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Nous sommes face à une indigestion électorale

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Photo AFP De gauche à droite, les quatre chefs, Justin Trudeau, Yves-François Blanchet, Jagmeet Singh et Erin O’Toole, en compagnie de l’animateur Pierre Bruneau.

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Hier matin, j’ai parlé à un entrepreneur qui fait quelques travaux dans ma maison de campagne où j’ai traversé plus de 18 mois de confinement pandémique. C’est un homme intelligent, au fait de l’actualité, un citoyen, à vrai dire, représentatif des Québécois moyens.

« Vous allez regarder le débat ce soir, je suppose ? » lui ai-je demandé. « Quel débat ? » a-t-il répondu. Faut-il s’étonner que Patrice ne manifeste aucune excitation à cette campagne électorale qui, répétons-le, est nulle et non avenue ? Cette campagne que le premier ministre sortant Justin Trudeau a déclenchée afin de mettre un terme à son gouvernement minoritaire, vécu comme une blessure d’amour-propre.

Pour la première fois de ma vie professionnelle, fort longue, je vis une campagne électorale comme un boulet. Dimanche dernier, j’ai regardé les entrevues de mes camarades avec les chefs de partis à l’antenne de Radio-Canada. Je boirai peut-être le calice jusqu’à la lie en regardant les autres débats en français et en anglais à Radio-Canada la semaine prochaine. 

Cacophonie

Hier soir, à TVA, nous avons assisté, en début de débat, à une cacophonie indigne de chefs de partis. Justin Trudeau est apparu nerveux. Yves-François Blanchet est le candidat qui manie le mieux le français. Erin O’Toole, qui a fait des progrès spectaculaires en français, est désormais conscient qu’il peut être élu. Et Jagmeet Singh peut surfer sur des idées généreuses tout en sachant qu’il n’aura jamais l’occasion de les transformer en des réalités politiques.

Il est impossible de croire que ce débat bruyant ait pu influencer des électeurs qui n’ont pas déjà fait leur choix. Il est clair que Justin Trudeau, par ailleurs, a creusé sa tombe sur la question de la laïcité en confirmant que le gouvernement fédéral allait aider les opposants à la loi sur la laïcité à contester cette loi devant les tribunaux. 

Nous avons eu droit encore une fois aux excuses de Jagmeet Singh, Justin Trudeau et Erin O’Toole à propos du « Québec bashing ». Cette partie du débat a été aussi désespérante qu’indigente intellectuellement.

Heureusement que les chefs du NPD et du Bloc québécois ont mis en garde contre la politisation de l’aide médicale à mourir. Comment peut-on dans un débat hautement théâtralisé inclure un échange sur une question aussi grave et lourde de conséquences ? 

Désolant

Le spectacle d’hier à TVA démontre, si besoin était, que ces débats, devenus des incontournables, doivent être remis en cause. Ces débats dans le passé avaient les qualités de ceux qui y participaient. Les politiciens d’aujourd’hui sont à l’image de la culture politique actuelle.

Où sont les penseurs et les intellectuels qui inspiraient les politiciens qui nous ont dirigés et qui possédaient une vision de la société ? 

Nous sommes dans une période de décadence morale. L’absence de contenu, l’obsession des apparences et le marketing politique n’attirent guère des candidats habités par une mission, un sens de l’État et du bien commun à se sacrifier pour la société. 

Il reste deux autres débats en français et en anglais d’ici l’élection du 20 septembre. Qui donc aura l’envie et la patience de regarder ces spectacles qui confirment jusqu’à l’absurde l’inutilité de cette élection déclenchée envers et contre la majorité des citoyens qui la refusaient ?