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11 Septembre: Arrêtez, je descends!

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Photo AFP Attentats du 11 septembre 2001

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Je suis monté de nombreuses fois en vingt ans à bord du carrousel des attentats du 11 septembre 2001. Avec le départ de Kaboul, il y a moins de deux semaines, du dernier soldat américain, le manège finalement s’arrête. Personne ne semble s’être amusé.

Il n’y avait, bien sûr, pas de quoi rire. C’est à quelques dizaines de mètres du Pentagone encore fumant, éventré par le vol 77 d’American Airlines, que j’ai passé la soirée du 11 septembre 2001. J’y étais toujours, vingt-six jours plus tard, quand les Américains ont attaqué l’Afghanistan.

J’ai couvert à New York mon lot de commémorations : le premier, le cinquième, le dixième et, hier, le vingtième anniversaire des attentats. J’ai recueilli, d’année en année, toujours autant de témoignages de tristesse et de rage, mais aussi, de plus en plus souvent au fil des ans, d’incompréhension devant l’incapacité des troupes américaines à l’emporter contre des insurgés en turbans et en sandales.

J’ai vu une exceptionnelle solidarité entre Américains pour punir les responsables des attentats être gaspillée dans l’invasion de l’Irak, une guerre construite sur un mensonge qui a englouti, à son tour, des milliers de milliards de dollars. Ce qui restait de confiance envers les élus, les dirigeants, les experts a été dilapidé une fois pour toutes.

LA FAUTE À BUSH

Difficile de ne pas nourrir de rancœur à l’égard de George W. Bush. Aujourd’hui, la présidence chaotique de Trump nous le fait apparaître comme un moindre mal. Pourtant, l’un a mis la table pour l’autre.

Le New York Times s’interrogeait vendredi sur ce que les États-Unis – et le reste du monde, par extension – seraient devenus si l’ancien président républicain avait orchestré un autre type de mobilisation.

Si, devant le fait que quinze des dix-neuf pirates de l’air du 11 septembre étaient Saoudiens, il avait, par exemple, rallié le pays pour mettre fin à la dépendance du pétrole du Moyen-Orient, « une dépendance qui, à la fois, finançait les ennemis les plus radicaux des États-Unis et maintenait le pays empêtré dans la région ».

S’il s’en était tenu à écraser al-Qaïda en Afghanistan, puis avait pris le virage de l’énergie solaire, de l’énergie éolienne et du gaz naturel, ce sont les finances de l’État, la vie de milliers de soldats américains et le climat tout entier qui auraient été redynamisés par ses décisions.

À la place, le terrorisme islamiste s’est métastasé, les morts se comptent par milliers et une fortune a été flambée. Pas étonnant que Donald Trump ait aisément pu, par la suite, exploiter le discrédit jeté sur les élites.

ON A BIEN ESSAYÉ 

Richard Latendresse en Afghanistan en 2003.
Photo courtoisie
Richard Latendresse en Afghanistan en 2003.

La grande roue du 11 Septembre 2001 m’a aussi déposé en Afghanistan où, plus d’une fois, j’ai suivi les soldats canadiens en mission de combat. 

J’ai aussi été témoin de leurs efforts pour former des militaires afghans. Quelle énergie y ont investie tant d’hommes et de femmes ! Et à quoi bon ?

Joe Biden a mis un terme à ce cirque. Il reste quelques clowns ici et là à lui reprocher de l’avoir fait trop vite, tout croche. L’aventure afghane n’a jamais été drôle : nul besoin d’attendre le vingt-cinquième, le cinquantième, le centième anniversaire pour se l’avouer.