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Le bonheur de travailler existe

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Toute ma vie, j’ai aimé passionnément mon travail. Je n’aurais osé l’avouer à mes patrons, mais, dans l’absolu, je l’aurais fait gratuitement. Or, au contraire, n’ayant jamais connu la permanence d’emploi, j’ai été pigiste toute ma vie et féministe à l’ancienne manière, c’est-à-dire en appréciant les hommes, je négociais comme eux.

Un administrateur de Radio-Canada, ni macho ni imbu de lui-même, m’a même avoué un jour que d’autres de ses confrères détestaient négocier les contrats avec moi.

J’étais dure, intraitable à leurs yeux. Or, j’étais consciente que mes consœurs craignaient, elles, de perdre leur emploi si elles étaient exigeantes (entendons, comme nos confrères mâles).

La passion pour mon travail a été toujours une arme dont j’ai su user à bon escient. Je crois bien n’avoir jamais baissé la garde ni rêvé de changer de métier. Même quand j’ai été confrontée à des confrères grossiers autant qu’incompétents qui bâclaient un tournage pour aller draguer les filles et s’enivrer jusqu’à plus soif.

S’épanouir

Je crois bien que la fête du Travail a peu de sens pour nombre de gens de nos jours, pour qui travailler est une corvée. Cependant, pour aimer son travail, il ne faut pas en abuser, c’est-à-dire en devenir esclave. Car l’épanouissement dans le travail est un objectif auquel on accède si la tâche permet des plages de détente et de distraction.

Il faut donc se méfier de ceux qui s’agitent. Les workaholics n’aiment pas travailler. Ils préfèrent souffrir, croyant que le temps consacré au travail définit la qualité. Une erreur des sens abusés.

Contrairement aussi à ce que l’on croit, nombre de gens ne travaillent pas que pour gagner de l’argent. Même dans des emplois modestes, on peut retirer du plaisir. Celui de se sentir utile, de se lier d’amitié avec ses camarades, de se confronter dans un rapport non pas de force ni de compétition, mais de stimulation et d’échanges à la fois professionnels et personnels.

Cadeau empoisonné

Justin Trudeau avec sa PCU, la Prestation canadienne d’urgence qui consiste en une subvention salariale donnée aux jeunes en particulier, offrait en fait au pays un cadeau de Grec, comme on aurait dit dans l’ancien temps d’avant la rectitude politique. « La meilleure façon de tuer un homme c’est d’le payer à ne rien faire », chantait Félix Leclerc dans sa chanson Les 100 000 façons de tuer un homme.

Le rapport au travail dans notre monde individualiste où la sécurité d’emploi à vie est en train de disparaître oblige à des adaptations et à des concessions qu’ignoraient les générations d’avant l’ère technologique.

Le corporatisme demeure cependant bien présent dans la culture syndicale. Surtout dans les services publics. Or, le corporatisme ankylose le travail jusqu’à le transformer en routine, un frein donc au plaisir. Car travailler peut être un bonheur sans équivalent. Le travail peut être gratifiant en donnant à celui qui l’exerce un sentiment de plénitude.

Autrement dit, le travail donne un sens à la vie, mais il fait apparaître la retraite comme une mise à l’écart. S’il vous plaît, chers lecteurs, sachez qu’à moins d’un événement incontournable, je mourrai un jour en travaillant. 

Cela s’appelle mourir heureux.