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Débarrasser les parents de la corvée de lunch

Notre chroniqueur a visité une cuisine qui nourrit des centaines d’écoliers, un modèle voué à se nationaliser

Chef Chic Resto Pop cuisine
Photo Louis-Philippe Messier Le chef Toufiq Anki préparait une jardinière au cari pour accompagner une recette de poulet à l’indienne. Au Chic Resto Pop, il dirige une cuisine dont une mission de plus en plus importante est de fournir des repas chauds à tous les écoliers du quartier.

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À l’intérieur de Montréal, le journaliste Louis-Philippe Messier se déplace surtout à la course, son bureau dans son sac à dos, à l’affût de sujets et de gens fascinants. Il parle à tout le monde et s’intéresse à tous les milieux dans cette chronique urbaine.


Pour des milliers de parents comme moi, la rentrée scolaire ramène la sempiternelle corvée de lunch. Celle-ci n’est pourtant pas une fatalité. Un programme ambitieux, Cantine dans les écoles, développe ce qui pourrait devenir un modèle national d’alimentation scolaire le midi.

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Un responsable du Chic Resto Pop, Denis Marc, me guide dans l’immense pièce frigorifiée. Des milliers de portions destinées aux écoliers y sont stockées. 

« Le pain de viande, c’est indétrônable, chez les enfants ! Ensuite, il y a le pâté chinois et la lasagne », énumère Denis Marc.

Dans la cuisine de cet organisme d’Hochelaga, une vingtaine de travailleurs s’activent. Ça sent le poulet au cari. Six apprenties mélangent des flocons d’avoine à 4 kilos de cassonade pour une fournée de quelque 250 biscuits.

Ces gens que j’observe popoter vont bientôt nourrir mon fils Gustave le midi. Son école, Saint-Nom-de-Jésus, recevra ces repas dès le 20 septembre prochain. 

Des apprenties préparent une quantité faramineuse de biscuits à l’avoine pour des centaines d’écoliers du programme La Cantine dans les écoles.
Photo Louis-Philippe Messier
Des apprenties préparent une quantité faramineuse de biscuits à l’avoine pour des centaines d’écoliers du programme La Cantine dans les écoles.

« Les portions réchauffées sont apportées et l’école n’a qu’à les distribuer », m’explique M. Marc.

Les parents et les enfants choisissent ces repas chauds à l’avance. Il y a toujours une option végétarienne. Un nutritionniste approuve chaque recette. Le menu est varié : poulet au beurre, burritos au veau, bœuf marocain, etc.

J’en suis sûr, mon fils se régalera. 

Huit autres cuisines communautaires semblables à celle du Chic Resto Pop offrent déjà la « cantine » à des milliers d’écoliers... et des dizaines d’autres cuisines s’ajouteront au cours des prochaines années. 

Vers le million de repas

« Nous voulons acheminer des repas chauds le midi aux enfants de toutes les écoles du Québec le plus tôt possible », résume Thibaud Liné, le directeur de l’organisme Cantine pour tous qui chapeaute Cantine à l’école.

Pour ces repas scolaires, le prix exigé est... ce que vous voulez. Afin qu’aucun enfant ne soit exclu, la contribution est volontaire. 

« En fait, un minimum est fixé à 1 $, alors que le prix de revient est de 5,50 $, mais les familles plus à l’aise versent davantage, ce qui équilibre les choses », précise Anne Charest, la responsable du volet Cantine dans les écoles.

« Nous avons fourni 100 000 repas chauds aux écoliers l’an dernier, cette année ça montera à 200 000 ou 300 000 repas, et ce n’est qu’un début », s’enorgueillit M. Liné.

L’organisme fondé en 2016 a rodé son modèle avec trois écoles en 2019. En 2020, 15 écoles participaient. Cette année, c’est 26 écoles dans 5 régions du Québec. En 2023, Cantine dans les écoles prévoit desservir pas moins de 120 établissements scolaires... et c’est alors plus d’un million de repas qui seront servis.

Denis Marc montre un des repas préférés des jeunes écoliers : le pâté chinois.
Photo Louis-Philippe Messier
Denis Marc montre un des repas préférés des jeunes écoliers : le pâté chinois.

La fin du baloney

« Certains parents sont bons pour faire des lunchs, mais pourquoi ne pas investir ce temps ailleurs si ça encourage une cuisine communautaire qui nourrit sainement des milliers d’enfants ? » demande Mme Charest.

Fini, le sandwich margarine baloney de certains enfants moins choyés. 

« Chaque nouvelle école dans notre programme rajoute environ 400 enfants et ça améliore potentiellement la vie de beaucoup de familles », s’exclame fièrement Mme Charest.