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Le vrai début de la vraie campagne

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Au Face-à-Face 2021, devant les Québécois, le chef libéral Justin Trudeau s’est fait aussi bagarreur qu’en 2015. Contre toute attente, il en avait raflé son premier mandat au pouvoir. Majoritaire de surcroît.

Six ans et deux mandats plus tard, la question est cependant ailleurs. Aura-t-il réussi, pour autant, à stopper la remontée dans les sondages de son rival conservateur, Erin O’Toole ?

Au sortir du débat, la réponse ne saute pas nécessairement aux yeux. Dans cette drôle d’élection, dont le déclenchement en pleine pandémie par M. Trudeau déplaît encore à de nombreux électeurs, comment s’en étonner ?

Pandémie. Pénurie de main-d’œuvre. Loi 21 sur la laïcité. Langue française. Aide médicale à mourir. Droit à l’avortement. Vaccination obligatoire dans la fonction publique fédérale. Garderies. Armes à feu. Crise climatique. Etc.

Sur tous ces enjeux, l’avantage principal du premier ministre sortant reste toutefois intact. Sa « vision » demeure en effet nettement plus « progressiste » que celle présentée par M. O’Toole.

Se retrouvant souvent au centre d’échanges un brin cacophoniques, M. Trudeau peinait parfois à l’expliquer concrètement. Son atout est qu’il est une valeur connue depuis belle lurette.

incantation magique

Il est vrai que le chef conservateur a fait mouche en se moquant du « paternalisme » du chef libéral face aux provinces – répétant aussi souvent le nom de François Legault, telle une incantation magique.

En même temps, après notre première vague meurtrière dans les CHSLD, combien de Québécois seraient parfaitement soulagés de voir le fédéral imposer des « normes nationales » dans les soins de longue durée ?

Erin O’Toole aura-t-il réussi à se présenter comme un possible premier ministre, en attente et crédible ? Plus affable que son prédécesseur Andrew Scheer, son handicap politique n’en est pas moins le même.

Contrairement à Scheer, il a beau jurer qu’il est « pro-choix », une part substantielle de sa base – et plusieurs de ses propres candidats – nie encore et toujours l’existence des changements climatiques et s’opposent au libre choix des femmes à l’avortement.

Libéral minoritaire ?

Jagmeet Singh, bien que son parti soit très loin de la vague orange de feu Jack Layton en 2011, s’est montré à l’aise comme chef du NPD, mais pas suffisamment pour se démarquer vraiment.

Après un début de campagne cahoteux, le chef bloquiste Yves-François Blanchet a su retrouver un ton plus juste, moins hautain, moins « donneur de leçons ».

Ses attaques ont fusé et, pour la plupart, elles étaient bien calibrées. Pour solidifier ses appuis – selon le dernier sondage Léger-Le Journal-TVA, le Bloc mène chez les francophones –, il en avait grandement besoin.

Il en avait aussi besoin pour s’éloigner de son rôle, jusqu’ici dominant, de « haut-parleur » officieux, à Ottawa, du premier ministre québécois François Legault.

On l’aura beaucoup dit. Dans les faits, la vraie campagne ne fait que commencer. D’ici le 20 septembre, il reste toutefois peu de temps.

C’est pourquoi, pour le moment, à moins d’un revirement spectaculaire suivant les deux prochains débats de la semaine prochaine, une victoire libérale minoritaire est encore possible.