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Entrevue: MBilli le lion indomptable

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Photo Agence QMI, Mario Beauregard Christian MBilli lors d’un entraînement public à l’Académie de boxe Ramsay en mars 2020.

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C’est une autre de ces belles histoires de boxe qui vous réconcilient avec un sport si dangereux.

L’histoire d’un enfant à Yaoundé, la capitale du Cameroun, en Afrique de l’Ouest. Yaoundé n’est pas la capitale la plus pauvre d’Afrique de l’Ouest. Il y a une vingtaine de pays francophones, 200 millions de parlant français, dans un sous-continent fascinant. Ouagadougou est encore plus mal nantie. 

La vie à Yaoundé est rarement facile. Encore plus vrai pour Marie-Thérèse, 15 ans, mère d’un bébé nommé Christian : « Ma mère devait travailler très dur pour amener un peu de pain et de riz à la maison. Sa vie n’était pas facile. C’était une lutte de tous les instants pour survivre », se rappelle Christian MBilli qui cogne désormais à la porte de combats de championnat.

Puis, il s’est passé un vrai miracle. Marie-Thérèse qui avait maintenant 20 ans était serveuse dans un petit restaurant. Elle est tombée amoureuse d’un ingénieur français qui l’a convaincue de la suivre à Paris : « Ils ont eu le coup de foudre. Maman a suivi son amoureux qui est devenu plus tard mon père adoptif. Elle m’a confié à mes grands-parents et mes tantes en attendant que je puisse les suivre en France. Cela a pris quatre ans avant que j’aie les papiers d’immigration nécessaires pour aller rejoindre ma mère », raconte MBilli.

Un tout jeune garçon âgé de 12 ans qui vient d’arriver en France.
Photo courtoisie
Un tout jeune garçon âgé de 12 ans qui vient d’arriver en France.

Une période de quatre ans, pour un gamin de sept ou huit ans qui vit à Yaoundé avec le reste de la grande famille, le prépare à tous les combats à venir de la vie...

Il faut s’être promené dans les rues des villes africaines pour comprendre...

D’ABORD LE SOCCER

À son arrivée à Paris, en fait à Montargis en banlieue, l’enfant de 11 ans s’est dirigé vers le soccer, le sport national du Cameroun avec ses Lions indomptables. Une belle équipe qui s’est faufilée jusqu’à de beaux sommets sur la scène internationale.

Puis, un peu comme ce fut le cas avec Craig Pollock, ancien prof d’éducation de Jacques Villeneuve, un surveillant de collège de Christian lui a trouvé des aptitudes pour la boxe. Il avait 14 ans quand il s’est lancé dans le sport.

Aux championnats d’Europe 2013, Christian MBilli avait foulé la plus haute marche du podium.
Photo courtoisie
Aux championnats d’Europe 2013, Christian MBilli avait foulé la plus haute marche du podium.

C’est allé vite. Équipe régionale chez les juniors, puis l’Institut national du sport l’a repéré et, si on saute les étapes, le gamin du Cameroun s’est retrouvé aux Jeux olympiques de Rio en 2016 : « J’avais toujours tout gagné. Et à Rio, j’ai perdu à mon troisième combat, celui qui précède les médailles. Contre le gagnant de la médaille d’or, le Cubain Arlen Lopez, double médaillé d’or aux Olympiques. J’ai été dévasté. Et à ce jour, je ne suis pas convaincu que je n’avais pas gagné ce combat. Mais les juges en ont décidé autrement », de se rappeler MBilli.

Depuis, les défaites ont été rares. Chez les professionnels, MBilli est invaincu.

CROISER MARC RAMSAY

Il raconte avec un amusement teinté d’émotions sa rencontre avec Marc Ramsay « C’était avant mon combat final aux Jeux de Rio. Marc m’avait dit en se présentant qu’il était impressionné. Après ma défaite, on s’est dit qu’on irait manger. Finalement, c’est à New York que j’ai rencontré Marc. Depuis, nous avançons ensemble », raconte MBilli.

Pourtant, le chemin a été cahoteux comme une rue de Montréal. MBilli s’est engagé avec Yvon Michel comme promoteur. Il a livré quelques combats à Montréal, mais le gros de sa carrière s’est passé en Europe. Mais toutes les fois, Marc Ramsay traversait l’Atlantique ou déléguait un de ses hommes de confiance pour diriger et appuyer le boxeur français.

MBilli pose fièrement avec Arslanbek Makhmudov (à gauche) et Antonin Décarie (au centre).
Photo courtoisie
MBilli pose fièrement avec Arslanbek Makhmudov (à gauche) et Antonin Décarie (au centre).

Et à un moment donné, Eye of The Tiger Management est arrivé dans le décor : « J’avais déjà remarqué la présence de Camille Estephan. Il venait parfois voir un de ses boxeurs au gym de Marc Ramsay. Il m’avait fait une forte impression. Physiquement, il est imposant et surtout, il est très impliqué avec ses boxeurs. Je l’avais mieux connu lors d’un anniversaire de David Lemieux. J’y étais, et Camille était venu lui remettre un cadeau de fête. Nous avons discuté un peu. Cet homme n’était pas n’importe qui. J’ai eu ce feeling très fort. Quand mon contrat avec GYM a pris fin, je savais ce que je voulais », de raconter MBilli.

AH ! L’HIVER QUÉBÉCOIS...

Au cœur de Ouagadougou, il y a l’hôtel Splendid. C’est là que les Québécois descendaient quand ils se rendaient au Burkina Faso. C’était il y a quelques années, avant que les terroristes ne tuent les clients dans le bar.

C’est dans ce bar que j’avais remarqué la réaction des serveurs et barmen burkinabè quand la télé à tube montrait des images des hivers au Canada. Ils étaient à la fois effrayés et amusés. J’essayais de leur expliquer ce que ça voulait dire -30 degrés, mais ils ne pouvaient même pas imaginer ce froid. Ils préféraient rire.

Malgré son passage en France, c’est ce froid débile que Christian MBilli a découvert en janvier quand il est sorti de Dorval : « Marc m’avait trouvé un Airbnb sur le Plateau. Avec mes légers vêtements de France, je gelais tout cru. Juste me rendre à l’auto de Marc était trop long. J’avais le temps de me geler. C’était fou. Mais Marc a été patient. Il venait me chercher et me reconduire après chaque entraînement et il veillait à ce que j’aie toujours l’essentiel. Le temps que j’apprenne à connaître Montréal et le Québec », disait-il.

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Puis, sa blonde est venue de France pour vivre à Montréal. Un an plus tard, le couple s’est séparé. Depuis, Christian a acheté un autre condo et vit en célibataire. Et se considère maintenant quasiment un Québécois : « Au début, je ne comprenais rien à ce que j’entendais à la radio ou à la télé. Marc riait parfois en entendant des remarques des animateurs à la radio et je ne comprenais pas pourquoi il rigolait. C’était des histoires du Canadien, des secrets, des controverses. Puis, j’ai développé mon oreille et maintenant, je saisis... presque toutes les nuances », dit-il. 

ENFIN UN VRAI COMBAT

MBilli va enfin livrer un vrai combat à Québec jeudi : « L’entraînement, c’est une chose. Mais le combat, c’est le pied. Entrer dans son combat, sentir l’adrénaline, saisir l’adversaire, c’est là que tu prends ton plaisir. Mais en même temps, il faut toujours rester conscient que c’est un sport dangereux. On ne joue pas à la boxe comme on joue au soccer ou au hockey. La mort de Jeanette Zapata m’a rendu très triste. Et c’est un rappel qu’il faut toujours se préparer au maximum pour n’importe lequel combat. La moindre négligence peut être fatale. Nous pratiquons un sport à haut risque », reprend-il.

Haut risque, c’est vrai. N’empêche que c’est sur ce jeune homme de 26 ans que Camille Estephan mise pour obtenir un prochain combat pour un titre de championnat du monde. 

Avant même Arslanbek Makhmudov. C’est tout dire.

MYTHOLOGIE GRECQUE ET VIVALDI  

Donc Christian MBilli se sent presque totalement québécois. Il a vécu sur le Plateau, il endure l’hiver, il rit des blagues des animateurs à la radio, c’est déjà l’essentiel.

Et tu aimes quelle musique ?

« J’ai des goûts très ouverts en musique. Ma playlist comprend du Rap et du classique et des chansons plus traditionnelles françaises. Beethoven côtoie Fifty Cents et Vivaldi est là pour la détente. En fait, j’écoute de tout. »

Et tu lis quoi ?

« Pas vraiment des romans. Des biographies de personnages qui m’intéressent. Comme la bio de Barack Obama. Et aussi, de nombreux livres de croissance personnelle. Et je m’intéresse aux livres traitant de l’économie, de la finance. »

Et au cinéma ?

« Des films sur la mythologie grecque. La guerre de Troie, les 300, les Gladiateurs. J’aime ces films qui racontent l’histoire. En plus, je dois confesser que j’adore les films d’horreur. »

Et la question qui tue comme dirait un voisin du Plateau. Tes trois boxeurs favoris de tous les temps ?

« Le premier, Mike Tyson. Costaud, rapide et fort. Un athlète qui donne le goût de boxer. Mon deuxième, Marvin Hagler. Pour les mêmes raisons. Le troisième, même si je le trouvais ennuyant à voir boxer, c’est Floyd Maywaether. Pour tout ce qui entoure sa carrière et pour son intelligence à faire fructifier son talent et ses réussites. »