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Loto-Québec s’attaque au blanchiment: bientôt fini l'argent comptant au casino

François Bergeron PDG de Loto-Québec
Photo courtoisie Jean-François Bergeron, qui est devenu le grand patron de Loto-Québec fin mai dernier, souligne que le prêt usuraire et le blanchiment sont de constants défis pour les établissements de jeux.

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Mafia, motards, crime organisé. Après avoir tenu tête au marché noir à la Société québécoise du cannabis, le nouveau patron de Loto-Québec, Jean-François Bergeron, souhaite maintenant livrer bataille au blanchiment d’argent.

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Et différents chantiers pour y parvenir sont déjà en branle, dont un qui pourrait mener à la fin de l’argent comptant dans les établissements de jeux. 

  • Écoutez l'entrevue du président de Loto-Québec, Jean-François Bergeron, avec Benoit Dutrizac sur QUB Radio:

 

En fait, Loto-Québec souhaite que l’ensemble des mises et des gains passe éventuellement par une seule carte qui serait fournie à chaque joueur. 

Ce dernier devrait effectuer un dépôt sur cette carte pour pouvoir jouer aux tables ou aux machines à sous dans les casinos. Il ne serait alors plus possible de sortir des murs des établissements de jeux avec des jetons.   

Par exemple, à une table de poker, après avoir inséré sa carte et choisi un montant, le joueur recevrait des jetons, mais il ne pourrait pas quitter la table avec ses mises. La valeur de ses gains lui serait transférée à la fin.

Cette formule permettrait à la société d’État de déceler plus facilement les « transactions douteuses » et de mieux suivre à la trace l’argent. 

La direction aimerait avoir installé cette nouvelle mesure comme projet pilote dans au moins un casino à l’automne 2022. Selon les résultats, cette solution sera par la suite déployée à travers le réseau.

« C’est sûr que les environnements où circule un certain flot d’argent demeurent toujours attrayants », concède au Journal le président et chef de la direction, M. Bergeron, qui est en poste depuis la fin mai. « Aujourd’hui, cela demeure un défi qu’on surveille », poursuit-il, faisant allusion au blanchiment d’argent et aux prêts usuraires.

  • Écoutez la chronique économique d'Yves Daoust, directeur de la section Argent du journal de Montréal et du Journal de Québec, sur QUB radio:   

Plus de vérifications

Depuis juin, Loto-Québec procède également à une « vérification diligente » sur un client dès qu’un dépôt dépasse les 3000 $. Cette démarche était, auparavant, effectuée seulement pour des sommes de plus de 10 000 $.

« On vérifie l’identité et la provenance puis on le fiche », avance le grand patron, précisant que son organisation travaille avec les autorités policières.

À l’automne 2020, rappelons que notre Bureau d’enquête avait révélé la présence d’activités du crime organisé au Casino de Montréal ainsi que les privilèges que certains dirigeants de la mafia ont pu recevoir.

Après ces reportages, le ministre des Finances, Eric Girard, avait commandé un audit spécial externe sur le blanchiment d’argent. Pour sa part, Loto-Québec affirmait ne pas avoir le pouvoir de refuser l’accès à un individu, et ce, même s’il était soupçonné d’avoir des liens avec le crime organisé.

Depuis, le gouvernement Legault a dit vouloir mettre en place les mesures suggérées dans le rapport et souhaiter donner plus de pouvoir à Loto-Québec.

À ce jour, aucun joueur n’a encore été banni des établissements en raison de ses liens avec le crime organisé, confirme la direction. Québec travaille toujours sur le cadre réglementaire pour pouvoir le faire.

« Ce que je peux dire, cependant, c’est que les programmes privilèges, les offres personnalisées, ont été retirés à des gens qui ont des liens avec le crime organisé », souligne M. Bergeron.

Offensive pour le marché en ligne

Loto-Québec souhaite également lancer prochainement une offensive contre les sites illégaux de jeux en ligne.

« On comprend, aujourd’hui, que si ce n’est pas [le site de] Loto-Québec, ce n’est pas légal. Maintenant, c’est sûr qu’on va faire une offensive », a répondu M. Bergeron, estimant qu’il n’était pas temps de contre-attaquer en pleine pandémie.

La société d’État veut faire davantage la promotion de ses produits et sensibiliser les gens « au jeu responsable ».

« On voit qu’en ligne, nous ne sommes pas aussi présents qu’on devrait l’être. On le voit, lorsque nous ne sommes pas là, il y a d’autres organisations qui prennent la place. C’est à nous de prendre notre place », conclut le président.

Ces dernières semaines, Ottawa a autorisé les sociétés d’État, comme Loto-Québec, à offrir la formule de paris simples lors d’un même match en apportant des modifications au Code criminel. Plusieurs sites jugés comme illégaux offraient déjà ce type de pari à travers le Canada.

Territoires autochtones: très inquiet des casinos illégaux  

Loto-Québec ne cache pas être préoccupée par l’ouverture de maisons de jeux illégales dans des réserves autochtones, comme l’établissement lié au crime organisé en construction sur le territoire de Kanesatake.

« C’est sûr que cela nous inquiète. Tous les dossiers qui se passent sur des territoires autochtones sont sensibles et extrêmement complexes », répond au Journal le PDG, Jean-François Bergeron. 

« D’un point de vue marché, c’est évidemment des revenus que Québec n’a pas, mais pour moi, c’est surtout le traitement du jeu responsable qui m’inquiète. [...] Le jeu n’est pas un produit banal », poursuit-il.

Ce dernier estime que souvent ces établissements ou les sites web illégaux n’ont pas la sensibilité pour aider les joueurs aux prises avec des problèmes.

À Québec de choisir

Au printemps, confronté à des maisons de jeu illégales sur des territoires autochtones, le gouvernement Legault avait confirmé, lors de l’étude des crédits, qu’il étudiait la possibilité de rendre certains casinos légaux. 

Des discussions étaient notamment en cours avec des élus de Kahnawake, avait noté le ministre responsable des Affaires autochtones, Ian Lafrenière.

Certains modèles de partenariat entre des gouvernements et des membres des nations autochtones existent ailleurs dans le Canada. Ces sites de jeux sont alors gérés de façon conjointe et les deux gestionnaires partagent les profits.

Québec a toutefois fermé la porte à l’idée d’être associé dans des projets avec des personnes ayant des liens avec le crime organisé.

M. Bergeron a préféré ne pas commenter cette possibilité de nouveau partenariat, mentionnant que cette décision revient au gouvernement.

Loto-Québec a aussi admis avoir eu vent, ces derniers mois, d’offre de jeux illégaux dans certains bars ou établissements au Québec. Par exemple, des commerces offriraient à leurs clients des tablettes ou des ordinateurs pour pouvoir jouer à des jeux de casino en ligne.

« Ce sont les policiers qui doivent saisir ces appareils. [...] Ce n’est [pas] notre travail [...] », avance M. Bergeron.

Passeport vaccinal, transparence et primes: trois questions au grand patron  

Les défis seront nombreux chez Loto-Québec ces prochains mois en raison de la pandémie. En 2020, les finances ont été malmenées et des employés ont été licenciés temporairement. Aujourd’hui, la société d’État tente de retrouver son sourire et sa santé financière avec aux commandes un nouveau président, Jean-François Bergeron.

Est-ce que l’implantation du passeport vaccinal a eu un impact sur l’achalandage dans vos établissements ? Vous avez aussi mis un terme au système de réservation.

«Il y a eu une petite baisse au niveau de l’achalandage d’environ 10 % par rapport à la semaine avant l’introduction du passeport. [...] Pour nous, le 10 % du passeport vaccinal est 100 % positif, car sans le passeport, nous aurions sûrement fermé de nouveau.»

Est-ce que Loto-Québec pourrait mettre sur pause pour une autre année ses bonis? L’ancienne présidente, Lynne Roiter, avait évoqué cette possibilité.

«Il est prématuré. On ne l’exclut pas, mais on ne le confirme pas. Ça va dépendre de comment on va finir l’année.»

Quels sont vos objectifs chez Loto-Québec?

«Plus de proximité avec les médias. [...] La clarté est quelque chose qui me tient à cœur. Le jeu responsable est un volet que je veux pousser encore plus loin. Je veux aussi capter le dollar de jeu qui se joue actuellement ailleurs. Nous aimerions également amplifier l’offre de divertissement pour ne pas juste nous limiter aux jeux de hasard et d’argent.»

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