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Allô maman bobo

Ptoma
Photo courtoisie Ptoma
Nicolas Lévesque
Éditions Varia

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En ces temps difficiles de pandémie, où les échanges personnels doivent être réduits au minimum pour tenter de limiter les dégâts, l’arrivée d’un livre « panse-bobo » est tout à fait bienvenue. Même s’il s’agit de chutes diverses, comme « tomber » en amour ou « tomber » enceinte. Avec un psy comme accompagnateur, on se dit que la chute sera tout en douceur. Bref, ce livre « tombe » à point.

Nicolas Lévesque est psychanalyste. Aussitôt nous vient l’image freudienne du psy assis sur son fauteuil, attentif à son patient allongé sur un divan. Mais Lévesque n’est pas du genre à garder son plaisir pour lui seul, il nous fait voyager d’une âme à l’autre et on se sent vite voyeur pour peu qu’on veuille bien prendre le temps d’écouter et de sortir de la routine, d’accepter le transfert, entre chute vertigineuse et long fleuve tranquille.

Il nous prévient d’emblée qu’il s’inspire librement de ce que lui racontent ses patients pour écrire ses histoires, « dans l’espoir de transmettre l’espoir », comme celles qu’il nous donne à lire dans ce nouvel ouvrage tout en délicatesse. Et ces histoires racontées en toute confidence, sur le divan, sont souvent des histoires d’amour mal en point, parce que, dit-il, « le motif inconscient de consultation psychologique le plus répandu dans le monde entier, c’est l’amour ».

Ainsi, cette patiente inquiète qui demande comment résister à la force d’attraction à un autre être humain. Ou comment renoncer à la découverte d’un nouveau corps ? « Le désir est l’une des rares expériences possibles du sacré », lui répond le psy pour qui l’amour peut rendre fou, comme il a pu le constater à plusieurs reprises dans sa pratique. Et à ceux qui veulent se guérir de la toxicité amoureuse, il propose « l’analyse comme méthadone, drogue de transition, de substitution, de transfert ».

Ainsi cet homme qui dit se faner comme une fleur sans l’amour d’une femme. S’il est rejeté par sa nouvelle flamme, « il s’écroule, dégringole jusqu’au fond d’une grotte sombre dont il sera long, périlleux, de le sortir ».

Ou cette autre qui veut mettre fin à sa thérapie parce qu’elle ne peut plus supporter la présence trop intense de ce psy dont elle semble être amoureuse. « Elle est ensuite allée spontanément s’étendre sur le divan, ce qu’elle n’avait jamais fait, raconte le psy, afin de ne pas me voir, de me mettre à distance et de me dire des choses intenses, vraies et difficiles sur elle, sur moi aussi. [...] Elle souffrait d’une expérience de transfert trop forte et je lui répétais que de mon côté, je n’avais pas peur du transfert, que je pouvais le supporter. » Incroyable comment de telles séances peuvent réveiller des volcans endormis depuis l’enfance ou l’adolescence.

L’introspection

Qui peut se vanter de ne pas être inquiet si on devient indifférent.e au regard de l’être aimé qui vit à nos côtés ? On a besoin de se sentir, à ses yeux, le centre de l’univers, ne serait-ce que de temps en temps. Il en va de l’image que l’on se fait de soi. L’image du corps, entre autres. Or, « l’image du corps prend une importance démesurée », déplore le psy, mais impossible d’y échapper. Il faut voir au-delà, « découvrir ce qui reste de réalité lorsque se retire le voile des illusions et des symboles ». En sommes-nous capables ? Or les psys sont là pour nous faire découvrir nos vieux démons, en nous proposant un retour dans le passé « par le récit sur le divan de l’histoire personnelle, en montant à bord du bolide des souvenirs, des fantasmes transférentiels, des rêves, des actes manqués et des lapsus ». Vaste introspection qui peut s’échelonner sur plusieurs années.

Nicolas Lévesque, psychologue et psychanalyste à l’oreille bienveillante, nous rend sa pratique au cœur des émotions et de l’intimité entre deux personnes apprenant à se connaître des plus vivantes. Il nous présente ainsi des dizaines de cas cliniques, tous plus passionnants les uns que les autres. Parmi ceux-ci, il y en aura certainement un ou deux dans lesquels vous vous identifierez. Êtes-vous prêts pour une première consultation ?

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C’est l’écrivain Albert Camus qui le disait, bien avant l’irruption d’internet dans nos vies : « Nous étouffons parmi des gens qui pensent avoir absolument raison. » Que dirait-il aujourd’hui alors que l’air devient de plus en plus irrespirable ? Les réseaux sociaux sont devenus des arènes de combat, déplore l’auteur Jean Birnbaum, qui dirige Le Monde des livres, et il n’est pas le seul à le constater. On y règle des comptes, on salit des réputations, on calomnie, on répand des fausses nouvelles, bref rien pour alimenter une saine discussion et pour s’ouvrir à de nouveaux horizons. Il suffit de prendre position pour ou contre, dit l’auteur de ce livre réconfortant, « bref manuel de survie par temps de vitrification idéologique », pour qu’aussitôt fuse la fameuse accusation : « faire le jeu de... » Bonjour la nuance ! Or, la nuance n’est pas un signe de faiblesse, au contraire, « dans le brouhaha des évidences, il n’y a pas plus radical que la nuance ». 

De si violentes fatigues

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Vous vous souvenez du personnage du gars fatigué créé par Dominique Lévesque, du Groupe sanguin ? Vous le retrouverez ici sous toutes ses coutures dans ce volumineux essai sur l’épuisement au quotidien. Ça concerne le monde ordinaire, « ces hommes et ces femmes qui éprouvent une difficulté à être au monde et à assumer la réalité [...] foule d’antihéros sans noms ni visages ». Une sorte de Monsieur ou Madame Tout-le-monde. Et ils n’ont pas tous rendez-vous au cabinet de psychanalyse de Nicolas Lévesque pour trouver la clé du bonheur. Non, c’est plutôt au sein d’une association de prévention contre le suicide que l’auteur les a suivis pendant cinq ans. Et il conclut qu’il ne faut pas hésiter à pénétrer les marges de notre société, là où se concentrent la fatigue, l’épuisement et la souffrance de vies en attente de lumière ».