/opinion/columnists
Navigation

La fragilité du Bloc

Coup d'oeil sur cet article

Il y a dix ans, les électeurs du Québec avaient décidé d’abandonner l’aventure du Bloc québécois. Le Bloc avait fini avec quatre sièges. Plusieurs avaient prononcé son arrêt de mort.

Le Bloc est resté dans la marginalité durant la plus grande partie de la dernière décennie. Il s’est même ridiculisé sous la direction de Martine Ouellet, jusqu’à devenir un parti qui n’intéressait que les caricaturistes.

Puis vint l’élection de 2019. Le Bloc a réussi un miracle : la résurrection, conséquence de la verve d’Yves-François Blanchet combinée à l’effondrement du conservateur Andrew Scheer. Dû à un manque d’organisation et de ressources financières, le Bloc a échappé quelques comtés à la fin. Mais remporter 33 sièges représentait néanmoins un grand coup.

Néanmoins, le Bloc demeure un parti aux assises friables. Les points d’interrogation sur l’utilité du Bloc, qui avaient gardé tant d’électeurs à l’écart, ne sont encore pas très loin dans les esprits. Les raisons de l’abandon du Bloc ne sont plus d’actualité brûlante, mais elles flottent toujours dans l’air. 

Jusqu’à ce jour, la campagne du Bloc a connu quelques turbulences autour du 3e lien et le chef a subi des attaques sur sa personnalité. La discussion sur la pertinence du Bloc a été évitée. Il s’en est sorti plus qu’honorablement au Face-à-Face et ses appuis se maintiennent. Yves-François Blanchet est encore en bonne position pour espérer un résultat électoral positif. 

La débandade de 2011

Concernant l’élection de 2011, terrible pour le Bloc, notre mémoire collective a retenu la vague orange et la performance du sympathique Jack Layton. Ceci n’est qu’un côté de la médaille. L’autre revers de la médaille, c’est que plus cette campagne avançait, plus on entendait les Québécois dire que le Bloc ne sert à rien.  

« Le Bloc québécois ne sera jamais au pouvoir ! » « C’est un vote perdu. » « Le Bloc amène un affaiblissement du pouvoir réel du Québec. » Voilà le genre de constats que nous entendions à l’époque. La campagne de Gilles Duceppe n’avait pas été si mauvaise, il avait été emporté par un constat plus profond à l’endroit de son parti.

Le questionnement demeure bien légitime. Le Bloc a été fondé en réaction à l’échec de l’Accord du lac Meech. Au congrès de sa fondation, il avait été convenu que le parti ne durerait qu’un mandat. Il devait être l’allié du Parti québécois à Ottawa pour réaliser la souveraineté. Que reste-t-il de tout cela ? 

Le Bloc représente-t-il encore la meilleure façon pour les Québécois de faire entendre leur voix ? Pour faire débloquer leurs dossiers ? Au point d’accepter d’avoir moins de Québécois autour de la table du Cabinet ? Ce sont des questions légitimes. 

Les adversaires

Justin Trudeau et Jagmeet Singh sont centralisateurs et adeptes du multiculturalisme. Peu susceptible de rallier l’électorat nationaliste. Les conservateurs présentent une plateforme très audacieuse pour les nationalistes québécois. Au Face-à-Face, leur chef l’a vendue de façon robotisée et sans émotion. 

Pour l’instant, le Bloc avance toujours sur son plancher fragile.