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En Californie, l’étrange référendum qui pourrait coûter cher aux démocrates

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La majorité des Californiens ne veulent pas de cet étrange référendum qui coûtera près de 280 millions de dollars aux contribuables et qui risque de placer à la tête de l’État démocrate un candidat conservateur n’ayant recueilli qu’une fraction des bulletins.

Dix-huit ans après un vote semblable qui avait permis à Arnold Schwarzenegger de conquérir la cinquième puissance économique mondiale, la Californie doit se prononcer mardi sur la révocation de son gouverneur, le démocrate Gavin Newsom, 53 ans.

Politicien expérimenté, l’ancien maire de San Francisco avait été élu haut la main en 2018 et son mandat ne s’achève théoriquement que l’an prochain.

Mais comme son homologue en 2003, Gavin Newsom est en butte à une disposition de la Constitution californienne qui autorise des électeurs mécontents à organiser un «scrutin de rappel» pour remplacer le gouverneur. Pour cela, il leur faut réunir les signatures d’au moins 12% des votants de la précédente élection, soit environ 1,5 million.

Ce seuil a été facilement atteint par un mélange de militants républicains plus ou moins ultraconservateurs et d'autres citoyens désabusés par l’impact économique et sanitaire de la COVID-19, en particulier des petits chefs d’entreprise remontés contre les restrictions décidées par M. Newsom pour endiguer la pandémie.

Mais les experts soulignent que les ingrédients qui ont fait le succès d’Arnold Schwarzenegger en 2003 face au gouverneur démocrate Gray Davis ne semblent pas réunis pour un «Terminator 2».

Depuis l’arrivée au pouvoir de l’acteur devenu gouverneur, la Californie est encore plus fermement ancrée dans le camp démocrate.

Il paraît peu probable qu’un candidat républicain réédite l’exploit, sans compter qu'aucun d’entre eux ne réunit la stature hors du commun et les compétences politiques de la vedette.

Caitlyn Jenner a beau être relativement célèbre pour son appartenance au clan Kardashian, elle est nettement à la traîne dans les sondages, bien loin derrière le favori Larry Elder, animateur radio aussi conservateur que provocateur.

«Arrogance» des élites

Le camp de Gavin Newsom prend toutefois au sérieux la menace de ce référendum particulier. Le plus important pour lui est de remporter la majorité des voix à la première des deux questions: «Gavin Newsom doit-il être révoqué?» Faute de quoi son mandat cessera et son remplaçant sera celui des 46 candidats — en grande majorité des républicains ou des assimilés — qui remportera le plus grand nombre de suffrages pour la seconde question.

«Il est virtuellement impossible pour un républicain de remporter une élection classique pour devenir gouverneur. Ce référendum est un chemin détourné vers le pouvoir», estime Jim Newton, spécialiste de la politique californienne à l’université de Californie du Sud, à Los Angeles (UCLA).

«On s’expose à l’éventualité que 49% des Californiens votent pour le maintien de Newsom et qu’il perde au profit de quelqu’un qui a 18% ou 19%», résume-t-il, jugeant la procédure «ridicule».

Dans ces conditions, c’est le taux de participation qui sera vraisemblablement la clé du scrutin: si les électeurs démocrates se mobilisent, Gavin Newsom sauvera sa place.

Mais ce dernier a commis une erreur funeste en novembre dernier: participer sans masque à un dîner avec des lobbyistes dans un restaurant trois étoiles proche de San Francisco, ignorant éhontément les consignes sanitaires de lutte contre la COVID-19 qu’il martelait à longueur de journée.

Les photos de la scène ont fait scandale, déchaînant une pluie de critiques sur l’hypocrisie supposée de M. Newsom, lequel est devenu pour beaucoup le symbole des petits arrangements entre «élites» démocrates méprisant les Américains modestes.

Anne Dunsmore, responsable de l’organisation Rescue California qui a fait campagne pour la révocation, dénonce cette «arrogance» du gouverneur et du «système». Mais en écho aux nombreux partisans du référendum qui reprochent à M. Newsom le prix trop élevé de l’essence, des impôts et de l’immobilier, elle insiste sur le fait que «les principaux enjeux ont toujours été le coût de la vie, la criminalité et les sans-abri».

Globalement, cela reste tout de même «en grande partie un référendum sur la façon dont Gavin Newsom a géré la COVID-19», tempère Jim Newton.

La preuve? Aucune des précédentes pétitions lancées pour faire tomber le gouverneur n’avait abouti.

Élus au suffrage universel, les gouverneurs sont les chefs de l’exécutif dans les États américains. Ils disposent d’importants pouvoirs sur les budgets et les législations locales.

La Californie et ses 40 millions d’habitants seraient surtout une prise très symbolique pour le Parti républicain, avant les élections de mi-mandat l’an prochain.