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Juré, craché, je ne prendrai plus de vacances!

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D’habitude, il n’y a que de bonnes nouvelles en août. C’est la rentrée et le monde des médias, télévision en tête, reprend enfin vie.

Cette année, alors qu’on finissait de préparer la rentrée, j’espérais filer le parfait bonheur dans l’air salin des Îles-de-la-Madeleine. Hélas ! en moins d’une semaine, les mauvaises nouvelles me sont tombées dessus.

D’abord, pour des motifs que les meilleurs analystes politiques ne s’expliquent pas mieux que moi, le premier ministre, Justin Trudeau, a plongé le pays en élection. Du coup, tout le travail accompli depuis des années par le CRTC, le comité d’experts de Janet Yale et trois ministres du Patrimoine, dont le très studieux Steven Guilbeault, s’est envolé en fumée. Et je ne dis rien des milliers d’heures consacrées à l’avenir de la radiodiffusion par des dizaines d’associations, des milliers d’artistes, de techniciens et d’artisans.

Le projet de loi C-10, qui devait moderniser nos lois sur la radiodiffusion et les télécommunications, est mort au feuilleton. Mort aussi, le projet de loi pour assainir les réseaux sociaux. Si le gouvernement est réélu, rien de tout cela n’aura force de loi avant la fin de 2022, peut-être même 2023. Imaginez si les libéraux mordent la poussière. Les géants du Net pourront dormir tranquilles, leur free ride continuera encore longtemps.

DEUIL CRUEL POUR LES ENFANTS

Deux jours après le déclenchement intempestif des élections, une autre mauvaise nouvelle afflige notre cinéma : l’inoxydable et énigmatique Rock Demers nous quitte pour rejoindre dans l’au-delà Bach et Bottine, le Martien de Noël, Daniel, les Superdogs et d’autres de ses personnages mythiques.

Après que Denis Hardy, ministre des Affaires culturelles, eut créé l’Institut du cinéma québécois (l’ancêtre de la SODEC), dont je fus le premier président, Rock fut le choix unanime du conseil d’administration pour en être le premier directeur général.

Pour des raisons techniques, il quitta l’Institut au début des années 1980. Une vraie bénédiction pour le cinéma québécois, puisqu’il lança la série des Contes pour tous avec La guerre des tuques, un film destiné à la vie éternelle. Un jour, on élèvera peut-être un monument à la mémoire de Rock. Il le mériterait bien.

L’ADIEU (?) DE PASCALE NADEAU

Mes vacances étaient à peine entamées qu’éclatait « l’affaire Nadeau ». Voilà une affaire encore plus intrigante que celle de Gilbert Sicotte. Durant 30 ans, il fut le professeur d’interprétation le plus respecté du Conservatoire d’art dramatique de Montréal. Le plus rigoureux et le plus bouillant aussi.

C’est une entrevue assez malicieuse du jeune reporter Louis-Philippe Ouimet au téléjournal de Radio-Canada qui signa la perte de Sicotte. Malgré les collègues, les pairs et même plusieurs étudiants qui prirent la défense du vieux prof, la direction du Conservatoire le laissa tomber brutalement. 

C’est ce qu’a répété la direction de Radio-Canada avec Pascale Nadeau, chef d’antenne depuis 2008.

Comme l’était son père, Pierre Nadeau, et comme l’était aussi Gilbert Sicotte, Pascale est une femme intransigeante, une perfectionniste qui ne ménage pas les coups de gueule lorsque la mer est grosse et qu’elle doit s’assurer que le navire arrive à bon port. Mais reste-t-il une place dans notre monde actuel de coton ouaté pour ces chefs hargneux et obstinés, résolus à aller jusqu’au bout comme le capitaine Achab d’Herman Melville dans Moby Dick ? Malheureusement, il semble que non. Surtout pas à Radio-Canada.

Juré, craché ! je ne prendrai plus de vacances. 

Ça semble attirer le mauvais sort sur l’univers déjà malmené de nos médias.