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Guide de l’électeur: les trois partis sont très dépensiers

Des économistes se sont penchés sur les cadres financiers des groupes politiques visant le pouvoir

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En raison de la pandémie et de la relance nécessaire, les partis en lice pour former le prochain gouvernement ont en commun d’être très dépensiers, ce qui entraînera d’importants déficits au cours des années à venir, quel que soit le parti élu. 

Le professeur de l’Université de Sherbrooke, Luc Godbout, et ses collègues de la Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques, dont il est titulaire, ont analysé les cadres financiers des partis.

Un cadre financier, c’est une planification de revenus et de dépenses qui permet de voir comment les partis prévoient financer leurs promesses, chiffres à l’appui.

« Ce qu’on constate, c’est que tous les partis disent qu’ils vont dépenser plus que le cadre de référence du directeur parlementaire du budget », souligne M. Godbout. En conséquence, tous les partis se dirigent vers des déficits encore plus importants que ceux prévus au déclenchement des élections.

Les conservateurs d’Erin O’Toole sont ceux qui prévoient enregistrer le plus gros déficit la première année, en raison de mesures rapides de relance.

Globalement, « les conservateurs sont plus au centre, ils ont beaucoup moins de promesses axées sur la dépense », observe de son côté le professeur émérite d’économie à l’Université d’Ottawa, Serge Coulombe.

Crédit d’impôt coûteux

Cela se reflète d’ailleurs en matière de garderies : les conservateurs préfèrent un crédit d’impôt modulé en fonction des revenus des parents en lieu et place du réseau national de services de garde promis par Justin Trudeau. 

« La classe moyenne, avec le programme O’Toole, paierait trois fois plus cher [pour une place en garderie] », estime Pierre Fortin, professeur émérite de sciences économiques à l’Université du Québec à Montréal.

Paradoxalement, ce sont les néo-démocrates de Jagmeet Singh qui alourdiraient le moins la dette. La raison est simple : le NPD est le parti qui promet le plus de hausses d’impôt, essentiellement chez les plus riches.

Le NPD crache le cash

« Sous cet angle-là, on a l’impression que le NPD dépense moins et qu’il fait moins de nouveaux déficits, mais il dépense plus. C’est le parti qui va chercher le plus de revenus pour financer ses nouvelles dépenses », explique M. Godbout.

Si l’on exclut le Bloc québécois, qui a élaboré un cadre financier sur seulement trois ans (monopolisé par une augmentation substantielle des transferts en santé), le NPD reste donc très dépensier. Mais le coût net de leurs dépenses (ce qui s’ajoute à la dette) est inférieur à celui des autres partis (voir plus bas).

« Le PLC et le NPD proposent énormément de dépenses. Les deux partis sont beaucoup plus à gauche que ce qu’on a été habitué à voir au Canada, dans l’histoire politique canadienne, au niveau de la politique économique », remarque M. Coulombe.

Sur l’ensemble de la période, « c’est le Parti libéral qui a les engagements, les dépenses nettes les plus élevées », remarque M. Godbout. 

De 2021 à 2026, le coût net des engagements (les nouvelles dépenses, moins les nouveaux impôts que le parti prévoit aller chercher) de Justin Trudeau dépasse les 70 milliards $.

Même si Erin O’Toole promet de demeurer sur la voie de l’équilibre budgétaire d’ici 10 ans, aucun parti ne trace clairement le chemin du retour à cet équilibre.

Mais avec des taux d’intérêt de 1 à 2 %, une hausse du revenu canadien de 4 %, « il faudrait se calmer sur les déficits », relativise M. Fortin. C’est que le poids de la dette, par rapport au produit intérieur brut (PIB), est appelé à diminuer progressivement.

« On est encore parmi les pays qui sont les moins endettés par rapport au PIB. C’est très facile, pour des partis [...] de dépenser énormément », rappelle M. Colombe.

Toutefois, une zone d’incertitude plane : celle de l’inflation. Le PCC promet en revanche une croissance annuelle du PIB de 3 %. « C’est facile à dire, mais très difficile à faire », croit M. Coulombe. 

ÉVOLUTION DU DÉFICIT SELON LES PARTIS   

2021-2022

Parti libéral du Canada : -157 G$ 

Parti conservateur du Canada : -168 G$ 

Nouveau Parti Démocratique : -145 G$

2022-2023

Parti libéral du Canada : -63 G$ 

Parti conservateur du Canada : -57 G$ 

Nouveau Parti Démocratique : -54 G$

2023-2024

Parti libéral du Canada : -50 G$ 

Parti conservateur du Canada : -44 G$ 

Nouveau Parti Démocratique : -46 G$

2024-2025

Parti libéral du Canada : -35 G$ 

Parti conservateur du Canada : -26 G$ 

Nouveau Parti Démocratique : -35 G$

2025-2026

Parti libéral du Canada : -32 G$ 

Parti conservateur du Canada : -25 G$ 

Nouveau Parti Démocratique : -34 G$ 

  

COÛT NET DES ENGAGEMENTS (G$)  

2021-2022 à 2023-2024

Parti libéral du Canada : 53 G$ 

Parti conservateur du Canada : 53 G$ 

Nouveau Parti Démocratique : 29 G$ 

Total 2021-2022 à 2025-2026

Parti libéral du Canada : 70 G$ 

Parti conservateur du Canada : 55 G$ 

Nouveau Parti Démocratique : 48 G$ 

  

PRINCIPAUX ENGAGEMENTS - DÉPENSES (2023-2026)  

Parti libéral du Canada

Transfert canadien en santé mentale
2,6 milliards $

Élargir l’accès à un médecin de famille
2 milliards $

Augmenter le seuil de revenu garanti
2,2 milliards $ 

Parti conservateur du Canada

Augmenter de 6 % les transferts en santé
2,4 milliards $

Investissements dans le captage du carbone
1 milliard $

Prestation canadienne pour les soins aux aînés
1 milliard $ 

Nouveau Parti Démocratique 

Assurance-médicaments
22 milliards $

Revenu min. garanti pour les handicapés
9 milliards $

500 000 nouveaux logements abordables
6 milliards $ 

Source : Élections fédérales 2021 - Synthèse des cadres financiers des partis politiques. Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke