/weekend
Navigation

Le secret de Papineau

Ceux dont on ne redoute rien
Photo courtoisie Ceux dont on ne redoute rien
Mathieu Thomas
Québec Amérique
448 pages

Coup d'oeil sur cet article

Mathieu Thomas nous offre un objet rare dans la littérature québécoise : jumeler politique d’hier et d’aujourd’hui et fiction. Brillant et passionnant !

Quel immense plaisir Mathieu Thomas offre-t-il aux amateurs d’affaires publiques qui, quand ils se plongent dans la fiction, doivent trop souvent trouver hors Québec de quoi se sustenter. Les récits intimistes abondent ici alors que ceux qui explorent les rapports sociaux ou politiques sont rares.

En lisant Ceux dont on ne redoute rien, on est heureusement bel et bien servis. Déjà la couverture annonce la couleur, qui arbore la tête de Louis-Joseph Papineau. Un retour aux patriotes donc... Eh bien non. Ou plutôt pas que...

C’est que l’auteur met en scène deux protagonistes.

Il y a Charles, jeune typographe montréalais que l’on suivra en 1864 et 1865, alors que la création de la Confédération canadienne se prépare. Le projet agite les Canadiens (... français, comme on n’avait alors pas besoin de préciser), et Charles est profondément contre. Mais que peut-on y faire quand on a 19 ans ?

Rencontre secrète

En se déplaçant de plus d’un siècle, on retrouve Édouard, dans la vingtaine, indépendantiste convaincu, mais militant désabusé.

On est en 2012, l’année du Printemps érable. Édouard est traducteur à la pige, pas un étudiant. Mais c’est aussi l’année de la création d’Option nationale, le parti de Jean-Martin Aussant, ce qui va ranimer l’intérêt politique d’Édouard.

D’autant que par le plus grand des hasards, il tombe sur un document qui, sans qu’il le sache, le relie à un certain Charles du 19e siècle, qui l’a aussi eu en sa possession. Ce document fait allusion à une rencontre secrète entre Papineau et les Français Alexis de Tocqueville et Gustave de Beaumont.

En 1831, ceux-ci visitaient les prisons américaines pour en faire rapport en France – voyage qui mènera Tocqueville à écrire son célèbre De la démocratie en Amérique. Mais une autre mission, secrète celle-là, leur a été confiée : encourager la révolte des Canadiens contre les Britanniques. 

Si ça se savait, la Confédération tomberait, croit Charles. Si ça se savait, c’est l’histoire du Québec qui prendrait une autre tangente, analyse Édouard. 

Reste juste à trouver la preuve irréfutable de cette rencontre. C’est tout l’enjeu, enlevant, du roman ! 

On va donc croiser Wilfrid Laurier, Louis-Michel Viger et les zouaves de Mgr Bourget au 19e siècle ; se promener entre le combat de boxe de Justin Trudeau contre le sénateur algonquin Patrick Brazeau, les concerts de casseroles et l’attentat contre Pauline Marois en 2012.

Tout cela s’arrime sans mal à la vie des deux héros et est si précis qu’on a peine à croire qu’il s’agit de fiction. 

La postface de l’auteur nous ramène sur terre : il n’y a eu ni complot ni rencontre entre Tocqueville, Beaumont et Papineau. Mais qu’est-ce qu’on aura embarqué pendant plus de 400 pages ! 

Mathieu Thomas a mis huit ans à compléter ce premier roman. La conclusion est nette : qu’il se remette vite à l’ouvrage !