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Antidote au cégep pour faire baisser les échecs en français?

Plus du quart des étudiants échouent en orthographe

Quebec
Photo d’archives, Stevens Leblanc Une classe du Cégep de Sainte-Foy en janvier 2020.

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Les cégeps plaident pour le recours à un logiciel de correction lors de l’épreuve uniforme de français, alors que plus du quart des cégépiens n’obtiennent pas la note de passage en orthographe à cet examen dont la pertinence est remise en question.

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La ministre de l’Enseignement supérieur, Danielle McCann a annoncé récemment la création d’un groupe de travail qui de proposer des solutions afin d’améliorer la qualité du français au collégial, puisque les résultats «ne sont pas à la hauteur», a-t-elle affirmé. 

Selon les derniers résultats disponibles, 27,1% des cégépiens qui passent l’épreuve uniforme de français échouent au sous-critère «orthographe d’usage et orthographe grammaticale».  

Toutefois, plusieurs autres critères font partie de la grille d’évaluation si bien que le taux d’échec global est moins élevé, se situant à 16,7% (voir détails plus bas). La réussite de cette épreuve de français est obligatoire pour obtenir le diplôme d’études collégiales. 

  • Écoutez la chronique de Gilles Proulx au micro de Richard Martineau sur QUB radio: 

Logiciel de correction

Pour améliorer la qualité du français au collégial, la Fédération des cégeps propose de mettre en place différentes mesures, dont l’enseignement explicite de stratégies de révision et de correction de texte dans les cours de français. 

L’utilisation d’un logiciel de correction devrait aussi être enseignée en classe et même autorisée pour tous les étudiants lors de l’épreuve uniforme de français, peut-on lire dans un document présentant des pistes d’action pour augmenter la réussite des cégépiens. 

Bernard Tremblay, président-directeur général de la Fédération des cégeps, se défend de niveler par le bas en mettant au jeu une telle proposition. Le logiciel de correction peut «être utilisé comme un moyen d’apprentissage» et non pas comme une «béquille», affirme-t-il.  

M. Tremblay compare les réticences entourant le recours à un logiciel de correction en classe au débat sur la calculatrice, il y a plusieurs années. «Je pense qu’on peut apprendre à compter et apprendre à utiliser une calculatrice», illustre-t-il. 

Autoriser l’utilisation d’un logiciel de correction lors de l’épreuve uniforme de langue ne mènerait pas vers la réussite automatique des critères de maîtrise de la langue, puisqu’un logiciel comme Antidote exige tout de même une compréhension des règles de grammaire, ajoute M. Tremblay.  

Une épreuve à repenser

Le représentant du réseau collégial remet par ailleurs en question la pertinence de cette épreuve de français, sans aller toutefois jusqu’à réclamer formellement son abolition.  

«Plusieurs questionnent la pertinence actuelle de cette épreuve-là. Je pense qu’à partir du moment où il y a un comité d’experts qui réfléchit à la question du français au collégial, tout doit être sur la table», affirme M. Tremblay. 

Le cégep est le seul ordre d’enseignement où la réussite d’un examen de français s’ajoute à la réussite des cours de français comme exigences pour l’obtention du diplôme. 

«Est-ce nécessaire? Il faut au moins se poser la question», laisse-t-il tomber, tout en réclamant une réflexion plus large sur le rôle du collégial dans la maîtrise du français. 

«C’est un leurre de penser qu’un étudiant qui sort du secondaire devrait avoir acquis une maîtrise parfaite du français. Il faut travailler sur le fait qu’il y a une poursuite de l’apprentissage du français au cégep. Ça veut dire qu’il faut revoir notre approche pour l’épreuve uniforme de langue (...) pour la voir dans une perspective plus constructive et moins pénalisante», ajoute-t-il. 

Le logiciel de correction ne fait pas l’unanimité    

Autoriser les cégépiens à avoir recours à un logiciel de correction lors de l’épreuve uniforme de français ne fait pas l’unanimité parmi les experts consultés par Le Journal.

Pascal Grégoire, professeur de didactique du français à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, s’intéresse de près à la question puisqu’il a réalisé une étude sur l’utilisation du logiciel Antidote dans le cadre de l’épreuve ministérielle de français de cinquième secondaire. 

Il n’a toutefois pas encore été démontré que l’utilisation d’un logiciel de correction permet bel et bien aux élèves de faire de meilleurs apprentissages, puisque peu de données existent sur le sujet, dit-il. «Il est particulièrement important que l’on trouve d’abord la réponse à cette question», affirme M. Grégoire. 

Si les vertus pédagogiques des logiciels de correction se confirment, il faudrait ensuite intégrer leur utilisation en classe avant d’y avoir recours dans le contexte d’un examen, pour lequel il faudrait revoir la grille de correction. «Il faut être très prudent», ajoute-t-il. 

À l’Université de Montréal, la doyenne de la Faculté des sciences de l’Éducation, Pascale Lefrançois, croit de son côté qu’il s’agit plutôt d’une «bonne idée». 

«La probabilité que quelqu’un qui est très faible en français excelle dans un texte en utilisant un logiciel de correction est à peu près nulle», affirme-t-elle. 

Selon cette ancienne championne d’orthographe, il est faux de croire que tous les étudiants obtiendraient automatiquement la note de passage au critère de maîtrise de la langue si un logiciel comme Antidote était utilisé. 

De son côté, Érick Falardeau, professeur spécialiste en didactique du français à l’Université Laval, n’est pas contre l’utilisation d’un logiciel de correction pendant les cours de français.  

Mais cet outil ne devrait pas être utilisé dans un contexte d’évaluation, dit-il. 

«Si on donne accès à un outil qui corrige les erreurs, on n’a plus de moyen d’attester de la maîtrise de la langue des étudiants», ajoute-t-il. 

Un logiciel de correction n’aide pas à bien structurer l’argumentation et le contenu d’un texte, reconnaît ce professeur, mais ce ne sont pas ces critères qui causent le plus de fil à retordre aux cégépiens, souligne-t-il. 

M. Falardeau s’interroge d’ailleurs sur les critères d’évaluation de contenu de l’épreuve uniforme de français - qui sont «peu discriminants» puisqu’ils sont réussis par la quasi-totalité des cégépiens - alors que les lacunes des étudiants universitaires en rédaction de textes sont bien réelles, souligne-t-il. 

L’épreuve uniforme de français au cégep      

Taux de réussite global : 83,3 %


Taux de réussite par critère  

  • Compréhension et qualité de l’argumentation : 98,0 %  
  • Structure du texte : 99,8 %  
  • Maîtrise de la langue : 84,1 %   

Taux de réussite pour les sous-critères reliés à la maîtrise de la langue   

  • Vocabulaire : 99,9 %  
  • Syntaxe et ponctuation : 79,5 %  
  • Orthographe d’usage et orthographe grammaticale : 72,7 %*   

* Pour obtenir la note de passage à ces sous-critères, un étudiant doit faire moins de 31 fautes dans un texte d’environ 900 mots.

Source : ministère de l’Enseignement supérieur, derniers résultats disponibles (2018-2019)

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