/investigations/health
Navigation

Larmes, doutes et improvisation: dans les coulisses de la campagne de vaccination

Une incursion inédite sera présentée ce soir à l’émission J.E

Coup d'oeil sur cet article

Le ministre de la Santé et le directeur national de santé publique semblent avoir toutes les réponses devant les caméras depuis le début de la pandémie. Mais en coulisses, Christian Dubé et Horacio Arruda ont aussi eu des moments d’improvisation, de doute et même de découragement.

• À lire aussi: Mort de la COVID-19 à 39 ans: un sportif non vacciné emporté

• À lire aussi: Dubé s’engage à éviter les ruptures de service dans le réseau de la santé

L’ambiance est à trancher au couteau au cabinet de Christian Dubé à Québec, le 21 mars 2021. Le ministre tient sa conférence téléphonique matinale avec plusieurs cadres du réseau de la santé.

Le gouvernement Legault se prépare à annoncer que le vaccin AstraZeneca ne sera plus administré aux personnes de moins de 55 ans jusqu’à nouvel ordre, en raison de risques d’effets secondaires graves.

Le directeur national de santé publique Horacio Arruda a paru découragé lorsque le vaccin AstraZeneca a dû être interdit aux moins de 55 ans.
Capture d'écran
Le directeur national de santé publique Horacio Arruda a paru découragé lorsque le vaccin AstraZeneca a dû être interdit aux moins de 55 ans.

Sur un ton découragé, Horacio Arruda prend la parole. Il « s’excuse » auprès de ses collègues et avoue avoir passé une « très très dure fin de semaine ».

« Moi, la COVID-19, je ne suis plus capable », lance-t-il.

Un mélange de rires nerveux remplit la salle. 

« On ne lâchera pas », l’encourage le ministre.

Cette scène, ainsi que plusieurs autres que les Québécois n’ont encore jamais vues font partie de l’émission J.E, présentée par notre Bureau d’enquête, qui sera diffusée ce soir à 21 h sur les ondes de TVA.   

  • Écoutez le résumé de Félix Séguin, qui a été dans les coulisses de la campagne de vaccination, sur QUB radio:

Dans le cadre de ce grand reportage, nos caméramans Martin Beaulieu et Kevin Crane ont suivi pendant cinq mois l’équipe gouvernementale responsable de la plus grande opération de vaccination de l’histoire du Québec.

Mécontentement et improvisation

En février, la campagne de vaccination destinée au grand public peine à se mettre en branle. Christian Dubé trouve que le rythme est insuffisant en comparaison avec nos voisins du Sud.

Le ministre Christian Dubé était mécontent du rythme de la vaccination au début de la campagne.
Capture d'écran
Le ministre Christian Dubé était mécontent du rythme de la vaccination au début de la campagne.

« Quand je regarde les Américains qui se sont payé le party pendant un an sur le COVID, et qui ont maintenant 60 millions de personnes vaccinées alors qu’ils ont commencé il y a un mois, c’est totalement inacceptable », peste-t-il devant ses troupes.

M. Dubé se montre excédé à plusieurs reprises, dans les semaines suivantes, face à la bureaucratie dans son énorme ministère.

Christian Dubé en réunion téléphonique avec le premier ministre François Legault.
Capture d'écran
Christian Dubé en réunion téléphonique avec le premier ministre François Legault.

Le Québec rattrapera éventuellement son retard et dépassera allègrement les États-Unis. Le taux de gens adéquatement protégés atteint maintenant 84 % chez les 12 ans et plus au Québec, contre 55 % aux États-Unis.

Le 18 mars, le ministre Dubé souhaite recevoir une dose d’AstraZeneca devant les caméras, dans le but de rassurer la population quant à la sécurité de ce vaccin. À ce moment, des cas de complications graves ont commencé à être identifiés, notamment en Europe.

Le hic : seul un professionnel de la santé pourra déterminer, en questionnant le ministre à son arrivée au centre de vaccination, s’il se qualifie pour recevoir ce fameux vaccin, plutôt qu’un Pfizer par exemple. La mise en scène improvisée pour les caméras risque donc de mal tourner.

La caméra de J.E capte alors l’attachée de presse du ministre Marjaurie Côté-Boileau qui fait des pieds et des mains pour s’assurer que M. Dubé recevra bel et bien du AstraZeneca. Elle gagne son pari, non sans avoir eu quelques sueurs froides.

Émotives condoléances

Fin avril, Francine Boyer, une femme de 54 ans de la Montérégie, succombe à une thrombose cérébrale après avoir reçu une dose d’AstraZeneca.

Christian Dubé a la lourde tâche d’appeler son mari Alain Serres pour lui transmettre ses condoléances au nom du gouvernement.

La scène est très émotive. Au bord des larmes, il aura besoin de quelques minutes pour reprendre ses esprits, seul, dans la salle des premiers ministres à l’Assemblée nationale.

« Le poids de ses fonctions s’abat sur ses épaules », résume dans sa narration Félix Séguin, l’animateur de J.E.

Ingéniosité

L’incursion dans les coulisses de cette campagne de vaccination montre également l’ingéniosité de plusieurs employés du cabinet du ministre qui œuvrent dans l’ombre. 

Par exemple, Étienne Grenier, qui travaillait dans une banque, est embauché en pleine pandémie pour son expertise des chiffres. Il crée un tableau de bord qui présente de façon claire les diverses données quotidiennes qui servent à prendre les décisions gouvernementales.

L’objectif de vacciner 75 % des Québécois adultes sera finalement atteint beaucoup plus tôt que prévu, soit le 18 mai plutôt que le 24 juin, après avoir passé par toute une gamme d’émotions.  

Entendu lors du tournage  

« Les Québécois ne sont pas bien traités en ce moment avec la vaccination. Ça, ce n’est pas acceptable. »

– Christian Dubé, qui compare le taux de vaccination au Québec avec celui aux États-Unis, en février


« Honnêtement, je pensais qu’on était plus avancé que ça. [...] Je vais vous suivre comme un guépard dans les prochains jours. »

– Christian Dubé exprime son insatisfaction à Daniel Paré, directeur de la campagne de vaccination, lorsque celui-ci lui explique le système de prise de rendez-vous


« Je ne suis pas encore énormément rassuré. Pour être honnête. [...] Le fameux formulaire, je ne sais pas trop quel numéro... On va trouver un autre nom, parce que ça me fait penser aux 12 travaux d’Astérix cette affaire-là. »

– Le ministre Dubé, qui se bat contre la machine administrative, en parlant du formulaire AH-635 que doivent remplir les vaccinateurs


« M. le ministre, maintenant que tout est terminé... vous avez passé proche d’avoir du Pfizer ! »

– L’attachée de presse Marjaurie Côté-Boileau, après avoir manœuvré en coulisses pour s’assurer que le ministre reçoive bel et bien un AstraZeneca afin de rassurer la population

À VOIR AUSSI