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Tragédie routière à Beauport: anéanti par l’alcool au volant

Un homme se recueille à l’endroit où quatre de ses proches sont décédés en raison d’un chauffard

Jean-Dominic Lemieux
Photo courtoisie Jean-Dominic Lemieux est allé se recueillir là où deux trottinettes ont été placées sur Dufferin-Montmorency en hommage aux deux jeunes victimes Emma et Jackson.

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Quelques jours après avoir perdu quatre membres de sa famille lors du tragique accident sur l’autoroute Dufferin-Montmorency jeudi soir, un homme est allé se recueillir à l’endroit même où un chauffard a brisé des vies, pour livrer un puissant plaidoyer contre l’alcool au volant.  

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Jeudi soir, Jean-Dominic Lemieux et sa belle-mère se sont rendus à l’hôpital de l’Enfant-Jésus après qu’un policier les eut informés qu’un grave accident venait de se produire. À peine une heure plus tard, le verdict était sans appel, sa conjointe Shellie Fltecher et son beau-père James étaient décédés.  

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Sa fille Emma, 10 ans, et son beau-fils, qu’il considérait comme son fils, Jackson Fortin, 14 ans, étaient aux soins intensifs, mais ne présentaient plus aucune activité cérébrale. Pourtant, l’homme a eu une lueur d’espoir en voyant sa fille à la salle de traumatologie après l’accident.

Jean-Dominic Lemieux, lors d’un voyage dans le Sud en compagnie de Shellie Fletcher, Jackson et Emma, qui ont perdu la vie dans l’accident de jeudi sur l’autoroute Dufferin-Montmorency.
Photo courtoisie
Jean-Dominic Lemieux, lors d’un voyage dans le Sud en compagnie de Shellie Fletcher, Jackson et Emma, qui ont perdu la vie dans l’accident de jeudi sur l’autoroute Dufferin-Montmorency.

«Elle était encore toute belle, elle n’avait rien, pas un bleu. Je me suis dit est-ce que c’est un miracle?»

Malheureusement, l’accident a été d’une telle violence que «l’impact crânien» a été fatal. Les tests qui se sont poursuivis vendredi pour déceler l’activité neurologique en ont malheureusement confirmé l'absence chez les deux enfants.      

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« Faut que ça arrête »

Quatre jours plus tard, celui qui a tout perdu s’est rendu sur les lieux du drame pour rapidement constater deux problèmes qui ont mené à l’accident : l’alcool, mais aussi la configuration de la sortie du boulevard François-De Laval. 

« C’est trop facile faire une erreur ici. Lui, en plus, c’était l’alcool, une simple distraction mineure, paf, il arrive un accident », a-t-il analysé en entrevue au Journal, d’une voix forte et avec aplomb. « L’alcool au volant, faut que ça s’arrête. Point », plaide-t-il en pensant aux victimes comme aux délinquants.

« Moi, je suis une victime pure. C’est mes enfants qui étaient dans ce char-là au mauvais moment », dit-il, tout en voulant faire réaliser que les fautifs aussi voient leur vie changer.

« L’alcool au volant ça brise des vies. Ça brise la vie des victimes, mais l’accusé, sa vie est scrappée, et c’est peut-être ça qui est le plus frappant comme message. Ça va scrapper votre vie aussi. »

Jean-Dominic Lemieux
Photo Agence QMI, Guy Martel

Sans avoir complètement arrêté sa réflexion sur la suite des choses, il constate que la limite de «point zéro huit», 80 mg d'alcool par 100 ml de sang, reste problématique: «Point zéro huit, ça veut dire quoi, pour qui? C’est combien? C’est abstrait, et les gens jouent sur la ligne, sauf que tu joues avec la vie des gens.»

Celui qui se retrouve maintenant seul à la maison ne veut pas entretenir de rage à l’endroit de l’accusé, Éric Légaré, qui sera maintenant inculpé d’au moins quatre chefs d'accusation de conduite avec les facultés affaiblies causant la mort, bien que des questions résonnent dans sa tête.

«Qu’est-ce que tu faisais complètement chaud à 5h30 de l’après-midi? À l’heure de pointe?» demande-t-il. 

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Le pire est à venir

Jean-Dominic Lemieux disait se sentir «fort», quatre jours après le drame, notamment parce qu’il est «extrêmement bien entouré». «Le deuil, c’est quand il n’y a plus un chat, que tu te réveilles et qu’il n’y a pas un bruit dans la maison, qu’il n’y a personne», anticipe-t-il. 

Déjà affligé par le décès subit de sa sœur en 2008, victime d’un accident cérébral, Jean-Dominic a eu l’impression de jouer dans le même film depuis le drame. «J’ai vécu ce deuil-là», dit-il, en parlant de sa sœur. 

«Le défi va être plus gros, mais je sais plus comment monter une montagne. Je suis à la base de l’Everest, mais j’ai des outils», dit-il en admettant d’emblée qu’il aura besoin d’aide. 

«Emma est allée sauver des vies»  

Le père d’Emma s’est rendu une dernière fois à son chevet hier matin, quelques instants avant qu’elle parte vers le bloc opératoire pour faire don de ses organes. 

Après les nombreux tests effectués sur Jackson et Emma dans les heures suivant l’accident, les spécialistes en traumatologie de l’Enfant-Jésus ont malheureusement confirmé vendredi que dans les deux cas, il n’y avait plus aucune activité cérébrale.

Rapidement, la décision a été prise par Jean-Dominic Lemieux et le père de Jackson de prélever les organes des deux victimes pour en faire profiter d’autres.

«Ma fille Emma était prête à donner sa vie pour en sauver une autre», raconte Jean-Dominic en parlant du grand cœur de sa fille. 

Prolongés pour donner

Ainsi, Emma et Jackson ont été maintenus en vie artificiellement, puis transférés au CHUL. C’est à cet endroit que les équipes spécialisées en don d’organes exercent à Québec.

Afin d’arrimer le prélèvement des organes et les transplantations, Emma a été gardée en vie jusqu’à hier matin.

Quant à Jackson, le même protocole a été prévu dans les prochaines heures, ce qui a même entraîné le report des funérailles, qui auront lieu jeudi plutôt que mercredi. 

Avant de dire au revoir à Emma, Jean-Dominic a passé plusieurs minutes avec sa fille, où il en a profité pour écouter son cœur battre une dernière fois et lui dire «je t’aime» avant de la laisser partir pour de bon. 

«Elle est allée sauver des vies en donnant ses organes», a-t-il dit, incapable de retenir ses larmes plus longtemps. 

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