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Complotiste?

GEN-Manifestation anti-passport à Montréal
Photo d'archives, Agence QMI

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Depuis quelques jours, la classe politico-médiatique est bouleversée par le surgissement d’une colère qu’elle qualifie de « populiste » dans la campagne.

Sans le moindre doute, cette mouvance, ou du moins, sa frange la plus visible et la plus criarde fait peur.

Elle exprime un malaise social qui peut devenir violent, dans une société ensauvagée par les réseaux sociaux, qui ont permis à une agressivité longtemps refoulée de se déverser dans l’espace public.

Soyons très net : ceux qui confessent la tentation de la violence, d’abord physique, mais aussi verbale, doivent être affrontés. On ne saurait tolérer en démocratie une foule lyncheuse, harceleuse, ivre de sa propre indignation, au fanatisme débile.

Haine

Une nuance s’impose toutefois : cette colère ne se réduit pas à son expression la plus caricaturale.

Il y a dans nos sociétés, un sentiment d’aliénation qui n’est pas une pure manifestation de folie collective. C’est pourtant ainsi qu’il est souvent traité.

Prenons par exemple l’étiquette « complotiste ». Assurément, il existe une telle chose qu’une mentalité complotiste, qui veut voir derrière l’histoire du monde quelques grandes volontés machiavéliques s’affrontant entre elles pour la domination de l’univers. Cette mentalité trouve plus d’adeptes qu’elle ne le devrait, hélas.

  • Écoutez la chronique de Mathieu Bock-Côté au micro de Richard Martineau sur QUB radio:

Mais nous abusons, manifestement, de la référence au complotisme pour parler des idées que nous désapprouvons. Ce terme sert souvent à interdire de légitimes questionnements.

Ainsi, pendant un temps, la moindre réserve sur les mesures sanitaires pouvait être taxée de complotisme.

De même, qui réfléchissait aux origines du virus autrement qu’en suivant la piste du pangolin originel risquait la sale étiquette.

Et cela dépasse la pandémie.

Écoutez Les idées mènent le monde, une série balado qui cherche a éclairer, à travers le travail des intellectuels, les grands enjeux de sociétés.

Prenons par exemple la question de la mutation démographique des sociétés occidentales. Il n’est pas rare qu’on accuse ceux qui en parlent de verser dans le conspirationnisme.

D’autres insultes servent à mettre au ban de la société ceux qui ne pensent pas d’une manière médiatiquement convenable. On connaît ces insultes : raciste, xénophobe, transphobe, islamophobe, et ainsi de suite.

Ce bombardement d’injures ne pouvait pas ne pas créer tôt ou tard une réaction. Du Brexit à Trump en passant par l’émergence des mouvements populistes, elle s’est concrétisée politiquement depuis quelques années.

Autrement dit, si le peuple se sent dépossédé, c’est en bonne partie parce qu’il l’est, et parce qu’il sent une pesante censure peser sur l’expression de son malaise.

Résumons : la haine, s’il faut utiliser ce terme, a plusieurs visages.

Élites

Elle peut s’exprimer dans les vociférations de la foule ou dans les paroles mielleuses, mais venimeuses des élites médiatico-universitaires.

Et la pandémie, en confisquant jusqu’à la possibilité de la vie ordinaire, a engendré des convulsions qui polluent la vie politique.

Il faudrait un leader politique de grand talent pour calmer le jeu.

Je note qu’au Québec, la situation est bien moins toxique qu’ailleurs en Occident. Il n’est pas interdit de penser que François Legault, qui a l’immense vertu de ne pas mépriser son peuple et de se connecter à lui, joue un rôle positif et apaisant dans la situation présente.