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Jusqu'où ira notre patience?

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Après l’insulte suprême proférée à l’endroit des « demeurés » québécois par l’animatrice de service de l’élite canadienne-anglaise médiatique lors du seul vrai débat de la campagne électorale, celui qui s’est déroulé en anglais, il nous faudra changer la devise du Québec. « Je me laisse insulter » serait plus approprié que « Je me souviens ». 

L’attaque à la mitraillette verbale de Shachi Kurl, une attaque préparée soigneusement par les patrons des quatre chaînes télévisées anglophones, y compris la chaîne autochtone, aurait dû être dénoncée sur-le-champ par les leaders de partis présents, le premier ministre sortant au premier chef. Or le silence a tenu lieu de lâcheté.

En fait, ce viol politique en direct du Québec, « société raciste », exigeait une intervention immédiate. Car la suite, un spectacle mis en scène, chronométré à la seconde près et censé respecter des règles démocratiques strictes, devenait surréaliste.

Outrage

Posons une question simple. Comment cette ouverture, qui a eu l’effet d’une bombe à billes, a-t-elle pu être acceptée par la dizaine de personnes qui l’ont cautionnée ? Il suffisait qu’un des dirigeants des chaînes concernées s’y oppose pour que cet outrage cinglant à la majorité francophone de la seule province distincte du Canada anglais ne passe pas.

Il faut donc que les Québécois « bon-ententistes », ceux qui auraient souhaité voter « ou » à la question « Oui ou Non » du référendum de 1980 et de 1995, ceux qui donnent toujours le bénéfice du doute à ceux qui se targuent d’« aimer » les Québécois, ceux, hélas, tout québécois qu’ils soient, qui s’estiment affranchis de nos radotages sur la langue et l’identité, ceux enfin dont la passion pour le Québec s’est évaporée au fil du temps depuis les deux échecs référendaires et qui ont fait le deuil du rêve indépendantiste pour ne pas mourir frustrés, tous ces Québécois doivent comprendre que l’autoflagellation ou leur faux sentiment de supériorité sur leurs compatriotes ne les épargneront pas du mépris bien réel des anglophones à leur endroit.

Le débat en anglais de jeudi dernier, il faudra s’en souvenir dans les mois et les années à venir avant que la loi du nombre ne permette plus de rapport de force démographique et politique face au Canada anglais postnational.

L’oubli

Certains, les plus âgés, se sont laissé convaincre qu’ils n’ont plus le droit de perpétuer le combat collectif. Ils croient que les jeunes générations choisiront la société dans laquelle ils souhaitent vivre. Cela s’explique par l’absence progressive de la transmission mémorielle historique, voire spirituelle au sens des valeurs, aux générations nouvelles. 

Ajoutons à cela le fossé créé par la révolution technologique. Quand les vieux ne servent plus de modèles aux jeunes, qui se jettent dans les bras d’influenceurs autoproclamés et plébiscités à coups de like, alors que les enseignants cultivés et passionnés sont rabroués par ces mêmes jeunes qui biberonnent à la culture du moi et du mouvement woke, les politiciens comme François Legault ont du pain sur la planche. 

Le premier ministre Legault combat avec les armes que lui offrent les citoyens. Ce n’est ni un gourou ni un irresponsable. Il sait en son for intérieur de souverainiste qu’on ne peut gouverner qu’en convainquant les électeurs, non en les bousculant. Il sait aussi que le compromis n’est pas nécessairement synonyme de compromission.