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L’ingérence risquée de François Legault

L’ingérence risquée de François Legault
Photo Didier Debusschère

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Quelle ne fut pas ma surprise, cette semaine, d’entendre le premier ministre du Québec dire pour qui les Québécois nationalistes devraient voter ! Pour François Legault, la seule chose qui compte, c’est le respect des compétences. Je suis d’accord que c’est important, mais il y a bien d’autres éléments que nous devons prendre en compte avant d’apposer notre X.

De la part d’un premier ministre qui dénonce les ingérences du fédéral dans les champs de compétences provinciales, il me semble qu’il aurait été préférable de donner l’exemple et de ne pas s’ingérer dans la campagne électorale fédérale.

Que François Legault dévoile sa liste d’épicerie pour que les chefs de parti se positionnent sur les demandes du gouvernement du Québec, ça va, c’est même très bien, mais là, j’estime qu’il est allé trop loin.

Et si le Canada en faisait autant ?

Lors de la campagne électorale provinciale l’an prochain, comment réagiriez – vous, M. Legault, si le futur premier ministre du Canada suggérait fortement aux Québécois fédéralistes pour qui voter ? S’il disait, à tort ou à raison, qu’il est dangereux de voter pour vous parce que vous cherchez la chicane avec Ottawa dans le but inavoué de réaliser votre rêve de souveraineté ?

Depuis votre arrivée au pouvoir, on ne peut le nier, vous trônez dans les intentions de vote au Québec et c’est tout en votre honneur. Les nombreux sondages que votre parti prend plaisir à commander et à donner aux médias démontrent clairement que vous êtes populaire et apprécié par une majorité de Québécois.

Cependant, en politique, il n’y a rien d’acquis et tout peut changer rapidement surtout quand les Québécois ont l’impression qu’on les regarde de haut. Rappelez-vous, M. Legault, la bataille de Chauveau, ce château fort caquiste que vous aviez perdu en 2015. Après cette défaite électorale, les analystes politiques doutaient même de l’avenir de votre parti, qui représentait la deuxième opposition.

À partir de ce moment, vous avez travaillé très fort pour dépeindre l’ancien premier ministre comme un donneur de leçon, et contre toute attente, vous avez réussi à vous faire élire à la tête d’un gouvernement majoritaire trois ans plus tard.

Faire nos propres choix

Se faire dire pour qui voter, c’est une insulte à notre intelligence, peu importe le parti que vous souhaitez aider. Est-ce à dire, M. Legault, que vous ne vous fiez pas au jugement des Québécois, ceux-là mêmes qui vous ont permis de gouverner ?

M. Legault, les gens qui ont voté pour vous à la dernière élection et qui ont continué de vous appuyer sont de diverses allégeances au fédéral. En sautant à pieds joints dans la campagne pour favoriser le Parti conservateur du Canada, vous avez insulté plusieurs de vos électeurs. Ce n’est pas votre choix de parti qui me dérange, c’est votre invitation à voter pour un parti en dénigrant ou en ignorant les autres.

Au diable ce que les Québécois peuvent penser des engagements pour les aînés, pour l’environnement, la position sur les armes à feu, la vaccination obligatoire, les finances publiques. Non, tout ce qui compte pour vous, c’est l’argent donné sans condition, même si en fin de compte, il pourrait y avoir moins d’argent pour le Québec.

M. Legault, faites confiance aux électeurs québécois. Nous sommes majeurs et presque tous vaccinés, capables de décider pour qui voter selon nos besoins, nos valeurs et notre vision.