/news/society
Navigation

Tribunal spécialisé en violence sexuelle et conjugale: des victimes veulent que le parcours soit moins ardu

Plusieurs se réjouissent de la mise en place d’un tribunal spécialisé au Québec

Palais de Justice de Longueuil
Photo d'archives, Chantal Poirier La victime d’Edgar Fruitier, Jean-René Thétreault, lors des observations sur la peine en mars au palais de justice de Longueuil.

Coup d'oeil sur cet article

Des victimes qui ont dû affronter leur agresseur en cour espèrent que la création d’un tribunal spécialisé en violence sexuelle et conjugale évitera à celles et ceux qui osent porter plainte d’avoir à traverser un parcours parfois dégradant et intimidant.

• À lire aussi: Violence sexuelle et conjugale: vers la création d’un tribunal spécialisé

« Témoigner devant mon agresseur, mais aussi tout plein de personnes [dans la salle de cour], c’était vraiment stressant. Je racontais des détails très personnels, j’avais l’impression de me déshabiller devant une salle pleine d’inconnus », se souvient Geneviève Plante. 

Comme d’autres victimes avec qui Le Journal s’est entretenu, la femme avait fait lever l’ordonnance de non-publication sur son identité après la condamnation de son ex-beau-frère, Jean Brodeur. 

Mme Plante se réjouit de la mise en place d’un tribunal spécialisé, car son expérience a été « difficile et stressante », malgré le bon soutien des enquêteurs et des procureurs.

Même son de cloche d’un homme abusé lorsqu’il était adolescent par un ancien professeur de morale, Pierre-Raymond Perron.

« J’aurais aimé avoir accès à ce tribunal. Les victimes, on est comme une bébelle dans le processus judiciaire. Tout le monde sait comment le système fonctionne, sauf nous », a dit Dominique Théberge. 

  • Écoutez l'entrevue de Mario Dumont avec Simon Jolin-Barrette, ministre de la Justice, sur QUB radio:

Un simple témoin 

Ce dernier a eu l’impression d’être traité comme un simple témoin plutôt que comme une victime. Il croit ainsi qu’un meilleur accompagnement dès la dénonciation est essentiel. 

« Je suis arrivé naïvement au poste de police pour faire ma déposition. J’en suis ressorti traumatisé d’avoir eu à raconter et à revivre [mes agressions] », a-t-il relaté.

La victime de l’acteur Edgar Fruitier croit, pour sa part, que l’encadrement qu’offrira le tribunal spécialisé en aidera plusieurs à se tourner vers le système judiciaire.

« L’important pour une victime est de sentir qu’elle est écoutée et crue », a lancé Jean-René Thétreault.

« Si on veut que les victimes se tournent vers le système de justice plutôt que les réseaux sociaux, il fallait réagir. Ce projet de loi est un message symbolique fort et promet des changements », a dit la directrice générale de Juripop, Sophie Gagnon. 

Attendu depuis longtemps

Des organismes attendaient d’ailleurs ce tribunal spécialisé depuis des années.

« Avec des gens mieux formés, dès le début, la parole des victimes ne sera pas remise en cause. Ça ne veut pas dire qu’elles auront gain de cause, mais au moins elles seront soutenues et entendues », a souligné la directrice de la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes, Manon Monastesse.

La juge retraitée Nicole Gibeault voit d’un bon œil la formation obligatoire des magistrats.  

« Il faut être sûr d’avoir tout le monde sur le même pied d’égalité, tant les jeunes juges que ceux qui ont 70 ans et qui n’ont pas eu les mêmes formations », a-t-elle dit.