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[PHOTOS] Découvrez l'incontournable rue Saint-Jean de 1948, épine dorsale du faubourg Saint-Jean

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La rue Saint-Jean est une voie emblématique de la ville de Québec. À l'extérieur de la ville fortifiée, elle s'étire jusqu'à l'avenue De Salaberry. Il s'agit de l'une des plus anciennes rues au Canada. Le faubourg Saint-Jean s'est développé de part et d'autre de cette rue qui en constitue l'épine dorsale.

Un touriste qui quitterait la capitale sans l'avoir arpentée aurait fait une visite bien incomplète de notre ville. Au sortir de la Deuxième Guerre mondiale, cette rue a profité de la prospérité d'après-guerre. 

À la fin des années 1940, on y trouvait plus de 800 logements, mais il s'agissait néanmoins d'une rue essentiellement commerciale, comme elle l'est toujours aujourd'hui d'ailleurs. 

Voici donc une visite de la rue Saint-Jean extramuros en 1948.

1) Les origines de la rue Saint-Jean  

Les quartiers Jacques-Cartier, Saint-Jean et Montcalm en 1879, avec au centre la rue Saint-Jean.
Illustration BAnQ, Atlas of the city and county of Quebec from actual surveys [...], 1879, H.W. Hopkins
Les quartiers Jacques-Cartier, Saint-Jean et Montcalm en 1879, avec au centre la rue Saint-Jean.

En 1639, la Compagnie des Cent-Associés concède à l’ingénieur et arpenteur Jean Bourdon une terre située dans le secteur de l'actuelle avenue Belvédère. Comme Bourdon se fait souvent appeler «Monsieur de Saint-Jean», il désigne sa seigneurie sous l’appellation de «fief Saint-Jean». Par conséquent, le chemin qu'il trace depuis la ville jusqu’à son fief est baptisé le chemin de Saint-Jean. C'est l'ancêtre de la rue Saint-Jean et du chemin Sainte-Foy. 

La voie directe pour accéder à la ville fortifiée est alors la rue Saint-Jean, qui conduisait à la porte éponyme. Un faubourg se développe donc naturellement autour de cette rue qui deviendra la colonne vertébrale du quartier.

Dès lors, la rue Saint-Jean constitue le lien de transit entre le bourg et la périphérie. Ce tronçon du chemin du Roy reliera également Québec à Trois-Rivières et à Montréal. Petit à petit, plusieurs commerces y apparaissent, mais à la suite de l'incendie de 1845, c'est l'explosion. Outre des résidents, des artisans y installent leurs boutiques, des professionnels y ouvrent leurs bureaux et des magasins qu'on qualifierait aujourd'hui de «commerces de proximité» poussent çà et là. Des banques s'y installent également et, à partir de 1878, le tramway y circule. De 1875 à 1960, la rue Saint-Jean est le poumon économique du quartier, et même de la ville.

2) La vie religieuse  

L'église Saint-Jean-Baptiste en 1947, depuis la rue de Claire-Fontaine.
Photo courtoisie Archives de la Ville de Québec
L'église Saint-Jean-Baptiste en 1947, depuis la rue de Claire-Fontaine.

En 1847, la population du faubourg Saint-Jean est suffisamment importante pour qu'on y ouvre une nouvelle église. On la construit évidemment sur la rue Saint-Jean. Il s'agit alors d'une desserte de la basilique Notre-Dame de Québec. Elle est incendiée en 1881, avec une partie du faubourg. On amorce aussitôt sa reconstruction. 

La nouvelle église ouvre ses portes au culte en 1884. On disait que c'était la plus belle église de Québec. En 1886, elle devient une église paroissiale. Dès 1849, son parvis servait de point de ralliement aux membres de la Société Saint-Jean-Baptiste lors de grandes parades. Le site devient donc peu à peu le lieu de rassemblements et de rencontres du quartier. L'église ferme définitivement ses portes en 2015. Néanmoins, elle demeure toujours, avec son presbytère, un repère de la rue Saint-Jean.

Le faubourg accueillait également une communauté anglo-protestante. C'est pourquoi, dès les années 1770, on trouvait sur la rue Saint-Jean un cimetière de confessions anglicane et presbytérienne et, à la suite du grand incendie de 1845, l'église St. Matthew's. Elle loge aujourd'hui la bibliothèque Claire-Martin.

Enfin, plus à l'ouest, du côté sud de la rue, dans le secteur de l'actuelle caserne de pompiers, se trouvait le St. John's Hall, une salle communautaire associée à la United Church of Canada. Et c'est sans compter les bureaux de la procure de la paroisse Saint-Jean-Baptiste et ceux du cimetière Belmont, qui y avaient également pignon sur rue. Les communautés religieuses étaient donc très présentes sur la rue Saint-Jean à cette époque. 

3) Les soins de beauté  

En cette période exubérante d'après-guerre, les «élégantes» de Québec, comme on appelait alors les dames soucieuses de leur apparence, avaient l'embarras du choix quant à leurs soins de beauté. En effet, on ne comptait pas moins de sept salons de coiffure et six salons de beauté sur la rue Saint-Jean. En plus de la coiffure, les salons de beauté offraient des services de manucure et de teinture. 

Ils portaient des noms aussi évocateurs que le Salon Manuel de Paris, le Salon de beauté Jouvence et le salon de coiffure La Vogue. Quant aux hommes, ils n'étaient pas en reste, bénéficiant de la présence de six salons de barbier.

Il est quand même incroyable de pouvoir compter sur 19 établissements destinés aux soins des cheveux sur une même rue. Tous ces salons s'échelonnaient des deux côtés de la rue, sur toute sa longueur. Quelques barbiers opéraient leur commerce au lieu même de leur résidence. À au moins trois endroits, on trouvait deux salons: un pour les hommes et l'autre pour les dames. 

Par ailleurs, à chaque extrémité de la rue se situait une boutique de cirage de chaussures. L'une était immédiatement voisine d'un salon de barbier. Les Québécoises et Québécois de l'époque avaient sans doute de très belles têtes.

4) La mode  

La boutique Les Créations Suzanne dans les années 1980; en 1948, elle était située à l'emplacement de l'actuel café Le Hobbit.
Photo courtoisie Archives de la Ville de Québec
La boutique Les Créations Suzanne dans les années 1980; en 1948, elle était située à l'emplacement de l'actuel café Le Hobbit.

Pour se vêtir, le choix était également abondant. En effet, la rue Saint-Jean comptait 37 commerces destinés aux vêtements. Et comme pour la coiffure, ce sont les femmes qui étaient le mieux servies. Ainsi, elles avaient le choix entre 14 boutiques spécialisées dans les vêtements pour dames et quatre lingeries. 

Plusieurs de ces boutiques existaient encore récemment et leurs noms rappelleront des souvenirs à bien des gens, comme les D’Allaird’s Ltd., les Créations Suzanne ou encore Jeanne Hardy, pour ne nommer que celles-là. Les hommes, eux, pouvaient compter sur sept merceries, dont la célèbre Tip Top Tailors Ltd. Quant au Magasin aux 1000 cravates et aux 1000 chapeaux, on devine facilement sa spécialité.

Les consommateurs de la capitale pouvaient également fréquenter quelques grands magasins qui avaient pignon sur rue Saint-Jean. Il s'agissait de magasins généralistes, mais qui offraient tout de même des départements consacrés aux vêtements; pensons au Zellers Ltd. ou au Kresge’s Co. Ltd. Chez Woolworth Co. Ltd., on pouvait sûrement trouver quelques accessoires à bon marché. Enfin, quatre magasins offraient des chaussures et deux autres se spécialisaient dans la fourrure.

Par ailleurs, il y avait l'Atelier de couture canadienne enr., où les dames pouvaient se faire confectionner des vêtements sur mesure, et c'est sans compter douze couturières qui résidaient sur la rue et qui faisaient fort probablement de la confection à domicile.

5) Les nettoyeurs  

Pour assurer l'entretien et la propreté de tous ces beaux vêtements, plusieurs adresses offraient des services de buanderie et de teinturerie. On avait alors l'habitude d'appeler ces nettoyeurs des Valet Services. On dénombrait ainsi cinq nettoyeurs sur la rue Saint-Jean. Curieusement, on ne comptait parmi eux qu'un seul Chinois, M. Hong Sing, qui opérait la Laundry Shop. 

Cette statistique est plutôt étonnante, car la communauté chinoise de Québec se spécialisait alors dans la restauration et la buanderie, et, même si cette communauté se trouvait essentiellement dans le quartier Saint-Roch, elle offrait ses services dans toute la ville. Ainsi, treize ans plus tôt, en 1935, on comptait à Québec environ 200 buanderies chinoises, ce qui est énorme.

6) Les commerces d'alimentation  

La rue Saint-Jean en 1950 avec, à gauche, la Boulangerie Hethrington et, en arrière-plan, l'église St. Matthew's.
Photo courtoisie Archives de la Ville de Québec
La rue Saint-Jean en 1950 avec, à gauche, la Boulangerie Hethrington et, en arrière-plan, l'église St. Matthew's.

Les Québécois du faubourg Saint-Jean et de la ville de Québec ne faisaient pas que se soucier de leur apparence; ils devaient également se nourrir. En 1948, on en était toujours à l'époque des épiceries de coin de rue et cette expression devait être comprise dans son sens littéral. En effet, partout dans le faubourg, on fréquentait ce genre de commerce dont l'entrée se situait sur le coin de deux rues, la porte étant même percée en angle. Il y avait donc forcément ce type d'établissement sur la rue Saint-Jean, mais pas toujours situé sur un coin. 

La plus célèbre de ces épiceries est sans conteste l'Épicerie J.A. Moisan. À cette époque, les consommateurs ne se servaient pas eux-mêmes; c'est l'épicier qui remplissait leur commande. Néanmoins, c'est à ce moment qu'apparaissent les supermarchés. Ainsi, on ne trouvait pas une, mais deux succursales de l'épicerie A&P (Atlantic & Pacific Store), et probablement à l'image de leur raison sociale, elles étaient situées à chacune des extrémités de la rue.

Les acheteurs pouvaient également se rendre chez le boucher, qu'il s'agisse de Bailer & Son ou encore de W.E. Bégin, chez Hethrington, l'important boulanger de Québec dont la manufacture se trouvait derrière le magasin, ou encore à l'une des deux pâtisseries qui avaient pignon sur rue, soit la Pâtisserie Frontenac et la Pâtisserie Simon, toujours en opération en 2021.

Finalement, pour compléter leur menu, les clients pouvaient se rendre chez l'un des deux marchands de fruits et légumes, dont le célèbre California Fruit Store, à la Confiserie Déry pour les douceurs ou chez J.B. Rousseau pour le thé et le café. De plus, ceux qui surveillaient leur ligne pouvaient compter sur Modern Dietaid Products Reg’d. Enfin, pour arroser le tout, ils n'avaient qu'à se rendre à la succursale de la Commission des liqueurs du Québec.

7) Les restaurants  

La rue Saint-Jean en 1948 avec, à gauche, le restaurant Rita Cake Shop.
Photo courtoisie Archives de la Ville de Québec
La rue Saint-Jean en 1948 avec, à gauche, le restaurant Rita Cake Shop.

En déambulant sur la rue Saint-Jean, les marcheurs en quête d'un bon repas avaient le choix entre neuf restaurants de styles variés. Il y avait des comptoirs-lunch, tel le Diana Grill, un restaurant chinois, le Home Café, administré par Tom Yee, et ceux aux menus plus élaborés, comme le Restaurant Normandie, tenu par le Grec Michael Zootis. Ce dernier était également propriétaire du restaurant Le Laurentien de Place D'Youville. 

Quant au restaurateur Jos Jobin, il annonçait son commerce par les mots «Restaurant et tabac». Plutôt amusant. Enfin, curieusement, on ne trouvait sur la rue Saint-Jean que deux tavernes. Peut-être y en avait-il davantage sur les rues transversales ou sur la rue D'Aiguillon.

8) Les soins de santé  

Les résidents du faubourg Saint-Jean étaient desservis par quatre hôpitaux situés à proximité: l'Hôtel-Dieu et les hôpitaux Courchesne, Saint-Sacrement et Jeffery-Hale. Toutefois, s'ils ne devaient pas être hospitalisés et qu'ils voulaient simplement rencontrer un médecin, ils étaient très bien servis. En effet, sur la seule rue Saint-Jean, 23 médecins avaient un cabinet, et c'est sans compter plusieurs autres qui y résidaient sans recevoir chez eux leurs patients. 

Tous ces praticiens pouvaient compter sur l'appui de deux chirurgiens et d'un cardiologue. Sur le côté sud de la rue, face à l'actuel restaurant Le Bonnet d'âne, se trouvait le Laboratoire de chimie et de bactériologie médicales, où trois médecins offraient leurs services. À la porte voisine, un autre médecin, deux spécialistes, deux chirurgiens et un dentiste recevaient leurs clients.

Ailleurs sur la rue, on pouvait se rendre chez le chiropraticien H.L. Bishop, chez l'opticien J.E. Gagnon, ou dans quatre pharmacies. L'une d'elles, la Pharmacie Jolicoeur, a été une véritable institution dans le faubourg Saint-Jean ayant été en opération de 1904 à 1973. Elle avait été tour à tour administrée par Alfred Jolicoeur, puis par son fils André. Enfin, pour les maux de dents, les gens pouvaient se rabattre sur les cabinets de cinq dentistes où pratiquaient également trois techniciens dentaires. 

Ultimement, si les services de tous ces professionnels de la santé avaient échoué, deux entrepreneurs de pompes funèbres auraient pu prendre la relève, dont la réputée maison Arthur Cloutier et Fils.

9) Le monde des affaires  

La rue Saint-Jean en 1944 avec, au coin de la rue de Claire-Fontaine, la Caisse d'économie de Notre-Dame de Québec.
Photo courtoisie Archives de la Ville de Québec
La rue Saint-Jean en 1944 avec, au coin de la rue de Claire-Fontaine, la Caisse d'économie de Notre-Dame de Québec.

Le monde des affaires était également très bien représenté sur la rue Saint-Jean. En matière de finances, les commerçants et les résidents du faubourg Saint-Jean pouvaient faire des affaires avec l'une des trois institutions bancaires présentes sur la rue, soit deux succursales de la Banque canadienne nationale et une autre de la Caisse d'économie de Notre-Dame de Québec. De plus, la Corporation de Prêt et Revenu et la Household Finance Corporation pouvaient également consentir des prêts.

Par ailleurs, la compagnie d'assurances L'Industrielle avait pignon sur rue, de même que trois courtiers en assurances qui y avaient leurs bureaux. Pour les affaires juridiques, un avocat et pas moins de sept notaires y tenaient leurs études. Enfin, pour compléter ce panorama, un entrepreneur et trois architectes offraient leurs services, dont le réputé Philippe Côté, concepteur de plusieurs importants édifices de la capitale.

10) Les autres commerces  

La rue Saint-Jean en 1948 avec, à gauche, la Banque canadienne nationale et, à droite, le marchand de meubles C.W. Lindsay Ltée.
Photo courtoisie Archives de la Ville de Québec
La rue Saint-Jean en 1948 avec, à gauche, la Banque canadienne nationale et, à droite, le marchand de meubles C.W. Lindsay Ltée.

Outre les commerces et services énumérés précédemment, plusieurs autres types d'établissements étaient situés sur la rue Saint-Jean. 

Ainsi, on y visitait également deux magasins de sport, dont Le Comptoir sportif, tenu par Léopold Poliquin; cinq bijouteries; deux cordonneries, dont une succursale de la chaîne Empire Shoe Rebuilders; trois studios de photographie, dont celui de W.B. Edwards, qui a laissé un important fonds de photographies aériennes de la ville de Québec; trois quincailleries et marchands de peinture et tapisserie; cinq marchands de tabac, dont deux succursales de la chaîne Jos Côté Ltée, que l'on pouvait alors retrouver partout dans la ville; plusieurs autres marchands de tapis, tissu, valises, meubles, pianos, rasoirs, moulins à coudre, matériel d'artistes, pour ne nommer que ceux-là. 

Enfin, on trouvait sur cette rue plusieurs services publics tels que la compagnie de téléphone Bell, une billetterie de la Quebec Railway, une station d'essence et des réparateurs de toutes sortes. Avec la présence de tous ces commerçants à proximité de chez eux, les résidents du faubourg Saint-Jean auraient pu vivre sans jamais devoir quitter leur quartier.

Pour avoir plus de détails sur la rue Saint-Jean en 1948, voir L'Annuaire Marcotte, Québec et Lévis, 1948-1949 (juillet 1948).


Jean-François Caron, historien, Société historique de Québec  

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