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Trudeau a déjà perdu

Trudeau a déjà perdu
Photo Agence QMI, Joël Lemay

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Le premier ministre sortant souffre d’une allergie qui le terrasse : il lui est insupportable d’être le chef d’un gouvernement minoritaire. L’idée de partager le pouvoir en dépendant d’un parti devant lequel il doit consentir à des accommodements pour rester au pouvoir le met dans tous ses états. 

Cette faille dans son profil de politicien explique cette décision insensée, répétons-le, d’avoir plongé le Canada en campagne électorale en pleine pandémie. D’ailleurs, la majorité des Canadiens s’est opposée à ce saut dans le vide. 

Mais Narcisse n’est jamais loin de Justin, qui s’est morfondu durant deux longues années. Il lui fallait un gouvernement majoritaire, c’est-à-dire quatre années de plus pour achever sa mission providentielle et centralisatrice pour consolider le communautarisme canadien et ainsi affaiblir le nationalisme du Québec sous prétexte de combattre son racisme systémique. 

Coup fumant

Malheureusement pour Justin Trudeau, il n’avait pas pu prévoir, malgré ses cauchemars liés à la campagne électorale, le coup fumant préparé par l’animatrice – il est difficile de l’appeler la modératrice, il va sans dire – lors du débat en anglais. Et ce, avec la bénédiction des responsables des quatre chaînes de télévision. L’attaque au bazooka contre le racisme et la discrimination, les deux prétendues mamelles du Québec aux yeux du Canada d’une mer à l’autre. Heureusement qu’Yves-François Blanchet dirige un parti qui s’appelle le BLOC, sinon, les attaques contre lui l’auraient à coup sûr jeté par terre. 

Le soir du 9 septembre, Justin Trudeau a sans doute perdu son pari d’accéder à la majorité. Déjà les sondages s’annonçaient troublants, car incertains pour le chef du PLC. 

Le soir du 9 septembre, la majorité francophone du Québec a été mise K.-O. Dieu sait à quel point ce peuple est conciliant, patient, prêt à donner le bénéfice du doute tout en s’excusant auprès de ses adversaires. Or, si la tendance se maintient jusqu’à mardi prochain – et les sondages continuent de mettre les deux partis, libéral et conservateur, nez à nez –, Justin Trudeau, même en tête par le nombre de sièges, sera perdant en demeurant minoritaire. 

Reconnaissance

La majorité francophone québécoise, son gouvernement en tête, devrait cesser d’exiger des excuses de la part des dirigeants de l’organisation du débat et de la présidente de la maison de sondage Angus Reid, qui animait l’émission. Ils nous ont fait une faveur en révélant leur mépris à notre endroit. Pour parler plus clairement, les masques sont enfin tombés, si l’on peut s’exprimer ainsi en pleine pandémie. 

Depuis quelques jours, la terre tremble pour Trudeau. Car son Canada à lui s’est révélé tel qu’il est. D’ailleurs, pour la grande majorité des Canadiens anglophones, la question tendancieuse que l’animatrice avait posée au chef du Bloc québécois n’avait rien d’offensant. Celui qui incarnait ce soir-là un Québec toujours vivant, un Québec qui ne se laisse plus berner par les promesses d’ouverture envers les anti-démocrates que nous serions fut blessé, indigné. Mais fut-il vraiment surpris ? 

Notre naïveté légendaire et notre peur du risque n’ont-elles pas assez perduré ? Notre obsession d’être aimé à tout prix qui nous transforme en carencés affectifs ne nous a-t-elle pas assez piégés ? N’est-il pas temps de cesser d’embellir la réalité afin de comprendre que nous, Québécois, sommes des étrangers dans le Canada de Justin le post-national ?

  • Écoutez La Rencontre Lisée-Mulcair à l'émission de Richard Martineau sur QUB radio: