/entertainment/stage
Navigation

À la recherche du bonheur

Le Trident adapte Le meilleur des mondes

Le meilleur des mondes
Photo courtoisie, Stéphane Bourgeois Dans un cadre futuriste, la pièce Le meilleur des mondes actualise le roman d’Aldous Huxley de 1932. Elle est présentée jusqu’au 9 octobre au Grand Théâtre.

Coup d'oeil sur cet article

Presque quatre-vingt-dix ans après sa publication, le classique de la littérature d’anticipation Le meilleur des mondes apparaît plus pertinent que jamais dans la dynamique adaptation théâtrale que présente Le Trident.

C’est une relecture astucieuse, dépouillée des références culturelles d’époque du roman d’Aldous Huxley au profit de clins d’œil aux technologies contemporaines (montres intelligentes et omniprésence de la publicité sur diverses plateformes), que signe Guillaume Corbeil dans cette pièce mise en scène avec beaucoup d’ingéniosité et de rythme par Nancy Bernier.

En 1932, Huxley a imaginé un monde idéal où les humains, conçus en laboratoire, sont destinés à une vie de bonheur dans une société hiérarchisée de consommation outrancière où la lecture d’un livre est proscrite, voire honnie.

Les humains qui ont de vrais parents, les vivipares, en sont exclus. Au cœur du récit, c’est justement l’arrivée inattendue de deux d’entre eux dans la cité, le sensible John, inconditionnel de Shakespeare, et sa maman Linda, qui bouleverse la vie réglée au quart de tour des alphas Lénina, Heimholtz et Bernard, lui-même sceptique face à sa condition.

Plaidoyer pour l’art

Interprété avec un admirable abandon par Vincent Paquette, John tente de convaincre le trio à la gestuelle robotique de la vacuité d’une vie sans réelles émotions, même négatives. Il leur vante les vertus de l’art pour apprendre à les ressentir.

Le meilleur des bonheurs n’est peut-être pas là où l’on croyait l’avoir trouvé.

Ironiquement, son vibrant plaidoyer avait un écho drôlement actuel en pleine pandémie où l’art, comme dans l’univers dystopique de Huxley, est considéré comme un service non essentiel depuis dix-huit mois.

Outre le travail impeccable des six comédiens, quelques trouvailles d’une mise en scène résolument multimédia font la force de cette adaptation à l’esthétique qui n’est pas sans rappeler l’ère du vidéoclip des années 80, et portée par un humour servi avec le bon dosage.

Une séquence dans le premier acte fait craindre un recours abusif aux trois écrans géants qui tapissent l’arrière de la scène, mais Nancy Bernier a plutôt été en mesure d’en faire une utilisation judicieuse, la technologie se mettant ici au service de la pièce.

Le meilleur des mondes est de ces œuvres qui suscitent questionnements et réflexions, la première étant : Huxley avait-il deviné dans quel monde nous allions vivre au XXIe siècle ?

Nous étions sûrement plusieurs à nous la poser, à la tombée du rideau, en enfilant notre masque et en consultant notre téléphone cellulaire au moment de quitter la salle.

Dystopique, vous disiez ?


Le meilleur des mondes, présenté au Grand Théâtre jusqu’au 9 octobre, avec Ariane Bellavance-Fafard, David Bouchard, Simon Lepage, Vincent Paquette, Sophie Thibeault et Agnès Zacharie.