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Ses contrats d’entretien ménager tous victimes de la crise sanitaire

Economic crisis and Bankruptcy
Illustration Adobe Stock

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Mère monoparentale de deux enfants, Andréanne gagne sa vie en faisant de l’entretien ménager dans des bureaux et chez des particuliers. Quand la COVID-19 frappe le Québec en mars 2020, c’est plus de la moitié de ses contrats qui partent en fumée en raison des fermetures et des mesures de confinement.

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Ses revenus de travailleuse autonome fondent donc comme neige au soleil et chutent à 650 $ par mois. Heureusement, elle est admissible à la Prestation canadienne de la relance économique (PCRE) et reçoit un montant de 1700 $ par mois. À cela s’ajoutent des allocations pour enfants (1150 $) et une pension alimentaire (250 $), pour un total mensuel de 3750 $.

Ses dépenses étant de 3755 $ par mois, sa situation serait viable malgré tout, mais c’est sans compter un endettement insidieux qui s’est installé progressivement et qui a culminé avec ses pertes de contrats.

Andréanne sait aussi que la PCRE aura une fin, même si le gouvernement l’a officiellement prolongée jusqu’en novembre 2021. C’est pourquoi elle s’est résolue à aller consulter des experts en insolvabilité avant que son bilan se dégrade davantage.

Microcrédit rapide et taux d’intérêt astronomique

Le bât blesse particulièrement pour ce qui touche à ses cartes de crédit. Au fil des ans, elle les a en effet utilisées régulièrement pour pallier le manque à gagner et boucler ses fins de mois. Peu à peu, c’est un solde de 30 000 $ qui s’est accumulé. Jusqu’ici, elle a réussi à verser le paiement minimum (environ 750 $), mais ce montant pèse très lourd sur son budget, et à ce rythme, il lui faudrait 48 ans pour réussir à tout rembourser, ce qui représente également des intérêts de plus de 58 000 $ ! Pire encore : depuis le mois d’août 2021, le paiement minimum est passé à 3 % au lieu de 2,5 %, ce qui fait grimper le versement requis à 900 $.

Sa situation financière était déjà intenable, mais c’est sans compter les prêts qu’elle a contractés auprès de firmes de microcrédit rapide lorsqu’elle a perdu ses contrats. Ainsi, elle a emprunté 5000 $ à des taux d’intérêt astronomiques (35 %). Sur une période de remboursement de 12 mois, cela représente des versements de 500 $ et un coût en intérêts représentant approximativement 1000 $. Andréanne est littéralement prise à la gorge et sait pertinemment que même si ses contrats d’entretien retrouvent leur rythme de croisière, elle sera malgré tout dans l’impossibilité de faire face à ses obligations financières.

Inévitable faillite

Lors de sa première rencontre avec Andréanne, la conseillère en redressement financier chez Raymond Chabot, Priscilla Bhikari, dresse une liste de tous ses biens ayant une valeur marchande. Elle possède 1000 $ en REER (insaisissables), ainsi qu’un véhicule de 2014 d’une valeur de 5000 $, financé et qu’elle n’a pas fini de rembourser. 

Pour se donner une marge de manœuvre, Andréanne se résout à remettre son automobile au créancier. Celui-ci accepte de la reprendre, mais encaisse une perte de 10 000 $ qui lui sera facturée. Les parents de la jeune femme lui proposent toutefois de lui donner un coup de pouce : ils lui prêteront une voiture et sont même prêts à l’héberger temporairement et gratuitement, elle et ses enfants, jusqu’à ce qu’elle réussisse à se remettre en selle.

Il reste que ses dettes s’élèvent à 45 000 $ (cartes de crédit, microcrédit et coût de reprise du véhicule), un montant qu’elle est bien incapable de rembourser. 

« Compte tenu de sa situation précaire et de l’incertitude face à son avenir, l’option de la proposition de consommateur n’est pas envisageable. Cela consiste à proposer une somme aux créanciers, inférieure au montant dû, et à effectuer des versements mensuels sur 60 mois », explique Priscilla Bhikari.

L’ultime possibilité qui s’offre à elle est donc la faillite. Ce faisant, elle pourra se libérer de ses dettes de cartes de crédit et de microcrédit, mais sans pouvoir inclure ce qu’elle doit à son créancier automobile, un montant qu’elle lui remboursera progressivement. 

« Puisqu’il s’agit de sa première faillite, elle sera libérée en neuf mois, période durant laquelle elle effectuera des versements au syndic autorisé en insolvabilité », indique Mme Bhikari. 

Elle lui a aussi recommandé de constituer dès que possible un coussin de sécurité financière dans lequel elle pourra puiser si elle rencontre d’autres difficultés financières à l’avenir. 

« Cela lui évitera de s’endetter, et ce, à de hauts taux d’intérêt », conclut la conseillère. 

Sa situation financière 

ACTIFS  

  • Véhicule de 2014 : valeur de 5000 $, financé 
  • REER : 1000 $  

DETTES DE CONSOMMATION 

  • Cartes de crédit : 30 000 $ 
  • Prêt microcrédit : 5000 $ 
  • Prêt véhicule : 10 000 $  

TOTAL DES DETTES DE CONSOMMATION : 45 000 $


REVENUS MENSUELS  

  • Revenu de travailleuse autonome : 650 $ 
  • Pension alimentaire : 250 $ 
  • Allocations pour enfants : 1150 $ 
  • PCRE: 1700 $  

TOTAL DES REVENUS : 3750 $


DÉPENSES MENSUELLES : 3755 $ (incluant loyer, frais de garde, téléphone, électricité, épicerie, transport en commun)

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