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Le perdant du débat se nomme Trudeau

Le perdant du débat se nomme Trudeau
Photo Martin Chevalier

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Puisqu’il n’a pas réussi à justifier de manière crédible sa décision de plonger notre Dominion en élections, Justin Trudeau a perdu le Face-à-Face de TVA, hier.

Dès le départ, la question a été mise sur le tapis par le chef bloquiste Yves-François Blanchet. Trudeau soutient depuis deux semaines qu’il a besoin d’un mandat tout neuf pour gérer la pandémie puisqu’il n’en a pas été question lors du dernier scrutin, en 2019.

Il rabâche des lapalissades propres aux gens tentant de faire croire qu’ils ont une « vision » : « On est en train de prendre des décisions maintenant » pour un « avenir différent ».

À un moment donné, Blanchet, particulièrement en verve hier, a lâché la question qui tue : « Si vous aviez été majoritaires, auriez-vous été en élection pareil ? »

L’empereur Trudeau était nu. Tout ce qu’il souhaite, c’est obtenir une majorité, évidemment. Pour avoir les deux « mains sur le volant », comme me l’a candidement admis la coprésidente de campagne libérale Mélanie Joly en entrevue.

Trudeau a même rejeté le scénario d’un gouvernement de coalition comme s’il s’agissait d’une pratique barbare, à jamais non canadienne !

Fébrilité exacerbée

Pendant tout le reste du débat, le thème de la justification de cette élection affleurait ici et là. Il a surgi encore dans la dernière heure et le premier ministre était toujours à court d’explications solides.

On a l’habitude de dire qu’un gouvernement qui déclenche une élection n’en souffre que quelques jours. Maxime sans doute vraie en situation normale. Mais comme Erin O’Toole l’a calmement résumé : « M.Trudeau va placer ses intérêts avant les intérêts des Canadiens. »

Justin Trudeau, sentant qu’il jouait sa carrière politique, a joué le tout pour le tout.

Le chef libéral parut fébrile, tutoyait à tout venant, avait un débit encore plus rapide et saccadé que lors des affrontements de 2019 et 2015. Adieu, Justin cool des « voies ensoleillées ».

Le calme d’O’Toole

Sur la pandémie et plusieurs autres sujets, Erin O’Toole s’est réfugié dans des phrases apprises par cœur qu’il a répétées inlassablement : « Les vaccins sont sécuritaires », « on doit éduquer ».

Il a toutefois su garder un flegme et une maîtrise martiale qui contrastaient avec l’agressivité déchaînée de Trudeau et les flèches narquoises de Blanchet. O’Toole a su mettre le doigt « là où ça fait mal » en martelant (calmement) que Trudeau était au pouvoir « depuis six ans ».

O’Toole convaincant

En remontée au Québec, O’Toole s’est montré convaincant à l’égard de la « nation québécoise ». Habile, il se référa à Brian Mulroney au moment où il fut question de la langue.

Il dut toutefois composer avec un Yves-François Blanchet combatif qui a déployé beaucoup d’efforts pour miner cette curiosité des Québécois à l’égard du PC.

Quand O’Toole répétait son mantra selon lequel il a un plan et un contrat pour les Québécois, Blanchet jouait l’exaspération : « Avec qui vous l’avez négocié ce contrat-là ? »

Au risque de confirmer sa réputation d’arrogant, M. Blanchet a multiplié les répliques assassines. À Trudeau : « On veut pas plus de fonctionnaires, on veut plus d’infirmières. » À Jagmeet Singh, sur la PCU et la PCRE : « La relation du NPD à l’argent procède vraiment de la pensée magique. »

Mais il a semblé déstabilisé par la vigueur que Singh a mise à se défendre au sujet du racisme systémique. Le chef néo-démocrate a montré un certain caractère, comme lorsqu’il a lancé à Trudeau que son gouvernement avait accordé « une partie gratuite pour les ultrariches ».