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Tragédie de motoneige sur le lac Saint-Jean: le raccourci a été pris par le guide

La coroner émet six recommandations après que cinq motoneigistes français ont perdu la vie

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Aucun facteur externe n’explique la tragédie qui a coûté la vie à cinq motoneigistes français sur le lac Saint-Jean en janvier 2020, outre la décision du guide « de son propre chef » de prendre un raccourci qui lui était « peu familier » sur le lac et qui l’a mené directement dans « un piège mortel ».

Le 21 janvier 2020 en soirée, un groupe de neuf motoneigistes dirigé par le guide Benoit Lespérance embarquait sur le lac à Pointe-Taillon plutôt que de suivre le sentier sur la terre ferme. À ce moment, le groupe de neuf se trouvait à huit kilomètres de l’auberge où il devait passer la nuit à St-Gédéon.      

  • Écoutez l’entrevue avec la coroner Jessica Tremblay avec Mario Dumont sur QUB radio :    

Les membres français de l’expédition étaient arrivés au Québec le 19 janvier. Bien que le guide expérimenté et l’entreprise avaient tous les permis nécessaires, aucune formation pratique n’avait été offerte aux motoneigistes dont certains étaient débutants. Seules une courte formation sur la motoneige et une explication rudimentaire de certaines règles de sécurité ont été données.

À la suite de cette tragédie, une Loi a été adoptée par le gouvernement du Québec pour mieux encadrer la pratique de la motoneige, en introduisant l’obligation de suivre une formation pour conduire lors d’une location ainsi qu’une nouvelle formation pour les guides en milieu éloigné. La coroner Jessica Tremblay souscrit à ces mesures en plus de faire six autres recommandations. 

Sur la photo principale, on voit les agents de la Sûreté du Québec procéder à des recherches pour retrouver des corps dans le lac Saint-Jean le 23 janvier 2020, deux jours après le drame.
Photo d'archives, Agence QMI
Sur la photo principale, on voit les agents de la Sûreté du Québec procéder à des recherches pour retrouver des corps dans le lac Saint-Jean le 23 janvier 2020, deux jours après le drame.

Décision

Le soir du drame, le groupe avait pris du retard notamment en prenant la décision de faire le grand tour du lac par l’ouest plutôt que de se rendre à St-Gédéon par l’est. Le guide Benoit Lespérance a évoqué l’idée d’un raccourci une fois à Saint-Henri-de-Taillon.  

Le guide a donc longuement consulté la carte du trajet sur son téléphone comme le montrent les caméras de surveillance du dépanneur où il s’est arrêté. « Il est possible de conclure que le raccourci que M. Lespérance voulait emprunter ne lui était pas familier », indique la coroner. 

Aucun élément ne laisse croire que l’idée de prendre un raccourci était venue d’un des clients, et la possibilité d’une erreur en raison de la météo est « improbable ». « Il a pris cette décision de son propre chef, a dit la coroner Tremblay, ce n’est pas une erreur, mais une décision du guide ». 

Après s’être arrêté pour indiquer à l’expédition de le suivre en file, le guide s’est lancé sur le lac. À l’approche de la rivière Grande Décharge, deux zones de glace friable ont été identifiées. 

Glace fragilisée

Selon l’enquête, le guide Lespérance a réussi à passer une première zone, mais il aurait fragilisé la glace sous son passage. C’est derrière lui que les cinq motoneigistes décédés ont sombré dans un « piège mortel ». 

Derrière, deux des trois autres membres du convoi sont également tombés à l’eau. Ceux-ci ont toutefois réussi à s’entraider pour s’extirper des eaux. 

Le guide Benoît Lespérance
Photo tirée de Facebook
Le guide Benoît Lespérance

Le guide Lespérance est revenu sur ses pas et a retrouvé le trio en indiquant qu’il repartait à la recherche des cinq disparus. Sans nouvelles du guide, les survivants ont finalement rebroussé chemin pour aller chercher de l’aide. Le guide de 42 ans aura été le premier à être retrouvé par les secours, mais il était déjà trop tard.  

LES TOURISTES DISPARUS 

 

  • Écoutez le résumé de Nicolas Saillant, journaliste au Journal de Québec  

La tragédie soulève quatre enjeux selon la coroner  

  1. L’absence de formation obligatoire pour conduire une motoneige ou tout véhicule hors route lors de la location *   
  2. L’absence d’une formation reconnue par le gouvernement pour guider une excursion en véhicule hors route dans le cadre d’une entreprise *  
  3. L’absence de panneaux de signalisation aux abords du lac Saint-Jean pour aviser les motoneigistes du danger de s’aventurer sur le plan d’eau en raison de la méconnaissance de l’épaisseur de la glace  
  4. L’absence de moyens de communication pour les motoneigistes  

* Ces enjeux (1 et 2) ont été corrigés par la Loi sur les véhicules hors route afin de mieux encadrer la pratique de la motoneige.

Six recommandations   

À la Fédération des clubs de motoneigistes du Québec : 

  • Améliorer la signalisation spécifiquement dans le secteur du sentier balisé où est survenu le drame. 
  • Installer des panneaux de signalisation sur les sentiers balisés sillonnant les abords des lacs et des rivières pour réitérer l’importance de rester dans les sentiers.   

Aux ministères des Transports et du Tourisme du Québec : 

  • Poursuivre leurs efforts de sensibilisation quant au risque de noyade lorsqu’ils circulent sur les lacs et les rivières hors sentiers.  
  • Rappeler l’importance d’avoir en leur possession des équipements technologiques (GPS, balise de détresse, téléphone, radio émettrice) en cas de nécessité. 
  • Rappeler aux entreprises de location de motoneiges la nécessité de rendre disponibles les équipements de repérage.   

À la Société de sauvetage :  

  • Poursuivre et intensifier sa campagne de sensibilisation auprès des adeptes de motoneige qui circulent sur les lacs et les rivières.  

Le Club de motoneigistes Lac-St-Jean est d’accord avec les recommandations de la coroner  

KATE TREMBLAY

Le Club de motoneigistes Lac-St-Jean accueille favorablement les conclusions du rapport de la coroner à la suite de la tragédie survenue le 21 janvier 2020 qui a coûté la vie à six motoneigistes, au Lac-Saint-Jean.

L’absence de formation obligatoire pour les conducteurs de motoneige ainsi que pour les guides, l’absence de panneaux de signalisation spécifiquement aux abords du lac Saint-Jean où l’accident a eu lieu et l’absence de moyen de communication pour localiser les motoneigistes sont les recommandations qu'a émises la coroner Jessica Tremblay.

Le président du Club de motoneigistes Lac-St-Jean, Daniel Simard, assure que des efforts seront déployés pour améliorer la signalisation dans le secteur où la tragédie a eu lieu, mais aussi ailleurs si nécessaire.

«Le lac St-Jean est ceinturé par un paquet de sentiers et c'est quand même une mer d'eau, le lac St-Jean, a-t-il rappelé. Possiblement qu'on va pouvoir ajouter des choses pour une sécurité supplémentaire et s'assurer que les touristes ne s'aventurent pas sur le lac.»

Le maire de Saint-Henri-de-Taillon, André Paradis, reconnait que la coroner au dossier a fait un travail d'enquête colossal.

«C'est correct de pouvoir améliorer. Personne ne peut être contre ça, a-t-il indiqué. Ajouter des affiches qui disent de ne pas sortir du sentier parce que c'est dangereux, effectivement, ça peut être bon pour les touristes.»

La ministre du Tourisme, Caroline Proulx, est satisfaite de constater que le travail amorcé par son gouvernement va dans le même sens que les recommandations émises.

«C'est un pas énorme qui a été fait de la part du gouvernement avec cette formation-là pour les guides qui vont amener les touristes qui choisissent le Québec comme destination, a affirmé la ministre. Mais c'est l'ensemble de la société civile et pas uniquement le gouvernement qui doit sensibiliser ceux qui font de la motoneige et leur rappeler qu'il est impératif de demeurer dans les sentiers balisés.»

Cette formation sera obligatoire à compter du 31 décembre prochain.

Il s'agit d'une formation de 37 heures qui comprend 20 heures de pratique en territoire éloigné.

C'est la Croix-Rouge qui aura le mandat de former les guides.

«S'il y a des améliorations à faire, on va les faire parce qu'il faut absolument éviter que des tragédies comme celle-là surviennent», a indiqué de son côté la ministre responsable de la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean, Andrée Laforest, qui était ministre de la Sécurité publique par intérim lorsque le drame s'est produit.