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Les armes à feu, le grand écart de Dominique Vien

Dominique Vien
Photo courtoisie

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Quelle est la vraie position de Dominique Vien sur le contrôle des armes à feu ?

Mme Vien est candidate du Parti conservateur dans Bellechasse-Les-Etchemins-Lévis et personne ne doute de sa victoire le 20 septembre. Elle prend la relève du conservateur Steven Blaney, constamment réélu de 2006 à 2019.

Ancienne libérale

À 54 ans, Dominique Vien a un passé politique riche. Elle fut députée libérale de Bellechasse dès 2003. Le gouvernement Charest adopta, après la tuerie de Dawson, la « loi Anastasia », limitant la circulation des armes à feu.

Vien était au Conseil des ministres lorsque Québec s’opposa à l’abolition du registre des armes à feu par le gouvernement Harper. Le gouvernement Charest se rendit devant les tribunaux pour contester cette décision ; puis y est retourné afin de réclamer les données du registre.

C’est le gouvernement Couillard, auquel Dominique Vien faisait aussi partie, qui fera adopter, en 2016, la loi 64 créant un registre québécois.

Elle jure que toutes ses années comme libérale, elle votait conservateur au fédéral. Aujourd’hui, elle se dit en phase avec les positions du Parti d’Erin O’Toole.

Même sur la question des armes à feu ? Dans son comté, ce n’était pas facile. En 2016, au moment des débats parlementaires sur la création du registre, « les députés ruraux » avaient, raconte-t-elle, « une interrogation et un inconfort ».

Bellechasse porte bien son nom : « Les chasseurs y sont nombreux », sourit-elle. Le registre fédéral n’a jamais passé. Et le québécois fut boudé.

Mais Philippe Couillard avait imposé la ligne de parti sur le projet de loi 64. Au moment du vote sur l’adoption, certains députés ruraux s’étaient fait porter pâle. Pas Dominique Vien.

« Quand on fait partie d’un parti politique, il y a des alignements qui se prennent, et à l’époque, il y a une position qui a été prise et on est allés de l’avant. »

Janvier 2017 : l’horrible tuerie de la mosquée de Québec. L’entrée en vigueur du registre québécois se fit exactement un an plus tard.

Regrette-t-elle d’avoir appuyé cette loi ? « Je suis incapable de répondre. On était dans un climat tellement émotif. »

Le grand écart

Sur la question du contrôle des armes, les gouvernements Charest et Couillard, dont Vien a fait partie, écoutaient principalement les groupes plaidant en faveur d’un registre et d’un contrôle plus serré des armes à feu, au premier chef « Poly se souvient ».

Erin O’Toole, lui, a accédé à la tête du Parti conservateur grâce aux groupes opposés à ces mesures : « On a vraiment joué le même rôle que l’UPA (Union des producteurs agricoles) dans la dernière course à la chefferie » conservatrice, avait déclaré Guy Morin, président de Tous contre un registre québécois des armes à feu, à la Presse canadienne, en août 2020. Rappel : l’UPA avait fait battre Maxime Bernier, opposé à la gestion de l’offre (hérésie pour l’UPA).

Morin, sur son compte Facebook, racontait le 19 mars avoir rencontré Erin O’Toole. Ce dernier lui aurait garanti de « livrer la marchandise » : « Dans 30 jours, on a enfin la chance de gagner ce qu’on veut depuis les six dernières années : [...] scraper le décret [de mai 2020], de scraper le C-71 et peut-être même d’en avoir plus. »

Par ces deux dernières mesures, le gouvernement Trudeau a resserré la vérification des antécédents. Elle recouvre désormais « toute la vie du demandeur », pas uniquement les cinq dernières. Avec le décret, il interdit la possession de neuf types « d’armes à feu de style armes d’assaut », dont l’arme du tueur de Poly.

Dominique Vien confie ne pas trop connaître les détails du dossier, mais soutient que « les armes d’assaut n’existent pas au Québec, au Canada », à part de manière illégale : le Parti conservateur souhaite simplement ne pas « ostraciser » les chasseurs et ceux qui s’adonnent au tir sportif.

Vien ne veut pas choisir son camp : « Je ne [me] mets pas en contradiction par rapport à Poly [...] Je ne voudrais pas qu’on me polarise par rapport à deux groupes, je serais très malheureuse que ce soit ce qui ressorte de cette entrevue-ci. »

D’accord, mais c’est un grand, un très grand écart.