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Parler ouvertement des troubles anxieux

GEN - DOSSIER LIVRE - MARIE-SISSI LABRéCHE ƒCRIVAINE
Photo Martin Alarie Marie-Sissi Labrèche

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Dévoilant toutes les facettes des troubles anxieux, Marie-Sissi Labrèche parle de folie, d’amour, de relations familiales et de ces moments où la vie bascule, dans son nouveau roman, 225 milligrammes de moi. Dans ce livre court, mais décapant, elle montre que la peur de sombrer dans la folie, comme sa mère et sa grand-mère, l’habite en dépit du succès. Et elle explique, en entrevue, qu’elle n’est pas la seule au monde à vivre ça.

Avec des mots qui frappent fort et une bonne dose d’humour malgré les drames, Marie-Sissi Labrèche raconte l’enfant de douze ans victime d’intimidation qu’elle a été. Elle parle de la femme de 48 ans qui vit dans la plus grande stabilité, en banlieue, avec son mari et son enfant. 

Elle parle d’un visiteur assidu dans sa vie : l’anxiété. Et de l’effet qu’a eu le décès de sa mère sur sa vie. En résumé, elle l’a reçu en pleine face et elle en a payé le prix : une augmentation de la dose de ses médicaments.

En entrevue, Marie-Sissi parle avec vivacité de son nouveau livre, où elle partage des pans de sa vie personnelle avec beaucoup de courage. Dans une ère où tout le monde veut se présenter sous son meilleur jour, elle ose montrer ses failles, ses difficultés. Elle le fait avec puissance, avec justesse, et avec les bons mots.

Un colloque inspirant

Le projet est né après une lecture à l’UQAM, à l’occasion d’un colloque interuniversitaire sur les maladies mentales et les hautes études. « J’ai commencé à écouter les filles parler. Je n’en revenais pas. C’étaient des filles à la maîtrise et au doctorat, toutes des belles filles, intelligentes, pis toute, qui avaient de la misère avec le quotidien. » 

L’une d’elles, qui accumulait les bourses d’excellence, a dévoilé qu’un jour sur trois, elle n’était pas capable de se lever de son lit parce qu’elle est écrasée par la lourdeur, l’anxiété, la dépression. 

« J’écoutais parler toutes les filles. Moi, je suis un produit de l’UQAM et il y a 20 ans, les gens ne parlaient pas beaucoup des maladies mentales. J’aurais eu besoin de ça. Je me reconnaissais en elles. Je me disais : wow, je ne suis pas toute seule sur la Terre et il y en a beaucoup de même. »

Comme tout le monde...

Elle s’est dit qu’il fallait continuer à en parler. « Je m’aperçois, avec le temps, que je n’étais pas juste borderline---, à l’époque. Les crises que je raconte dans le livre ressemblent beaucoup à ce que moi, j’ai vécu. Il y a plusieurs fragilités, mais la plus grosse, celle qui englobe le tout, c’est l’anxiété généralisée. Je souffrais plus de ça que du borderline. »

Le roman est devenu, en quelque sorte, le récit d’une vie avec toutes ces « bibittes », explique-t-elle. « J’aimerais ça, être comme tout le monde, être capable d’avoir la constance du travail. Non pas la constance, chez moi, pour travailler : je l’ai. Mais me rendre quelque part, voir du monde, travailler, dire mes idées, partir, c’est pratiquement pas possible. Un moment, j’ai travaillé en pub et ça a duré un mois et demi : je pleurais, le matin, dans le métro. »

Marie-Sissi Labrèche raconte dans le livre qu’elle n’a pas grandi dans des conditions très aidantes et partage quelques moments où l’anxiété a pris le dessus. Pas l’fun. 

Difficile de mettre des mots sur tout cela ? « Ça me prend du temps, par bouts. Sur le coup, je le vis, je suis tellement dedans que la seule chose qu’on peut me mettre, c’est des pilules pour me calmer ! C’est ça qu’il faut que j’écrive. Mon meilleur matériel, c’est moi. C’est pas par narcissisme : moi, mon selfie fait dur, des fois ! » 

  • Marie-Sissi Labrèche a publié quatre romans, un recueil de nouvelles et une série de 13 titres pour adolescents, Psy malgré moi
  • Elle a coscénarisé ses deux premiers romans, Borderline et La brèche, pour en faire un seul film, Borderline, sorti en 2008.  

EXTRAIT 

<b>225 milligrammes de moi</b><br/>
Marie-Sissi Labrèche<br/>
Éditions Leméac<br/>
120 pages environ<br/>
En librairie le 1er septembre
Photo courtoisie
225 milligrammes de moi
Marie-Sissi Labrèche
Éditions Leméac
120 pages environ
En librairie le 1er septembre

« Ce n’est pas moi qui réponds quand on me parle, c’est une maladie répertoriée dans le DSM-5. Les problèmes psychologiques n’arrêtent pas de s’accumuler dans mon cerveau. Pourtant, je fais tout pour aller mieux : des années de thérapie, de yoga, de nourriture saine, de vie stable, de mariage stable, d’enfant stable, de maison stable. Pourtant, avec mes quarante-cinq balais dans le corps, je devrais être habituée aux aléas de la vie. Eh non. Ma mère meurt, et vlan ! je bascule de nouveau. Ce qui ne me tue pas me rend plus fort, disait Nietzsche. VA CHIER, NIETZSCHE ! Moi, ce qui ne me tue pas me rend plus folle. »