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La lassitude des masqués

Conférence santé publique
Photo La Presse Canadienne

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Le retour graduel des élus sur la colline égaie les terrasses de la Grande Allée, mais le poids du désenchantement lié à la 4e vague grandissante se fait sentir, partout.

« C’est vraiment pas le fun », m’a lancé sans détour un élu particulièrement malmené dans sa circonscription par des citoyens exaspérés du maintien des consignes sanitaires, à son arrivée au parlement.

Il dit rappeler les personnes qui lui laissent des messages, même lorsqu’il devine qu’il s’agit de commettants en colère. Un autre député qui goûte à l’impatience ambiante préférait, mentalement, se faire à l’idée que la COVID est là pour rester. Qu’il ne s’agit plus d’espérer la vaincre, mais de s’habituer à une longue cohabitation avec le virus. Comme dans un mariage forcé.

Les familles de certains élus ont peur pour leur sécurité. Les responsables de leur protection doivent augmenter les vigies pour détecter les menaces potentielles. Et des gardes du corps ont été ajoutés pour les proches de François Legault.

Le gouvernement, qui avait d’autres plans, doit rester plongé dans la gestion de pandémie. Et les partis d’opposition se demandent encore comment ils pourront faire valoir de nouvelles idées, en cette année électorale.

Une autre couche

Il y a deux semaines, j’écrivais que la fête de la rentrée scolaire était gâchée par le maintien du port du masque dans les autobus et les corridors des écoles. Le ministre Jean-François Roberge a annoncé encore pire pour la majeure partie de la population étudiante, soit l’obligation de porter le couvre-visage même en classe. Heureusement, l’Est-du-Québec y échappe.

Et pourtant, avant les vacances, le Dr Horacio Arruda soutenait qu’on pourrait s’accommoder d’une hausse de cas importante à l’automne puisque la vaccination limiterait les hospitalisations.

Cette parole apaisante, sur laquelle bien des espoirs étaient fondés, suscite maintenant l’amertume.

Comme la vision d’une oasis en plein désert qui s’avère n’être qu’un mirage.

Les ados, à qui la pandémie a déjà volé près de 18 mois, doivent accumuler d’autres sacrifices.

Comme on stocke les points fidélités, sans savoir avec certitude si la compagnie ne mettra pas un terme au programme juste avant qu’il soit possible d’encaisser la récompense.

La tension

À la caisse d’un grand magasin cette semaine, j’ai été témoin d’un « pétage de plomb », alors qu’une dame a lancé sur la commis du service à la clientèle un morceau de vêtement pour lequel le remboursement était visiblement refusé, en élevant la voix de façon menaçante.

« Encore une autre. Il y en a de plus en plus », m’a dit la caissière, qui semblait fatiguée d’assister à ces démonstrations de frustration incontrôlée.

La Santé publique craint énormément la rentrée. À lui seul, le retour en classe dans les écoles ramène en même temps 1,2 million de personnes dans des établissements souvent vétustes, où les occasions de contacts sont multiples.

Même si une majorité est vaccinée, il suffit qu’un faible pourcentage de ceux qui ne le sont pas l’attrapent et deviennent malades. Le système de santé est tellement sur le fer, l’impact peut rapidement devenir catastrophique.

Tout n’est pas noir. Par exemple, bien des cégépiens s’accommodaient du masque pour leur rentrée. Pour ceux qui n’avaient vécu que les cours en ligne l’année dernière, la présence dans les salles de classe constituait un plaisir qu’ils ne pouvaient bouder.

Mais la combinaison du masque, du passeport vaccinal qui n’entraîne aucune nouvelle étape supplémentaire de liberté, et le discours pessimiste des épidémiologistes constituent un cocktail de désillusions que tous auraient préféré ne pas avoir à boire pour marquer la fin des vacances.