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Une campagne sans saveur à Québec

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Signe évident du manque d’enthousiasme suscité par le déclenchement d’une élection fédérale en pleine pandémie, rarement aura-t-on assisté à une campagne aussi peu enlevante dans la région de Québec.

La lutte s’annonce chaude dans certains comtés de la région, notamment dans Québec, où le libéral Jean-Yves Duclos avait été élu avec une très courte avance. L’issue se présente également incertaine dans Beauport-Limoilou, où le Bloc a éclipsé les conservateurs il y a deux ans, au terme d’une bataille serrée. 

Les candidats dans l’ensemble se sont faits plutôt discrets, mis à part quelques têtes d’affiche comme Jean-Yves Duclos, Joël Lightbound, Gérard Deltell et Pierre Paul-Hus. 

Les maires de Québec et de Lévis ont fait part de leurs listes d’épicerie, le premier tablant sur la protection de l’eau potable, le second, sans surprise, sur le projet de troisième lien, de compétence provinciale. 

Projet peu rationnel

Jusqu’à maintenant, le seul dossier qui a fait couler de l’encre, c’est précisément celui du troisième lien pour lequel, étonnamment, la CAQ n’est toujours pas parvenue à démontrer un quelconque avantage pour la région. Malheureusement, il y a longtemps que ce dossier n’est plus basé sur des considérations rationnelles. 

Dans un livre paru récemment, trois chercheurs de l’Université Laval proposent de le réserver au transport collectif, seule solution acceptable pour réduire la congestion, estiment-ils. Il serait intéressant d’entendre les candidats à ce sujet, surtout qu’il faut bel et bien trouver des solutions qui soulageront la congestion entre Québec et Lévis.

Le chef bloquiste Yves-François Blanchet s’est par ailleurs mis le pied dans la bouche en se montrant favorable au tunnel caquiste, convaincu qu’il peut être « écologique ». Son calcul, qui demeure difficile à comprendre, visait à séduire les électeurs conservateurs. Au lieu de ça, il s’est probablement mis à dos bien des supporteurs plus progressistes pour qui les nouveaux liens autoroutiers provoquant de l’étalement urbain n’ont rien d’attirant.

Il était écrit dans le ciel que les conservateurs, qui détiennent trois sièges à Québec, se jetteraient sur le tunnel Québec-Lévis pour faire mousser leur campagne. Ils sont en effet les seuls à s’être engagés à le financer jusqu’à 40 %, faisant miroiter que le projet réglera les problèmes de congestion à Québec. Cela n’a pourtant aucunement été démontré jusqu’à maintenant, bien au contraire. 

Cette promesse conservatrice apparaît d’ailleurs pour le moins douteuse compte tenu de la forme délirante que la CAQ entend donner au projet, le plus long et le plus profond au monde, à un coût qui reste encore à déterminer, mais qu’on devine démesuré. On repassera pour la rigueur.

Jouer de prudence

La vérité, c’est que le projet, que les experts jugent passéiste et injustifiable, divise aussi la population. Plusieurs craignent ses effets sur la circulation, le bruit et la pollution, ce qui a motivé le NPD à se prononcer contre.

À cet égard, les libéraux ont le mérite d’avoir joué de prudence, montrant une ouverture pour financer la portion sur le transport en commun. Les rouges ont ainsi refusé de céder au chantage de la CAQ, alors que le ministre des Transports François Bonnardel, aux prises avec un projet mal fagoté, a tenté de mettre de la pression.