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Trudeau a eu ce qu'il mérite

François Legault calcule que le Québec serait gagnant avec les conservateurs, à bien des égards, malgré une somme 
de 6 milliards $ en péril.
Photo Didier Debusschère François Legault calcule que le Québec serait gagnant avec les conservateurs, à bien des égards, malgré une somme de 6 milliards $ en péril.

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La sortie virulente de François Legault contre Justin Trudeau à quelques jours de l’élection en a surpris certains. Mais en fait, le chef libéral l’a bien mérité.

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Le 5 août dernier, le premier ministre caquiste est sorti de ses vacances pour annoncer avec Justin Trudeau une entente permettant au Québec de recevoir 6 milliards $ sur cinq ans en compensation pour la création d’un programme national de garderies.

Pour l’occasion, il avait roulé ses manches de chemise pour imiter son homologue, comme s’il avait joint une secte et qu’il devait en respecter les codes. Ils étaient à « Justin » et « François », et tout semblait aller pour le mieux.

Mais par la suite, en dressant sa liste de demandes aux partis fédéraux en campagne électorale, le chef caquiste a rappelé la grande priorité du Québec et des autres provinces : une hausse des transferts en santé sans condition, alors que notre système tient avec de la broche et des infirmières épuisées.

Ce à quoi Justin Trudeau a répondu avec une panoplie d’engagements de financement de soins de santé assortis d’exigences. Sans gêne, il prévient qu’il labourera les champs de compétence du Québec en imposant des normes et en définissant les priorités. Les caquistes n’ont jamais décoléré.

Stratégie ?

Le bloquiste Yves-François Blanchet soupçonne Justin Trudeau de profiter de l’épisode douloureux des morts dans les CHSLD pour se donner tous les droits d’intervenir.

Et attention. Le respect des compétences n’est pas qu’un caprice de nationaliste pour la forme. Il en va de l’efficacité du réseau à long terme.

Justin a-t-il pensé que son chèque de 6 milliards pour les garderies permettrait d’acheter le silence et la fierté de Legault ?

Chose certaine, il pouvait prévoir que les conservateurs ne donneraient pas cet argent au Québec. Lors de l’annonce du programme pancanadien des libéraux en avril, Erin O’Toole avait affiché ses couleurs en affirmant : « Selon moi, c’est important d’appuyer les parents directement ».

Autres pommes de discorde

Ensuite, les caquistes n’ont pas apprécié que Trudeau se donne le crédit de la création de « 37 000 places » en plein débat des chefs.

Le ministre Mathieu Lacombe a recadré cette prétention, en signalant que son gouvernement s’engage à donner une place à tous les parents qui en ont besoin, peu importe quel parti remportera l’élection le 20 septembre. « On n’a pas besoin d’eux », a-t-il même asséné, vendredi.

De plus, contrairement à Erin O’Toole, le chef du PLC a fait la sourde oreille aux demandes de hausse de transfert en santé, de pouvoir de sélection des immigrants et refuse de financer 40 % du 3e lien Québec-Lévis.

Et c’est sans compter que, à Québec, les caquistes ont fulminé lorsqu’ils ont constaté que les libéraux fédéraux tentaient de leur faire porter l’odieux de l’échec d’une entente sur l’entretien du pont de Québec en pleine campagne. 

Alors que pourtant, ce sont les libéraux de Trudeau qui se sont engagés à régler le problème en 2015, et ils demandent maintenant au gouvernement du Québec d’assumer la majeure partie de la facture.

Au final, François Legault calcule que le Québec serait gagnant avec les conservateurs, à bien des égards, malgré une somme de 6 milliards en péril.

En plus, la question pleine de mépris à l’égard des lois « discriminatoires » du Québec sur la langue et la laïcité, lors du débat en anglais, lui a fourni de nouvelles munitions. C’est comme une cerise sur le sundae. Rien de mieux pour lui que d’avoir la chance de se porter en défenseur de la nation, alors que débute sa propre année électorale !