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Survivre dans une nature sauvage

ART-CHRISTIAN-GUAY-POLIQUIN
Photo Agence QMI, Joël Lemay Christian Guay-Poliquin

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Après avoir connu un succès international avec Le poids de la neige, traduit dans plus de quinze langues, Christian Guay-Poliquin revient cet automne avec une ode à la nature sauvage et une invitation à l’aventure, Les ombres filantes. Une quête à travers une forêt remplie de dangers, des alliances nécessaires, et l’art de survivre sont au cœur de cette histoire d’une grande justesse.

Dans la forêt, un homme marche, seul, vers le camp de chasse où sa famille s’est réfugiée pour fuir les bouleversements provoqués par une panne électrique généralisée. Il sait qu’il est menacé et s’enfonce dans les montagnes en suivant les ruisseaux et les sentiers.

Un jour qu’il s’est égaré, un mystérieux garçon d’une douzaine d’années l’interpelle. Il n’a l’air d’avoir peur de rien. Ce duo insolite affrontera les contrées sauvages et les groupes de malfrats qui peuplent maintenant les bois.

Christian Guay-Poliquin, adepte de la longue randonnée et des séjours en forêt, s’est laissé porter par son goût pour la grande nature et l’aventure pour écrire ce roman exceptionnel.

« J’avais envie de parler de nature. Ce roman s’est écrit dans la foulée du roman précédent, même si mes projets sont indépendants. Dans le premier, j’étais dans l’hiver... là, je suis dans la forêt. C’est une écriture du territoire, sous le format du roman d’aventures. »

Le genre littéraire appelé nature writing est présent dans Les ombres filantes et Christian est vraiment dans son élément, en traduisant la beauté, la profondeur et la force de la nature. Tout coule de source... mais ça ne veut pas dire que tout s’est écrit tout seul. « Je vis dans le bois, j’ai du plaisir à aller en forêt. J’ai un côté manuel. Ce roman, je l’ai écrit surtout ici, à Pigeon Hill. Mais ça a été long et tough : ça m’a pris quatre ans. »

En conversant, il remonte le fil de ses souvenirs... et évoque cette fameuse année 2014 où il a parcouru le sentier des Appalaches, en Gaspésie, réputé pour être très exigeant. « Je marchais et je me disais qu’un jour, j’allais écrire sur la marche, sur la forêt. J’ai essayé de greffer à ça aussi la filiation, le rapport à la famille, l’héritage, la transmission. L’émerveillement est devenu le moteur de la fiction. »

L’écrivain, maintenant papa d’un petit gars de quatre ans, se trouvait au cœur de la forêt gaspésienne lorsqu’est arrivée la queue de l’ouragan Arthur. Il en a eu plein la vue. « On s’est perdu plein de fois, ça a été compliqué, laborieux. Mais c’était l’fun ! Le bout de la réserve faunique de Matane, c’était huit jours d’autonomie complète avant de reprendre le point de ravitaillement. C’était une expérience profonde et tellement simple : tu te lèves le matin, tu as juste à t’occuper d’être de bonne humeur et d’avoir de l’énergie, et après ça, tu marches. Ça m’a tellement fait de bien ! Tu fais juste marcher et à un moment donné, tu fais même partie du décor. La pensée se calme. Tu fais juste traverser le paysage. »

On retrouve toute cette ambiance de nature, de marche en forêt, de faune, de flore, de danger aussi, au fil du roman. 

« En ayant grandi dans le bois et en étant souvent là, je me rends compte que mon regard est porté vers la nature, même en ville. Que ce soit l’érable à Giguère qui pousse dans le parc, ou quand je vais courir dans le cimetière Mont-Royal. À un moment donné, on voit un grand pic passer. Le regard devient aiguisé pour les détails de la nature. Ça devient naturel. Et la nature est belle partout. » 

EXTRAIT

<b>Les ombres filantes</b><br />
Christian Guay-Poliquin<br/>
Éditions La Peuplade<br/>
344 pages<br/>
En librairie le 31 août
Photo courtoisie
Les ombres filantes
Christian Guay-Poliquin
Éditions La Peuplade
344 pages
En librairie le 31 août

« On gravit, on s’accroche, on enjambe, on monte, on redescend, on recommence. Je vais lentement pour ménager mon genou. S’il flanche, je vais perdre pied et finir empalé sur des branches cassées. Olio, lui, saute d’un tronc à l’autre avec agilité, comme s’il savait d’avance où trouver ses appuis. Je tente de ne pas le perdre de vue. Je me fraie un chemin dans ce chaos de ramures, d’écorces, d’aiguilles. Les égratignures se superposent sur ma peau, mon sac reste pris dans les branches, mes mains sont couvertes de gomme de pin. La traversée dure des heures. Toute mon attention est dirigée vers mes points d’appui et, comme un draveur sur une rivière figée, j’avance d’un arbre à l’autre. »