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La canicule écorche les producteurs de patates

Le manque d’eau et les chaleurs extrêmes entraînent une baisse de la production

Francis Desrochers
Photo Martin Chevalier Le président des producteurs de pommes de terre du Québec, Francis Desrochers, estime une baisse de rendement « de 20 % à 30 % » dans ses champs en raison de la sécheresse et de la canicule.

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La canicule des derniers jours et la sécheresse de l’été font mal aux producteurs de pommes de terre du Québec qui observent une baisse de rendement dans leurs champs, entraînant une hausse de prix pour les consommateurs.

« Quand il fait extrêmement chaud, la pomme de terre ne pousse pas. En ce moment avec ces chaleurs, elle survit, un peu comme nous », fait valoir le président des producteurs de pommes de terre du Québec, Francis Desrochers, qui estime une baisse de rendement « de 20 à 30 % » dans ses champs au mois d’août.

Et « on est en train de manquer d’eau, les réserves commencent à être vides. Je n’ai jamais vu ça en 25 ans », poursuit le propriétaire de la ferme Maxi-Sol à Saint-Paul-de-Joliette, dans Lanaudière.

Résultat : la production a diminué de 30 % à 40 % dans les champs de la province, lesquels fournissent aussi des pommes de terre de plus petite taille, signale le vice-président de l’Union des producteurs agricoles (UPA), Martin Caron.

Perte de revenus

Les agriculteurs risquent ainsi de subir des pertes financières cette année.

« À partir de la fin du mois de juillet, les plants ont commencé à flétrir et à mourir prématurément », explique Juliette Lévesque, agronome pour Patates Dolbec, à Saint-Ubalde, près de Québec. « La sécheresse nous affecte sur le rendement surtout pour la grosseur [plus petite]. Ça prend donc plus de patates pour faire des kilos », précise-t-elle.

L’agronome constate un rendement environ 50 % moins élevé dans les champs qui ne sont pas irrigués. Or, 75 % des cultures de Patates Dolbec ne le sont pas.

« Tu as beau mettre des systèmes d’irrigation, ça ne suffit pas pour compenser le manque d’eau », prévient quant à lui Raymond Cyr, copropriétaire de la ferme Cyr W. et Fils, en Montérégie. « Il n’y a pas de pluie, il ne mouille pas depuis des semaines. On voit les baisses de rendement dans nos champs. »

La canicule semble aussi décourager les consommateurs de cuisiner la pomme de terre : les ventes ont diminué de près de 20 % au mois d’août, assure M. Desrochers. 

« On a hâte que les températures retombent pour que les gens recommencent à manger des pommes de terre », dit-il. 

Hausse des prix

Ce sont surtout les variétés de patates dites « tardives » qui sont marquées par la canicule et la sécheresse, comme la russet, idéale pour les frites.

« Après la récolte en septembre, on nous envoie un mémo avec le prix des pommes de terre. On s’attend à ce que ça augmente cette année », indique Annie Barsalou, propriétaire du restaurant la Banquise, qui se spécialise dans la poutine.

Et les prix ont déjà commencé à bondir dans les commerces, confirme Sylvain Charlebois, directeur du laboratoire de science analytique en agroalimentaire à l’Université Dalhousie.

« Le prix des patates en Ontario et au Québec a augmenté à cause des pertes de rendement anticipé. Chez Costco, il y a six semaines, le sac de 15 kilos était à 5,99 $. Là, il est 10,99 $ », illustre l’expert.