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L’absence de relève a raison d’un commerce vieux de huit décennies

L’Aiguiserie a été créée durant la Grande Dépression et est restée dans la famille

L’aiguiseur
Photo Chantal Poirier Yvon Bouchard et Lise Palin, qui sont mariés depuis 1969, fermeront aujourd’hui pour la toute dernière fois la porte de L’Aiguiserie, sur la rue Papineau, à Montréal.

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Yvon Bouchard travaille à la même place depuis 1952, mais aujourd’hui, c’est son dernier jour. Faute de relève pour son commerce, l’homme de 78 ans vient de vendre l’immeuble qui l’abrite et s’en va se la couler douce avec sa femme dans une résidence pour personnes âgées.

L’Aiguiserie fermera ses portes pour toujours ce soir, à 17 h. 

« Yvon va se reposer, mais c’est tout un deuil à faire », lance sa femme, Lise, 80 ans, qui travaille avec lui depuis sa retraite d’enseignante au primaire, en 1996. 

L’aiguiseur
Photo Chantal Poirier

« Un moment donné, faut faire autre chose. C’est prenant, un commerce », raconte pour sa part le machiniste de 78 ans installé rue Papineau, dans Rosemont–La Petite-Patrie, à Montréal, depuis sa naissance en 1943. 

Des vélos à l’aiguisage

C’est son père, Rolland, qui a lancé l’affaire en 1936. Il vendait et réparait des vélos. 

« Puis il s’est mis à l’aiguisage, car le vélo, l’hiver, c’est mort », lance Yvon, qui avait déjà son cours de machiniste en poche à 18 ans.

L’aiguiseur
Photo courtoisie

Son paternel achète donc de la machinerie dans les années 60. Plusieurs de ces machines sont toujours dans l’atelier d’Yvon, comme sa scie mécanique pour couper le métal, qui a 70 ans. Une de ses meules pour aiguiser les couteaux, elle, « n’est pas vieille ». Il l’a achetée dans les années 70 ! 

« Je vais m’ennuyer de fabriquer des choses. Tous mes outils vont être partis, ça va faire mal », lâche-t-il. 

L’aiguiseur
Photo Chantal Poirier

La décision de fermer le commerce qui a vu le quartier grandir s’est prise sans trop forcer. 

« J’ai eu un ouvrier exceptionnel pendant 30 ans. Il n’était absolument pas intéressé par l’aspect business », raconte Yvon. 

La seule fille du couple, Mélanie, travaille aux communications pour la Banque Nationale. Ils s’en vont d’ailleurs habiter à cinq minutes de chez elle, dans l’est de l’île de Montréal. 

L’aiguiseur
Photo Julien McEvoy

« On va faire quelques voyages, des activités qu’on n’a jamais eu le temps de faire, comme des visites guidées, puis on va profiter de notre petite-fille », explique la grand-mère d’un ton convaincant.

Si son mari répare « tout, tout, tout », n’a-t-elle pas peur qu’il s’emmerde dans une RPA ? « Il va amener une de ses meules à aiguiser, ça pourra toujours servir dans la résidence », lâche-t-elle en rigolant.

Depuis 2001, Yvon ne fait que de l’aiguisage d’outils de toutes sortes, et même de patins. « C’était trop, les vélos. J’ai décidé de tout arrêter, car ça faisait beaucoup d’inventaires et les clients étaient trop exigeants », confie-t-il.

L’aiguiseur
Photo Chantal Poirier

Depuis 20 ans, il est bien, même très bien, dans son atelier. Lise s’occupe des clients, leur parle, fait preuve de patience. 

« Pis moi je travaille en arrière », lance-t-il, pince sans rire. 

  • Écoutez la chronique économique d'Yves Daoust, directeur de la section Argent du journal de Montréal et du Journal de Québec, sur QUB radio: 

Pas peur de la retraite

Tous ses outils ont été vendus, ou presque. « J’ai été surpris de voir l’intérêt du monde sur Kijiji et Marketplace », reconnaît Yvon.

Tout ce qu’il conservera de son entreprise, outre la meule à aiguiser, tient dans un coffre à outils : quelques clés anglaises, des clés à molette et des tournevis.

Et comment va-t-il se sentir, demain, nouvellement retraité ? « Vous reviendrez me voir jeudi matin pour me le demander », lâche-t-il.

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