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Livres brûlés en Ontario: les chefs fédéraux prennent position sur le sujet

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Le premier ministre québécois a jugé «inacceptable» le fait que des livres ont été retirés et brûlés dans des écoles ontariennes, car ils présentaient des préjugés sur les Premières Nations, tandis que les chefs des partis à Ottawa sont restés plus nuancés sur leur position.

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Près de 5000 ouvrages jeunesse qui contenaient des propos stéréotypés à l’encontre des communautés autochtones ont été retirés des bibliothèques d’écoles francophones du Conseil scolaire catholique Providence, en Ontario, a rapporté Radio-Canada mardi matin.

Interrogé à ce sujet, le premier ministre François Legault a trouvé qu’il était «inacceptable» d’en venir à brûler des livres, quel que soit leur contenu.

«Pour moi, brûler des livres, c’est un acte atroce», a-t-il précisé.

Les dirigeants libéral, conservateur, néodémocrate et bloquiste n’ont pas échappé aux questions à ce propos lors de la 24e journée de campagne électorale.

Restant assez évasif sur la question, le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD) est revenu sur les enseignements qu’il avait pu recevoir sur les Premières Nations lors de sa jeunesse.

«Je pense que j’ai vu des images négatives, des caricatures, une présentation qui ne respecte pas la dignité des communautés autochtones», a expliqué Jagmeet Singh pendant son déplacement à Toronto.

Selon lui, la réflexion sur cette question est importante, à savoir comment est-il possible de mieux enseigner aux enfants notre histoire.

Justin Trudeau a pour sa part rappelé que la réconciliation avec les peuples autochtones est «notre responsabilité à tous».

«Ce n’est pas au fédéral de gérer des décisions des commissions scolaires, mais nous, dans nos aires de juridiction, on a fait énormément de pas pour changer les attitudes», a-t-il affirmé au moment de son annonce à Montréal. 

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«Au niveau personnel, je ne suis jamais d’accord à ce qu’on brûle les livres, mais il faut aussi se souvenir que ce n’est pas à moi, ce n’est pas aux non-autochtones de dire aux autochtones comment ils devraient se sentir ou comment ils devraient agir pour avancer la réconciliation», a ajouté Justin Trudeau.

Si le chef conservateur, Erin O’Toole, n’a pas répondu directement au sujet lors de la période de questions, mardi matin, soulignant simplement l’importance de la réconciliation, il est revenu sur sa position sur Twitter en après-midi.

«Un gouvernement conservateur sera engagé à la réconciliation, mais le chemin de la réconciliation n’implique pas de démolir le Canada. Je condamne fermement le brûlage de livres», a-t-il alors écrit.

Albums d’Astérix sous le coude, dont celui de «La Grande Traversée», le chef bloquiste, Yves-François Blanchet, s’est opposé à cette décision de vouloir brûler les livres controversés lors d’une mêlée de presse devant l’Université d’Ottawa.

«On ne fait pas disparaître les erreurs de jugement du passé en les niant. On ne prévient pas le mal passé dans le futur en effaçant l’histoire. On s’expose à l’histoire, on l’explique, on démontre comment la société a évolué ou doit évoluer», a soutenu M. Blanchet. 

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Un projet de retrait depuis 2019

Le projet de retrait de livres jugés racistes ou remplis de stéréotypes a été entrepris en 2019, dans 30 écoles francophones.

«Le projet «Redonnons à la Terre» faisait partie de l’étalage de nos bibliothèques qui se fait régulièrement. En 2018, notre focus était dirigé vers nos collections sur les Premières Nations, Métis et Inuits», a indiqué Lyne Cossette, porte-parole du Conseil scolaire catholique Providence, dans un courriel adressé à l’Agence QMI mardi après-midi.

Les livres ont été recyclés, brûlés ou enterrés par ce conseil scolaire de l’Ontario au cours de cérémonies destinées à se réconcilier avec les Premières Nations, a rapporté Radio-Canada.

D’autres retraits devaient avoir lieu, mais en raison de la pandémie, le projet a été reporté.

Un document de 165 pages, obtenu par le diffuseur public, répertorie tous les titres retirés et les raisons du retrait. Ces livres ont été analysés par un comité composé de membres du conseil scolaire et accompagnateurs autochtones. On y retrouve des bandes dessinées, des romans et des encyclopédies.

«Tintin en Amérique» fait partie des livres qui ont été mis aux oubliettes. On reproche à la bande dessinée d’Hergé sa présentation négative des peuples autochtones et la diffusion d’informations erronées. Trois albums de «Lucky Luke» ont aussi été retirés pour son déséquilibre de pouvoir avec les Blancs et les Autochtones toujours perçus comme les méchants.

Des livres proposant des bricolages, qualifiés d’appropriations culturelles, ont aussi été enlevés, tout comme un livre présentant une activité intitulée «Mange, écris, habille-toi comme les Amérindiens».

Au total, 4716 livres ont été retirés des bibliothèques du Conseil scolaire catholique Providence, dans 30 écoles du sud-ouest de l’Ontario, et 193 livres sont en cours d’évaluation.

«Le [Conseil scolaire catholique] CSC Providence a suivi les recommandations du Comité en charge du projet. Nous regrettons de ne pas être intervenus pour choisir un médium plus approprié pour l’initiative et que le déroulement de la cérémonie ait été offensant pour certains membres de la communauté. Nous regrettons sincèrement l’impact négatif qu’a pu avoir cette initiative qui se voulait comme un geste de réconciliation», a mentionné Mme Cossette.

«Le Conseil scolaire catholique Providence maintient une politique de tolérance zéro à l’égard de toute manifestation raciste ou discriminatoire», a-t-elle également ajouté.

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