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Pour en finir avec le Québec?

GEN-Conférence de presse du Premier Ministre François Legault et de Justin Trudeau à Montréal
Photo d’archives François Legault et Justin Trudeau lors d’une conférence de presse.

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Justin Trudeau a réussi à battre son père sur le terrain politique. Le fils est un séparatiste plus radical que son père. Et qui dit séparatiste à Ottawa implique une politique centralisatrice. 

Les générations nouvelles ignorent les connotations offensantes et maudites que ce mot a connues jusqu’à la défaite du second référendum de 1995 où le NON a été vainqueur. 

À partir de ce second échec, le PQ s’est en quelque sorte délité. Après la Révolution tranquille, ce fut la tranquille et douloureuse sortie de secours de l’idée de l’indépendance. 

C’est peu dire que la conversion de François Legault, un irritant majeur – c’est un euphémisme – pour les péquistes, a changé la donne. Son parcours politique qui l’a mené au pouvoir à la tête de la CAQ relève quasiment du miracle.

Triomphe

Depuis, il triomphe, et sa gestion de la pandémie lui a apporté de nouveaux appuis, même chez ses adversaires anglophones. 

Ainsi Justin Trudeau le voit-il dans sa soupe. Sans doute que ses récentes promesses électorales marquées par une accentuation de sa trajectoire centralisatrice donnent à penser qu’il fait fi de la Constitution où s’inscrit clairement le partage des pouvoirs entre Ottawa et les provinces 

Les Canadiens d’aujourd’hui, nourris aux avantages de la diversité, semblent croire que le Canada postnational, le Canada trudeauiste, en prônant les droits des minorités diverses au détriment de ceux du Québec, foyer de la nation francophone, est coulé dans le béton. 

La sortie de François Legault cette semaine prouve que le Québec francophone à travers son parti n’est pas dupe du fédéralisme d’ouverture de Trudeau. L’homme des apparences croit-il qu’il peut berner les électeurs qui, moyennement politisés, savent bien que si le PLC était majoritaire, jamais son chef n’aurait consenti à reconnaître, comme il l’a fait, que le Québec forme une nation dont la seule langue est le français ?

Dualité

Justin Trudeau s’avère le plus anti-québécois fédéraliste depuis des décennies. Il faut comprendre que ce fils de mère anglophone et de père québécois francophone est à l’image même du modèle familial de son propre père, Pierre Elliott Trudeau. Cette dualité, il faut laisser aux psys le soin de l’évaluer. Et surtout, la perception qu’a le premier ministre du Canada et du Québec. 

Cette campagne électorale est certainement une des plus atypiques que le pays a jamais connue. À cause d’abord de cette décision hautement critiquable. Car si les urnes reportent un PLC minoritaire au pouvoir, l’échec de Justin Trudeau sera indiscutable et sa carrière politique fera l’objet d’analyses percutantes, voire cruelles. Tout ce qui n’a pas été écrit, même par ses militants, sera révélé. 

Mais si le premier ministre sortant reprend le pouvoir avec une majorité, François Legault devra en son âme et conscience réviser son pari pour un fédéralisme coopératif. 

Car il est difficile de croire que le désir d’indépendance pour le Québec qui l’a mené en politique pourrait être scotomisé, comme disent les psychiatres. 

Autrement dit, cette élection fédérale peut bouleverser le Québec raisonnable et pragmatique de la CAQ.

N’oublions jamais que politique rime toujours avec passion.