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Complots, amalgames et messages au goût douteux au PPC

Des candidats du parti de Maxime Bernier se dévoilent sur les réseaux sociaux

GEN-Maxime Bernier présente ses candidats dans la région de Montréal
Photo Agence QMI, Mario Beauregard Le chef du PPC, Maxime Bernier.

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Relayage de fausses nouvelles, de théories complotistes, comparaison entre les gouvernements actuels et le régime nazi, certains candidats du Parti populaire du Canada (PPC) de Maxime Bernier n’y vont pas avec le dos de la cuillère sur les réseaux sociaux.

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Jenniefer Lefrançois, candidate de Beauport-Côte-de-Beaupré-Île-d’Orléans-Charlevoix, a récemment publié sur sa page Facebook personnelle une image du drapeau du Québec avec en son centre une croix gammée en référence au régime nazi.

GEN-Maxime Bernier présente ses candidats dans la région de Montréal
Capture d’écran Facebook

Le logo de la Cage aux sports a eu droit au même traitement après qu’un restaurant de l’entreprise a été utilisé pour des tests du passeport vaccinal.

GEN-Maxime Bernier présente ses candidats dans la région de Montréal
Capture d’écran Facebook

Si Maxime Bernier, le chef du PPC, insiste pour dire que son parti n’est pas anti-vaccin, plusieurs publications de Mme Lefrançois démontrent qu’elle, en tant que candidate, s’y oppose.

Jenniefer Lefrançois a publié cette image d’un radar antimissile américain plutôt décrit comme un générateur d’ondes créant des tremblements de terre et des tsunamis.
Capture d’écran Facebook
Jenniefer Lefrançois a publié cette image d’un radar antimissile américain plutôt décrit comme un générateur d’ondes créant des tremblements de terre et des tsunamis.

Elle a aussi retransmis une fausse nouvelle sur la reconnaissance par l’Institut Pasteur du médicament anti parasite ivermectine qui a été signalée par Facebook.

GEN-Maxime Bernier présente ses candidats dans la région de Montréal
Capture d’écran Facebook

Au chapitre des complots, dans une de ses publications, un radar antimissile de l’armée américaine est devenu un générateur d’ondes créant des tremblements de terre, des tsunamis et excitant l’oxyde de graphène, un produit toxique que certains conspirationnistes pensent ajouté aux vaccins.

Réduire la population

Sur sa page Facebook personnelle, Nash Mathieu, aspirant dans Portneuf-Jacques-Cartier, a aussi vu une de ses publications sur un extrait d’un livre de 1981 de Jacques Attali être cataloguée de «fausse information» par Facebook.

Internet regorge pourtant d’articles expliquant pourquoi cette publication est erronée, mais M. Mathieu écrit plutôt dans son message à la suite de l’extrait pourtant faux «après ne venez pas me traiter de complotiste ou me demander pourquoi je pense comme je pense.»

Il affirme que le gouvernement prend les citoyens pour des «caves» puisque l’obligation du couvre-visage a été abrogée le 25 juin, omettant qu’elle est maintenant incluse dans un autre décret.

GEN-Maxime Bernier présente ses candidats dans la région de Montréal
Capture d’écran Facebook

Enfin, il a aussi retransmis un message voulant que la vaccination de masse avait pour but de diminuer de 50 à 80% la population humaine.

Le Journal a tenté, sans succès, d’obtenir les réactions de Mme Lefrançois, de M. Mathieu et du porte-parole du parti, Martin Masse.

Rabroué par le Dr Vadeboncoeur

Sur son compte Twitter identifié au PPC, le candidat d’Avignon-La Métis-Matane-Matapédia Éric Barnabé a vu certains de ses messages datant d’une à trois années refaire surface dans les derniers jours. Des microblogueurs à l’origine de ces redécouvertes ont notamment déterré une farce à teneur sexuelle très explicite.

GEN-Maxime Bernier présente ses candidats dans la région de Montréal
Capture d'écran Twitter

GEN-Maxime Bernier présente ses candidats dans la région de Montréal
Capture d’écran Twitter

Questionné par le Journal, M. Barnabé a répondu que «La totalité de la liste que j’ai lu n’a pas de caractère litigieux sauf si vous avez l'esprit tordu et que vous la traitez hors de son contexte.»

Le 6 septembre dernier, il a répondu au Dr Alain Vadeboncoeur, urgentologue et vulgarisateur scientifique, que la farce explicite dont il était question datait d’avril 2019. Il a ensuite demandé au médecin ce qu’il faisait à cette époque, suggérant qu’il était «probablement en train de soigner des résidents de CHSLD qui sont morts de faim, de soif et dans leur couche pleine ras bord. Belle réussite 11 000 morts.» M. Vadeboncoeur lui a répondu que c’est un an plus tard que cette situation s’est produite.

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Capture d’écran Twitter

Une simple grippe

Christian Rioux, qui se présente dans Gaspésie-Les-Îles-de-la-Madeleine, semble aussi adhérer à certaines théories complotistes, en relayant sur Twitter aux couleurs du PPC un message mettant en doute une nouvelle de TVA en septembre 2020 selon laquelle les soins intensifs débordaient dans les hôpitaux à Québec en raison de la COVID.

GEN-Maxime Bernier présente ses candidats dans la région de Montréal
Capture d’écran Twitter

«Il n’y a pas eu plus de débordements que depuis les dernières décennies. Essayez pas de faire croire que c’est quelque chose de nouveau», a maintenu au Journal M. Rioux lorsque questionné.

Pourtant, les médias ont régulièrement rapporté les problèmes liés à la deuxième vague de la COVID-19. Les employés de la santé et les syndicats ont aussi dénoncé la situation hors de contrôle et les conditions de travail inhumaines avec lesquelles ils devaient composer.

Pour Nash Mathieu, la vaccination de masse a pour but de diminuer de 50 à 80 % la population humaine d’ici 2025.
Capture d’écran Facebook
Pour Nash Mathieu, la vaccination de masse a pour but de diminuer de 50 à 80 % la population humaine d’ici 2025.

Les armes

Alors qu’à la fin de mai 2020 des manifestations en Amérique du Nord à la suite du décès de George Floyd donnaient parfois lieu à de la casse, Christian Rioux a écrit «que les gens respectueux de la loi devraient pouvoir porter une arme.»

GEN-Maxime Bernier présente ses candidats dans la région de Montréal
Capture d’écran Twitter

Questionné à savoir si dans ce message aurait toujours sa place dans le contexte des nombreux coups de feu tirés à Montréal cette année, et comment reconnaître une personne respectueuse de la loi, il s’est défendu.

«Je crois que vous avez très mal interprété ou ignoré le contexte de ces vieux tweets (...) (écrit) à un moment où je n’étais pas candidat. Je suis pro liberté et contre l’étatisme contrôlant (...) Le problème est que les criminels, par définition, ne respectent pas la loi. Alors qu’importe la loi qui sera passée, elle ne va affecter que les propriétaires honnêtes, pas les criminels. Il y a plusieurs cas qui ont démontré que des goods guys armés ont empêché des tueries. Ça ne veut pas dire que tout le monde devrait être armé, mais dans certaines régions c’est quand même plus efficace que d’appeler 911 et attendre que la police arrive avec des armes, alors qu’il est trop tard.»

M. Rioux n’a toutefois pas répondu sur la façon d’identifier une personne respectueuse de la loi pour lui permettre d’avoir une arme.

En début de semaine, les maires de cinq villes du Québec, incluant Montréal et Québec, ont demandé des engagements des partis politiques fédéraux sur le contrôle des armes d’assaut et de poings dans la foulée des multiples événements impliquant des armes à feu en 2021.

La violence

Le 1er septembre dernier, M. Rioux a relayé un message avec une photo de Justin Trudeau disant «que lorsqu’un leader abuse de son pouvoir et de son estrade pour affirmer qu’une minorité de personnes mettent nos enfants à risque, c’est toujours implicitement, sinon explicitement, un appel à la violence. Justin Trudeau vient de dire cela, ce qui devrait scandaliser tous les Canadiens.»

GEN-Maxime Bernier présente ses candidats dans la région de Montréal
Capture d’écran Twitter

M. Rioux n’en démord pas. «Jamais je n’incite à la violence, je suis pour la résistance pacifique quand l’état est dans le tort. C’est Trudeau qui incite à la division, l’ostracisation et la haine en disant que «those people», «les non-vaccinés», «put your kid at risk». C’est le genre de rhétorique utilisé par les politiciens pourris pour diviser la population et monter un groupe contre un autre.»

Rappelons que la police de London en Ontario enquête sur un incident concernant le tir de cailloux en direction de Justin Trudeau lors d’une apparition publique. Dans la foulée de cet événement, le PPC a limogé le président de l’association d’une circonscription à la suite d’allégations à ce sujet.

Le chef du PPC, Maxime Bernier, a lui aussi été impliqué dans un incident la semaine dernière en Saskatchewan lorsqu’un manifestant lui a cassé un œuf sur la tête.

Par ailleurs, de nombreuses voix se sont élevées vendredi pour dénoncer les manifestations anti-vaccin devant les écoles au Québec. Une levée de boucliers similaire se fait aussi entendre depuis plus d’un mois à l’endroit de ces manifestations devant les hôpitaux.

Statistiques erronées

M. Rioux conclut sa réaction aux questions du Journal en affirmant que le «vaccin expérimental est plus dangereux pour les gens en santé que le virus lui-même avec un taux de survie semblable à la grippe saisonnière, soit 99,98%.»

Les chiffres de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) en date du 10 septembre indiquent cependant qu’au Québec la COVID-19 est responsable de 11 302 décès sur un total de 396 034 infections.

Cela correspond à un taux de mortalité de 2,9%, environ 140 fois plus élevé que ce que ne prétend M. Rioux. Avec le taux de survie de 99,98% qu’il avance, il n’y aurait eu que 79 décès imputables à la COVID-19 sur les 396 000 cas répertoriés.

Un politologue pas surpris

Le Journal a envoyé quelques publications de ces quatre candidats à un politologue reconnu qui, s’il n’a pas été surpris de la teneur des propos, n’a pas non plus caché son désarroi.

«Ce sont des propos grossiers, sexistes, complotistes. Ça nous rappelle que le parti de Maxime Bernier est antisystème et coalise les gens qui sont contre les mesures sanitaires. Il y a un amalgame dans le public cible visé par le chef qui fait que ça ne me surprend pas de voir des choses comme ça», lance Éric Montigny, professeur en science politique à l’Université Laval.

«Normalement, les partis institutionnalisés qui prétendent à un certain sérieux font des vérifications. À chaque élection elles sont plus serrées, plus importantes sur chacun des candidats», ajoute M. Montigny.

Ces vérifications plus serrées sont le résultat de l’évolution des valeurs, estime M. Montigny. Il donne comme exemple que le harcèlement psychologique n’est pas une notion qui existait il y a 20 ans.

Cautionnés?

M. Montigny souligne aussi qu’une autorisation du chef accompagne toujours le dépôt d’une candidature.

«Il n’y a peut-être pas ce type de précautions prises par le parti, sinon il y a un cautionnement de ces publications. Le rôle d’un parti politique est d’être la courroie entre la population et les institutions démocratiques. Mais en même temps, ils doivent s’assurer que ça se fasse dans un cadre démocratique et dans le respect. C’est un parti antisystème qui va au-delà de vouloir réformer le système. Visiblement dans ses candidats, il propage des messages de violence et complotiste», analyse l’universitaire.

« Là il y a des choses qui dépassent ce que l’on voir habituellement dans une société libre et démocratique. Ça peut entacher une campagne s’il n’y a pas les gestes qui suivent», conclut M. Montigny.

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