. Dubé, quatre patients sont décédés dans l’unité de cancérologie du CHU de Sherbrooke en raison d’une éclosion.

Bris de services

M. Dubé a toutefois reconnu que la vaccination obligatoire pourrait causer des bris de services en raison d’employés qui claquent la porte, notamment dans certains hôpitaux montréalais où le taux de vaccination stagne à 70%. Les conséquences pourraient être sérieuses, notamment une opération de délestage des chirurgies.

Mais il faut malgré tout aller de l’avant, dit M. Dubé, car tout a été tenté pour convaincre les récalcitrants, et la vaccination piétine toujours malgré l’imposition de trois tests COVID par semaine à ceux qui ne sont pas vaccinés.

De son côté, le Directeur national de santé publique, Horacio Arruda, promet de rendre public son avis sur la vaccination obligatoire d’ici le début du mois de septembre. Il a martelé l’importance de protéger les patients vulnérables du réseau de la santé.

Le Dr Arruda est toutefois beaucoup plus froid à l’idée de rendre la vaccination obligatoire dans le réseau de l’éducation, où les risques sont plus faibles. Cela entraînerait «une cascade vers la vaccination obligatoire de tous», estime-t-il.  

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Fin des zones chaudes

Il croit que ça ne sera pas nécessaire, car le Québec se rapprochera de l’immunité collective avec la vaccination des moins de 12 ans, qui pourra débuter lorsque Santé Canada aura donné son feu vert.

De son côté, la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), le plus gros syndicat d’infirmières, a déploré la méthode cavalière et autoritaire du gouvernement Legault. Sa présidente, Nancy Bédard, déplore l’incohérence du gouvernement, qui a aboli les zones chaudes dans les hôpitaux et recommence à bouger du personnel d’un établissement à l’autre, alors qu’il s’inquiète des éclosions et veut forcer la vaccination de ses membres.

L’exercice parlementaire, qui s’étale sur deux jours, ne débouchera toutefois pas sur des recommandations. Les partis d’opposition n’ont pas tous le même avis sur son utilité.

Show de boucane

Pour le Parti libéral, il s’agit d’un «show de boucane» qui démontre le manque de sérieux du gouvernement quant à la commission. «Nous allons être là pendant deux jours à parler avec tous les groupes sans le ministre de la Santé [pour répondre à leurs questions]. À la fin, il n’y aura pas de recommandations. Alors ce n’est pas sérieux, ce n’est pas sérieux», a lancé la libérale Marie Montpetit.

Du même souffle, elle admet toutefois que son parti attend la fin de débats avant de se positionner sur les conséquences que devraient subir les employés de l’État qui refusent de se faire vacciner. Rappelons que le PLQ est en faveur de la vaccination de tous les employés de l’État. «La première chose, on veut savoir s’il y a des avis juridiques qui ont été émis. On imagine qu’avant d’aller de l’avant dans cette mesure-là, il a fait le travail qu’il devait faire au niveau de conventions collectives», a-t-elle dit. La députée du Parti conservateur du Québec Claire Samson parle d’une «stratégie marketing» de la CAQ, puisque la commission ne va pas voter ou faire de recommandations.

Le Parti québécois et Québec solidaire sont plus nuancés. Du côté du Parti québécois, on veut se servir de l’exercice pour «jeter un éclairage autre que politique sur cette question». Le député Joël Arsenault note que le seul avis scientifique sur cette question date de janvier et a été rédigé par l’Institut national de santé publique du Québec. «Il n’a toujours pas été révisé», déplore-t-il.

Avis scientifiques et juridiques

Pour une question si controversée, le PQ veut avoir des avis juridiques et scientifiques. Il déplore encore une fois l’absence du Barreau du Québec, qui a renoncé à participer à l’exercice. Le parti n’a toujours pas pris position sur la vaccination obligatoire et préfère attendre l’avis des experts. M. Arsenault ne veut pas «stigmatiser» les gens qui ne sont pas vaccinés: il soutient que, selon des sondages, 71% des gens qui ne sont pas vaccinés sont tout simplement hésitants et peuvent toujours être convaincus.

Pour Vincent Marissal, de Québec solidaire, la commission permettra d’éviter le «bal des contradictions» que l’on a vu depuis l’annonce du passeport vaccinal. Avec la vaccination obligatoire, le gouvernement arrive dans une zone très sensible où le politique, l’éthique, le droit et la science se chevauchent. «On veut les informations les plus cohérentes et crédibles pour la population», a-t-il dit.

Il ne veut pas que le « remède » soit pire que la maladie et s’inquiète du départ massif de personnel. M. Marissal croit qu’au lieu de punir les employés qui refusent le vaccin, on pourrait essayer de leur trouver un travail qui ne demande pas d’entrer en contact avec des patients.

Ce qu’ils ont dit

« On risque de vivre avec ce virus pour plusieurs années. Il faut créer une bulle québécoise pour pouvoir continuer à avoir une vie normale à l’échelle sociétale, et dans notre système de santé. » 

- Karl Weiss, président de l’Association des médecins microbiologistes infectiologues du Québec

« Je ne pense pas qu’un médecin qui n’est pas vacciné devrait pratiquer. » 

- Vincent Oliva, président de la Fédération des médecins spécialistes

« Si on ne va pas à la cible [de vaccination] qu’on veut atteindre, on devra aller plus loin. On va devoir atteindre une immunité communautaire, c’est notre seule façon de s’en sortir. » 

- Dr Louis Godin, président-directeur général de la Fédération des médecins omnipraticiens 

« Allez vous faire vacciner. Ça va vous aider, vous, vos familles, et ça va alléger votre tâche. Je vais aller jusqu’au bout dans mon travail pour convaincre les membres. Mais les gens ont des droits et ils vont les exercer. » 

- Caroline Senneville, présidente de la CSN

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