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Un mauvais procès fait à Yves-François Blanchet

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet
PHOTO AGENCE QMI, MARIO BEAUREGARD Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet

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C’est la toujours excellente Isabelle Laporte, probablement la meilleure «éditorialiste-twitter» du Québec (je vous incite vraiment à la lire), qui l’a fait remarquer hier: on se questionne beaucoup sur le style et le ton d’Yves-François Blanchet, en ce moment. On l’accuse d’arrogance – c’est de cela qu’on accuse normalement les chefs nationalistes qui ne s’excusent pas de l’être et qui ne parlent pas avec le ton mielleux du politicien mondain, toujours occupé à donner des gages de bonne conduite. Mais, comme l’écrivait Laporte, «avez-vous interrogé Trudeau sur son ton “phony”, Singh sur son style gnangnan ou O’Toole sur son côté drabe»?

Excellente question, en effet. Tant qu’à s’intéresser au style d’un homme politique, au point d’en faire un thème de campagne, comme s’il s’agissait de la mettre en difficulté et de la faire déraper, on pourrait effectivement s’intéresser au caractère étrangement exalté d’un premier ministre qui maîtrise péniblement sa propre langue, au blablabla moralisateur du chef du NPD ou à la «beigeté» (devrais-je écrire «beigitude»?) du chef conservateur. Ce serait intéressant, non? Chaque fois que Justin Trudeau prononce une phrase incompréhensible, on lui demanderait de l’expliquer. Chaque fois que Jagmeet Singh se perd en phrases guimauves, lui demander de préciser son propos. Et ainsi de suite. Est-il par ailleurs interdit de tenir tête à certains journalistes?

Qu’on se comprenne bien: on peut formuler de nombreuses critiques à l'endroit d'Yves-François Blanchet, qu’il s’agisse de sa manière d’occulter totalement l’indépendance dans cette campagne ou de la tiédeur enrageante avec laquelle il aborde la question pourtant vitale des seuils d’immigration. D’ailleurs, ce serait une bonne question à lui poser: pourquoi consent-il à des seuils aussi élevés dans un contexte de régression linguistique et d’effondrement démographique à venir de la majorité historique francophone? Autrement dit, des questions de fond portant sur l’avenir du peuple québécois dans la fédération s’imposeraient. Elles donneraient un autre rythme à la campagne, une autre tonalité, aussi, peut-être même un autre sens.

Et plutôt que de se demander si Yves-François Blanchet est arrogant, on se demanderait s’il porte de manière adéquate le nationalisme québécois sur la scène fédérale. Ce débat serait intéressant. On pourrait poser les mêmes questions aux autres chefs, soit dit en passant. On peut aisément imaginer que, dans un tel débat, portant sur une question fondamentale, les autres chefs fédéraux seraient aussi en difficulté, et pas seulement à cause de leur «style».