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Parlons de Gavin Newsom

Le gouverneur de la Californie, Gavin Newsom
Photo AFP Le gouverneur de la Californie, Gavin Newsom

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Les électeurs de la Californie se prononceront demain sur le sort de leur gouverneur, Gavin Newsom. Ce dernier est aux prises avec une procédure dite de recall, une élection révocatoire.

L’exercice auquel on se livre depuis quelques semaines déjà, et qui connaîtra son dénouement demain, est une spécificité toute californienne. Le recall doit être vu comme un exemple de la culture politique de l’État le plus populeux du pays. On y affectionne la démocratie directe et on souhaite que le citoyen se manifeste souvent.

Depuis qu’on a créé la mesure en 1911, on a utilisé le recall 179 fois, mais une seule fois est-on parvenu à déloger un gouverneur. Plusieurs d’entre vous se souviennent peut-être qu’on avait délogé Gray Davis pour le remplacer par Arnold Schwarzenegger. La vedette de films d’action et ancien culturiste avait évoqué le titre d’un de ses anciens films en qualifiant l’opération de Total Recall.

Selon les plus récents sondages, le démocrate Newsom devrait survivre à la procédure. Le site FiveThirtyEight pointe dans cette direction, ses appuis se multipliant régulièrement depuis la fin août. Ils seraient maintenant 57,5% à ne pas souhaiter son départ.

Si l’intention à l’origine de la procédure est noble, on veut lutter contre les abus et encourager la participation citoyenne, on peut également s’interroger sur les retombées concrètes de la pratique. Il y a de bons motifs pour critiquer la gestion du gouverneur de la Californie, mais est-ce qu'il y en a assez pour dépenser autant d’argent, déstabiliser la conduite des affaires politiques de l’État ou même entraîner le chaos?

Gavin Newsom était plutôt populaire et il le demeure suffisamment pour sauver son poste. Il n’a pas été mêlé à un scandale majeur, mais ses adversaires lui reprochaient régulièrement sa gestion de l’immigration, sa gestion des fonds publics, sa vision de la lutte contre les changements climatiques et, plus récemment, son attitude et les mesures de son administration pour tenter de limiter la propagation de la pandémie.

Rien dans le tableau qui précède ne provoquerait une élection spéciale ailleurs qu’en Californie. On attendrait la prochaine échéance électorale pour sanctionner — ou pas — le ou les dirigeants impliqués. Si Newsom est dans le pétrin ou qu’on le distrait des dossiers pressants, c’est parce que le recall est enclenché lorsque 12% des électeurs (12% du nombre d’électeurs de la plus récente élection) apposent leur signature au bas d’une pétition.

Est-ce bien utile, finalement? Permettez-moi d’en douter. En plus de 100 ans, la procédure n’a chassé qu’un seul gouverneur. Mais combien de fois a-t-on investi de grandes sommes dans cette aventure? Combien de fois a-t-on forcé le gouverneur à s’éloigner de dossiers majeurs pour assurer sa survie politique? Le gain me semble minime. Même la procédure fructueuse de 2003 fut controversée.

Signe des temps, le vote n’a pas encore eu lieu que déjà des républicains — c’est leur nouveau mantra — avancent, sans aucune preuve, que l’élection est truquée. Occupés à saper la confiance des Américains dans leurs institutions et dans le processus électoral, plusieurs membres du GOP ne se gênent pas pour reprendre les allégations non fondées de Donald Trump. Même au moment de sa victoire sur Hillary Clinton en 2016, il condamnait la gestion du dépouillement par les autorités de la Californie.

Pour l’emporter demain, Newsom doit espérer que 50% ou plus des électeurs s’opposent à sa révocation. C’est le résultat probable. Que se passera-t-il s’il n’y parvient pas? Celui ou celle qui obtiendra ensuite le plus haut taux de suffrages deviendra le ou la gouverneur(re). Au moment d’écrire ses lignes, c’est un candidat qui obtient entre 25% et 28% des intentions de vote qui accéderait au poste de gouverneur.