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Feu, feu, joli feu?

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Au feu les livres! Nous apprenons qu’en 2019, un conseil scolaire de l’Ontario se serait livré à ce qui ressemble à un autodafé. Un mot tirant ses origines du portugais: acto da fé autrement dit: acte de foi.

L’autodafé consistait en un acte de purification par le feu, entre autres, un supplice que le tribunal de l’Inquisition espagnole ou portugaise réservait aux hérétiques. Le feu étant censé purifier l’âme des mécréants en détruisant leur corps.

Aussi, sous différents régimes totalitaires, l’autodafé s’est étendu à la culture, principalement aux ouvrages jugés comme non conformes aux fondements de l’idéologie dominante.

C’est sous le couvert d’un acte de réconciliation avec les peuples des Premières Nations que ce conseil scolaire ontarien a considéré de programmer des cérémonies visant à détruire plusieurs ouvrages jugés néfastes. Des bandes dessinées, des romans, des encyclopédies, plus de 5000 livres qu’on choisit de brûler ou d’enterrer parce qu’ils propagent des stéréotypes.

Feu, ton ardeur est loin de nous réjouir!

Purification de la culture?

On préfère détruire des ouvrages plutôt que les lire, les analyser, les critiquer et en contextualiser la création. Ce qui reviendrait somme toute à éduquer et par conséquent à enrichir.

Parlant de livres, nous pourrions peut-être commencer par lire les ouvrages des auteurs d’origine autochtone et nous consacrer à les faire connaître.

Pour une saine réconciliation, ne pourrions-nous pas davantage réfléchir et agir sur le sort qui est réservé aux peuples des Premières Nations?

Brûler des livres n’améliorera en rien leur accès à des logements décents, à l’eau potable, à des écoles, à des soins de santé.

Quels seront les ouvrages qu’on jettera au feu demain, et sous quels bons sentiments ou quel dogme nous abriterons-nous à cette fin?

Sur les rayons des bibliothèques dorment des milliers d’ouvrages racistes, misogynes, antisémites, dont nous ne sommes pas toujours fiers. Nous n’en finirions pas d’allumer des brasiers. Mais il importe de les conserver comme témoins de notre passé et de notre cheminement vers l’évolution. Ça s’appelle l’histoire.